Aujourd’hui se lève un vent de
contestation envers le système capitaliste et les effets de son évolution obligatoire vers un extrémisme: le néo-libéralisme. Mais le vent
généralement ne suffit pas pour abattre définitivement cette construction gênante et envahissante, qui résiste et renaît à toutes les secousses qui
l’ébranlent et continue à étaler son ombre malsaine et provoquer des perturbations irréparables. L’anéantir de façon certaine demande à en mettre à jour
toutes les fondations et les démanteler une à une avec le minimum de dégâts collatéraux.
"…on ne peut combattre efficacement que ce que l’on conçoit parfaitement."
B. Blavette
Lors de la mise en place de ce système dès le 18ème s., ses partisans intéressés l’ont justifié en élaborant des théories qui s’appuyaient sur la situation économique et
sur les connaissances humaines de cette époque, théories qui furent alors élevées en dogme général. Si l'on veut présenter les principes par ex de l’Economie
Distributive une fois énumérés tous les travers et délits du système néo-libéral, après le qualificatif d’utopie, qu’elle réplique est la + fréquente?:
"ça ne peut pas marcher, la mentalité humaine est trop perverse. Même si le capitalisme comporte des lacunes,
il a prouvé qu’il était le meilleur compromis possible compte tenu des travers de l’homme".
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[1] L’agressivité humaine
*Jacques van Rillaer professeur émérite de psychologie
à l’université Louvain-la-Neuve et aux Facultés Universitaires St-Louis, spécialiste des thérapies cognitivo-comportementales
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"En ce qui concerne le destin de la planète comme celui de la vie
quotidienne de chacun, le problème le + urgent demeure celui de l’agressivité".[1] Cette recommandation de Jacques Van
Rillaer* permet de situer un des problèmes majeurs, posé à tous en cette époque cruciale de
transition:
comprendre et remédier à cette disposition humaine
qui entrave toute nécessité ou volonté à sortir de notre civilisation
et pouvoir en construire une autre.
Cette disposition à défendre sa structure et sa survie appartient au phénomène de la vie et habite naturellement
toutes les espèces, de l’amibe à l’homme. Cette nature humaine, une longue lignée de penseurs l’a établie et définie comme cupide, agressive voire
violente, prédatrice
envers ses congénères et seulement motivée à l’action par l’intérêt personnel.
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Thucydide, homme politique et historien athénien, né vers 460 av. JC.,
mort peut-être assassiné entre 395 et 400 av. JC. auteur de l’Histoire de la guerre du
Péloponnèse, racontant la guerre du Ve s av. JC. entre Sparte et Athènes
David Hume, né David Home
(1711-1776), philosophe, économiste et historien, est l’un des + importants penseurs des Lumières
écossaises (avc Adam Smith et Thomas Reid), considéré comme l’un des + grands philosophes et écrivains de langue anglaise
Benjamin Franklin
(1706-1790) l’une des + illustres figures de l’histoire américaine, à la fois écrivain, physicien et
diplomate.
Bernard Mandeville, ou
de Mandeville, (1670-1733), écrivain néerlandais dr en médecine
Friedrich Hayek, né
Friedrich August von Hayek (1899–1992) philosophe et économiste de l’École
autrichienne, promoteur du libéralisme "Prix Nobel" d’économie en 1974
Joseph Aloïs Schumpeter
(1883–1950) économiste autrichien connu pour ses théories sur les fluctuations économiques, la
destruction créatrice et l’innovation.
Noam Chomsky, né
Avram Noam Chomsky en déc 1928, linguiste et philosophe américain.
[2] "La doctrine des bonnes intentions", 10/18, coll. "Fait et
Cause"
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De Thucydide* à Freud en passant par Platon, Aristote, St Augustin, Hobbes, Kant,
Descartes, Hume*, A Smith, F.Nietzsche et B.Franklin*,
des siècles de pensées ont doté l’homme
de penchants pour la domination et la violence,
de pulsions innées et même d’instinct de mort.
Chaque solution alternative émise se heurte à
cet argument d’une nature humaine pervertie que seul le capitalisme s’avère apte à gérer puisqu’il serait accompagné par une force mystique ou "main
invisible" capable d’utiliser à bon escient les intérêts individuels et de réguler les activités principales de l’homme sur Terre, les échanges marchands.
Ces perversités qui, considérées comme naturelles, furent libérées de toute entrave pour le soi-disant + grand bien de la société et de son économie. Les vices
privés devinrent les garants des vertus publiques (Mandeville*), idées de base du libéralisme économique. Pas étonnant que Friedrich A. Hayek* confesse quelque admiration pour cet écrivain néerlandais du 18ème s.
Cependant, cette régulation soi-disant
bienfaisante, vénérée et protégée par ses gourous, s’avère en réalité défectueuse et responsable d’inégalités insoutenables et de troubles sociaux, défauts qu’Adam Smith lui-même avait
soulignés.
En effet, Smith dans toute son œuvre n’y fait aucune référence lorsqu’il
parle de la "main invisible". Il n’a jamais parlé de régulation de l’économie en général comme le fait remarquer Schumpeter* dans L’histoire de l’analyse
économique mais de création de richesse. Smith mentionne d’ailleurs qu’elle a de nombreux effets pervers: la création de richesse crée des inégalités
susceptibles d’entraîner un désordre social, et la division du travail tend à abrutir la masse ouvrière.
Noam Chomsky* dit: "Nous sommes censés
vénérer A. Smith mais non le lire car il postulait déjà que la sympathie était la valeur humaine centrale, et qu’il fallait dc organiser la société de façon à satisfaire cet élan
naturel des êtres humains, le soutien mutuel/l’entraide. En fait, son argument crucial en faveur des marchés conduirait à l’égalité parfaite. La célèbre expression de Smith sur la main
invisible, que tout le monde utilise totalement de travers, n’apparaît qu’1x dans La Richesse des nations et dans le contexte d’un raisonnement contre ce que nous appelons
aujourd’hui le néolibéralisme.[2]
Ainsi, la croyance en cette
disposition incurable à l’agression entretient un système économique dévastateur et nourrit un fatalisme qui empêche toute remise en question indispensable à un nouvel élan du progrès
social.
Alors, l’homme est-il enclin d’une façon irrépressible à l’agressivité sous
toutes ses formes pour garantir ses intérêts personnels?
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J-Marie Muller philosophe français, spécialiste de Gandhi et de la non-violence.
directeur des études à l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits
[3] Dictionnaire de la non-violence
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Il est vrai qu’en temps qu’être vivant ayant des besoins à assouvir, en
priorité pour maintenir sa structure, et ensuite notamment afin d’obtenir la gratification sociale, l’homme utilise l’agressivité afin d’influencer le milieu en sa
faveur, mais, dit J-Marie Muller*, cette agressivité est louable puisqu’elle permet l’audace, le courage, de s’opposer à l’obstacle, "d’aller de l’avant", de
"marcher vers" comme son étymologie l’indique. Ajoutant même: "La non-violence suppose avant tout qu’on soit capable d’agressivité".[3]
L’agressivité serait donc une garantie pour vivre et pour communiquer avec
l’Autre. Mais alors, d’où vient la violence sous toutes ses formes? Si elle est une expression particulière de l’agressivité, alors,
- est-elle le résultat d’influences extérieures qu’il suffirait de corriger
- ou l’expression de pulsions instinctives condamnant alors l’homme à une violence potentielle qui peut surgir à
tout moment et incitant à signifier l’homme en tant qu’espèce demeurant inexorablement sous la domination d’instincts comme le sont les animaux?
▲François
Robert, stop the violence
L’héritage au sujet de cette nature humaine innée est plutôt lourd.
Déjà, pour Platon, si dans la nature c’est le + fort qui domine,
alors il est juste que dans la société humaine il en soit de même.
Kant, une des références de la pensée, au
programme de tant de cours de philo, le dit dans le Traité de pédagogie: "L’homme a reçu de la nature une disposition pour l’usage de la
raison. Il possède dans son corps l’incarnation de sa liberté. Mais il doit aussi affronter sa propre animalité, il est soumis à des penchants animaux".
L’idée du péché originel
interprétée comme une conséquence de la constitution de la nature humaine devint l’héritage commun de toutes les générations de chrétiens en Occident. Elle influença profondément la psychologie
et la pensée politique puisqu’elle permis de justifier tous les gouvernements. La bestialité humaine servit de
prétexte à l’instauration de tous les pouvoirs.
On la retrouve consacrée dans la fameuse tirade: "Homo homini
lupus", l’homme est un loup pour l’homme."[4]
"L’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde
au-dessus d’un abîme." Loin de souhaiter la violence pour elle-même, Nietzsche constate qu’elle est naturelle, et qu’il nous appartient de la cultiver dans un sens ou
dans un autre.
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[4] Cette locution inventée par Plaute dans sa comédie
Asinaria (la comédie des ânes) reprise par Erasme dans Adagiorum Collectanea ,par Rabelais: le Tiers livre, par Montaigne dans les Essais (III, 5), par
F. Bacon: De Dignitate et Novum Organum avant Hobbes: De cive (épitre dédicatoire)
Horace White (1865-1943)
avocat et politicien américain de New York. a été 37e gouverneur de New York/1910
[5] Marshall Sahlins La nature humaine ed. de l’Eclat Terra
Incognita
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"Benjamin Franklin déclara à la Convention Fédérale américaine:
"2 passions exercent une puissante influence dans les affaires humaines: l’ambition et l’avarice, l’amour du
pouvoir et l’amour de l’argent."
Ce qui rejoint la conception d’Horace White*:
les Etats-Unis sont bâtis sur la philosophie de Hobbes et la religion de Calvin, càd que l’état de nature de l’humanité, c’est la guerre, et que l’esprit humain et le bien ne font pas bon
ménage."[5]
Il est incroyable comme cette idée a traversé
des siècles et s’est maintenue intacte pour justifier et protéger le pouvoir répressif des puissances militaires et religieuses. Récupérée ensuite par les bourgeois banquiers et marchands,
elle a permis de justifier la compétition et même la violence comme des conduites naturelles, saines et viriles. "Elle rationalise à bon compte l’idéologie libérale
capitaliste qui prône le droit du + fort, quand elle ne renforce pas le culte de la puissance chez des individus de mentalité fasciste".[6]
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[6] Jacques Van Rillaer L’agressivité humaine
[7] M. Sahlins La nature humaine ed. de l’Eclat Terra
Incognita
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On la retrouve même pendant longtemps à la base des traités d’éducation qui
prônent de dompter ou de canaliser cette perversité innée. Ainsi, "Pour tous les autres peuples du monde, les enfants sont l’humanité en devenir,
alors que pour nous, ils sont l’animalité à dominer".[7]
Du côté du psy, l’agressivité se présente, pr Freud, telle une tendance
instinctive, innée, camouflée de l’homme qui vise la destruction,
l’humiliation des autres et ce dans des comportements aussi bien violents et flagrants que + discrets.
Pour lui, "rien n’est + contraire à la nature humaine" que "l’idéal imposé
d’aimer son prochain".
Freud vers la fin de sa vie, dans la 2nde topique, radicalise son interprétation de la violence et au lieu de raisonner à partir de la théorie du refoulement, imagine à la racine de la violence
l’affrontement de 2 pulsions fondamentales, la pulsion de vie Eros, et la pulsion de mort, Thanatos.
Si on généralise en disant que toutes les conduites humaines
sont sur ce modèle, on doit dire alors que la violence dans l’homme ne peut pas être
éradiquée. Elle est consubstantielle à la vie psychique, elle a sa racine dans un instinct primitif et tout ce que nous
pouvons faire, c’est tenter de la maîtriser de l’extérieur. L’homme donc ne peut pas être libéré de la violence qu’il porte en lui mais seulement la détourner ou la réprimer.
◄à
Homs...
Hobbes ne concevait de paix civile que sous la surveillance d’une
police. Freud ne conçoit de paix relative qu’en mettant la police dans l’esprit de chacun sous la forme d’un surmoi capable de culpabiliser et discipliner le
moi.
Freud a été contredit à propos de l’instinct de mort et cette théorie
connaît encore aujourd’hui la remise en question. Ainsi, d’autres pensent que l’agressivité peut être considérée comme une pulsion (et non un instinct) de
conservation de soi donc une pulsion de vie; car,... "rien, ni dans la chimie, ni dans la physique, ni même dans la biologie, sur laquelle pourtant il s’appuyait fermement, ne
permettait d’en confirmer l’existence.[8]
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Thierry Bokanovski
Psychanalyste, Membre Titulaire de la Société Psychanalytique de Paris
[8] T. Bokanovski Psychanalyse.lu Le concept de pulsion de
mort
André Green (né en mars 1927)
psychanalyste français d’origine égyptienne
Franz Alexander (1891-1964)
médecin et psychanalyste américain d’origine hongroise, connu pour son ouvrage de
psycho-somatique.
Hugo Staub (1886–1942)
psychanalyste allemand
Daniel Lagache (1903-1972)
psychiatre et psychanalyste français
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Comme le remarque fort pertinemment André GREEN*, "la difficulté, en ce qui concerne la pulsion de mort, vient de ce que nous ne pouvons lui attribuer avec la même précision une fonction correspondante à celle de la
sexualité par rapport aux pulsions de vie (ou d’amour)". Aussi, même s’il est actuellement fréquent de rencontrer en clinique psychanalytique des formes pathologiques de
destructivité, aucun argument clinique ne peut en lui-même constituer une preuve de l’existence de la pulsion de mort et le problème reste, pour
l’essentiel, théorique."[8]
"Toujours du côté de l’explication psychanalytique, alors que certains
(Alexander* et Staub*) assimilent le délinquant à un névrosé marqué par une très grande émotivité, d’autres (Lagache*) opposent de manière caractéristique le criminel et le névrosé en insistant sur l’égocentrisme et l’immaturité affective du délinquant. L’accord ne règne pas davantage au
niveau de la conception de la formation de la personnalité anti-sociale.
Freud: explication par les complexes provenant de l’absence de liquidation de conflits infantiles liés au
développement de la sexualité,
Jung*: insiste sur l’importance du conflit actuel qui ouvre la porte à une
régression,
Adler*: a surtout insisté sur le rôle du sentiment d’infériorité."[9]
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Carl Gustav Jung (1875-1961)
médecin, psychiatre, psychologue et essayiste suisse, de renommée internationale, fondateur du courant
de la psychologie analytique
Alfred Adler, (1870-1937),
médecin et psychothérapeute autrichien. fondateur de la psychologie individuelle
[9] Raymond Gassin
Précis de criminologie
John Dollard (1900-1980)
Psychologue et spécialiste des sciences sociales, a étudié les relations raciales aux États-Unis. Il
s’est penché sur les différences culturelles dans le comportement...
[10]et[13] J. Van Rillaer
L’agressivité humaine
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"La théorie de la frustration-agression de Dollard* a été le point de départ de nombreuses recherches empiriques. Elles ont abouti à la double conclusion que:
1. l’agression n’est pas nécessairement une conséquence de la frustration
2. la frustration n’est pas une source suffisante de l’agression.
La notion de signification… est absolument capitale pour une
approche de l’agressivité… Le sentiment de privation ou de frustration dépend de la signification tacite/explicite
attribuée aux événements… la réaction à cette impression pénible reste encore dépendante de la psychologie
individuelle".[9]
"Ce ne sont pas les choses qui nous troublent mais l’opinion que nous nous faisons
d’elles".[10]
"Les impulsions ne se
réalisent et ne prennent leur allure spécifique qu’avec le concours d’un sujet qui leur accorde une certaine valeur".[11]
"Le fond de l’affaire réside toujours dans le désir, propre à
chacun, de pouvoir affirmer sa valeur à autrui et de pouvoir se la confirmer à ses propres yeux".[12]
"L’agressivité est motivée par une attaque
du moi, un sentiment d’aliénation ou d’impuissance. Une autre motivation, proche de celles-ci, est la non-reconnaissance du moi".[13]
Ainsi, du côté de la psychologie, la délinquance s’expliquerait par une
structure antisociale dont la formation résulterait de troubles dans la personnalisation de l’individu. Il en résulte une lourde responsabilité du milieu social et
de l’éducation au cours de la formation de la personnalité.
Puisque l’homme est un produit de l’évolution de la vie, ne peut-on trouver
une explication de cette nature humaine perverse du côté de l’éthologie?
Pour Konrad
Lorenz►, dont les résultats de ses recherches ont marqué le monde de l’éthologie, l’agressivité animale est l’instinct de combat qui entend maintenir
ses rivaux de la même espèce à une certaine distance, un point c’est tout. Et l’être humain, lui aussi, entend maintenir ses rivaux à distance. Il défend avec passion une conception zoomorphiste
de l’homme, même si, toutefois, il avoue dans un de ses textes scientifiques[14] du peu d’activités humaines proprement
instinctives et la liaison compliquée entre les éléments innés et les activités supérieures du cerveau, l’apprentissage et l’intelligence.
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Alexander Alland Jr.,
professeur émérite au Département d’anthropologie à l’Université Columbia
[14] Konrad Lorenz Le tout et la partie dans la société animale et
humaine. 1950
[15] J.P.Scott
The natural history of agression. Science 1965
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Les contradicteurs sont nbreux, il n’y a pas de faits qui plaident
de façon décisive en faveur d’une agressivité "spontanée" chez l’animal, produite uniquement par des facteurs internes. J.P.Scott exprime: "Il n’y a pas de mécanisme physiologique connu
produisant une stimulation spontanée interne au combat. L’agression ne se produit qu’en réaction à des stimulations externes".[15]
Certains culturalistes modérés comme Alexander Alland* critiquent Lorenz qu’ils accusent de ne pas suffisamment tenir compte de "la dimension humaine", dans laquelle la culture joue un rôle non
négligeable.
Les "radical-scientists" comme John P. Scott critiquent la thèse de Lorenz
qui fait du biologique le fondement du comportement humain, et ils critiquent tout particulièrement son homme tueur.
Ainsi, "les données actuelles de la psychologie animale
ne permettent pas d’affirmer l’existence d’un instinct agressif autonome ni même une "pulsion" à l’agression. Par contre, on a pu mettre en évidence différents types de réactions combatives se déclenchant dans des situations déterminées (douleur, menace, rivalité, etc.)."[16] JP Scott ajoute:
"...l’automatisme endogène menant à l’agression, aucun argument sérieux ne permet d’affirmer son
existence chez l’animal et a fortiori chez l’homme."[17]
Que ce soit par l’éthologie, la psychologie, si tous s’accordent pour dire
que l’agressivité normale s’avère utile à la préservation de sa structure chez l’individu, l’origine des comportements pervers ou violents n’y peut trouver une preuve
scientifique.
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[16]et[17]J Van Rillaer
L’agressivité humaine
Edward Osborne Wilson,
né en 1929, entomologiste et biologiste connu pour son travail en évolution et sociobiologie
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Comment trancher, faire la part des
choses? Violence instinctuelle ou réponse à des stimulations externes?
La notion de "nature humaine" est aujourd’hui indissociable du domaine de la
biologie, de la génétique et de l’étude des instincts. C’est dc dans cette direction qu’il s’agit de se tourner. Pour Edward Wilson*, fondateur de la sociobiologie,
la "nature humaine" est faite d’un certain nombre de contraintes biologiques, codées génétiquement, qui amènent les différents humains à prendre les mêmes décisions dans un large éventail de
contextes. Wilson pense que le moteur du comportement social est l’égoïsme biologique qui permet la conservation de ses propres gènes et/ou de leurs copies, ce qui conduit les individus à
s’affronter socialement pour l’acquisition de la dominance - car la dominance sociale, directement liée à l’agressivité, peut se traduire par un grand succès reproductif.
Cette thèse converge avec les travaux scientifiques de Richard
Dawkins*, surtout connu pour sa théorie de l’évolution centrée sur le gène. Cette théorie est clairement décrite dans Le gène égoïste -1976, où il
explique que "toute vie évolue en fonction des chances de survie des entités répliquées". De la sorte, la dictature du gène implique celle
de la nature ou de l’inné sur nos comportements, d’où l’implacabilité de la violence dans la gestion des
conflits nés de l’impératif de survie des gènes puisque celle-ci est une règle de la nature. Cette vision des choses explique même l’altruisme des individus dans la nature. Par ex, dans le cercle familial, quand un individu se sacrifie pour protéger la vie de
membres de sa famille, il agit dans l’intérêt de ses propres gènes.
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Richard Dawkins, né en 1941,
biologiste et éthologiste britannique, vulgarisateur et théoricien de l’évolution, membre de la Royal
Society
Catherine Vidal neurobiologiste,
Directrice de Recherche à l’Institut Pasteur, membre du Comité Scientifique "Science et Citoyen " du
CNRS.
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En 2009, un tribunal de Trieste a invoqué une "vulnérabilité génétique" prédisposant à la violence pour accorder
une réduction de peine d’un an à un meurtrier. Se référant à une étude britannique du Nuffield Council on Bioethics, "Génétique et comportement humain: le contexte éthique"-2002, la Cour a
considéré que le prévenu présentait une prédisposition, à la fois sociale mais également génétique, au meurtre.
Catherine Vidal*: "C’est un non-sens scientifique", neurologue et directrice de recherche à l’institut Pasteur, réfutant
tout consensus dans la communauté scientifique sur l’existence de gènes de la criminalité ou de l’agressivité. Selon elle, il existe effectivement des études qui
montrent des corrélations entre certains gènes et des comportements, mais sans pour autant prouver une véritable relation de cause à effet. "De toute façon, ces études sont réalisées sur
des grands échantillons, sur des bases statistiques. Elles ne peuvent en aucun cas prédire un comportement violent chez un individu particulier qui comparait
devant un tribunal", prévient-elle.
L’engouement pour l’explication des comportements par la génétique
prend des proportions frôlant même le ridicule, puisqu’il est révélé des corrélations entre certains gènes et, par ex, l’infidélité spontanée, l’hyperactivité infantile, la précocité
sexuelle
. Des présumées tendances, certes, mais qui ne sont pas + importantes que les influences du milieu
éducatif et social.
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Pierre Barthélémy, journaliste
scientifique, a dirigé le service Scies et Environnement de Le Monde
André Pichot (né en 1950)
chercheur au CNRS en épistémologie et histoire des sciences
Marshall Sahlins, né en 1930,
anthropologue américain
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Pierre Barthélémy* s’insurge contre cet abus
du tout génétique: "la dictature du gène a finalement gagné bien des esprits, comme une version moderne de la phrénologie qui, au XIXè s.,
expliquait les “caractères” par le relief du crâne (la fameuse “bosse des maths”…)… Bienvenue à Gattaca, le monde où les “défauts” sont inscrits dans l’ADN, où l’homme ne peut transcender la
somme de ses informations génétiques
. Un monde où certains de mes confrères titrent sur le “gène de la
salope”".
Dans La société pure, de Darwin à Hitler-2001, l’historien des
sciences français André Pichot* émet de sévères critiques à l’égard de la thèse de Dawkins. Pichot estime qu’elle est à peu près équivalente dans ses principes à
celle d’Edward O. Wilson. Reprenant l’idée de "capitalisme génétique" que Marshall Sahlins* emploie dans Critique de la
sociobiologie (1976) pour qualifier la sociobiologie, Pichot montre le caractère idéologique de la théorie de Dawkins, l’hégémonie implacable
du patrimoine génétique pouvant se comparer avec le système économique basé sur la maximisation du capital. En effet, cette théorie considère les individus comme de simples supports d’un
patrimoine génétique dont ils doivent assurer la perpétuation et l’accroissement à l’égal des critères économiques dans le capitalisme industriel. Cette "humanisation" des gènes porteurs d’une
volonté lui apparaît simpliste et s’apparente à cette idéologie de la séparation de l’âme et du corps.
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Trofim Denissovitch Lyssenko (1898-1976), était un ingénieur agronome soviétique. Il
est à l’origine d’une théorie génétique pseudo scientifique qu’il parvint à imposer en Union soviétique pendant la période stalinienne
Alexis Carrel (1873 -1944) chirurgien et biologiste français, lauréat prix Nobel de
physiologie et de médecine en 1912. En 1935, il publia L’Homme, cet inconnu, dans lequel il y plaide pr un eugénisme que l’on qualifie aujourd’hui de "négatif" incluant
l’euthanasie de toute une série d’indésirables
Sir Julian Sorell Huxley, (1887–1975) biologiste britannique, théoricien de
l’eugénisme, auteur, humaniste et internationaliste, connu pour ses livres de vulgarisation sur la scie. Il a été le 1er directeur de l’Unesco et fait chevalier de l’empire britannique en
1958
Ernst Heinrich Philipp August Haeckel (1833-1919), était un biologiste, philosophe et
libre penseur allemand. Les idéologues nazis ont utilisé des extraits de ses écrits comme justification de leurs théories racistes et du
darwinisme social
Jacques Testart (né en 1939) biologiste, directeur de recherche honoraire à
l’Inserm
[18] André Pichot et Jacques Testart
Les métamorphoses de l’eugénisme, art. paru dans Encyclopaedia Universalis
[19] Jacquestestart.free.fr/Le nouvel eugénisme: trier l’humanité
dans l’œuf, Colloque les usages du vivant, univ. Strasbrg, Ed Néothèque
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De +, il considère cette théorie de la dictature du gène comme une nouvelle
porte ouverte à l’eugénisme qui a tant sévi avant et pendant la 2nde guerre mondiale de Lyssenko* à Alexis Carrel*, Julian Huxley*, Ernst Haeckel*. Jacques Testard* s’associe à cette critique[18] et met en garde contre l’avènement d’un nouvel eugénisme positif
non plus affirmé comme recherche de la pureté de l’espèce, mais plutôt masqué derrière la maximisation du bien-être et du bonheur. Grâce au diagnostic préimplantatoire (DPI) utilisé lors
de la procréation in-vitro, cette technique permet un tri sélectif très précoce des embryons et garantit une procréation "parfaite".
"En effet, il s’agirait non pas d’obtenir l’individu parfait, qui n’existe pas, mais plutôt l’individu
idéal, à un moment de l’histoire, type individuel dont l’idéalité est établie sur des critères peu objectifs, mais qui sont communément acceptés et partagés à ce moment précis de
l’histoire".[19]
"Si au début de la génétique le rêve de trouver dans les gènes un programme capable d’expliquer les évolutions et
les comportements des êtres vivants était très fort, la plupart des chercheurs s’accordent aujourd’hui sur la complexité des rapports entre facteurs
environnementaux (le type de société et de culture dans lesquelles on baigne, notre éducation, notre alimentation, nos rapports affectifs, notre parcours individuel depuis notre enfance)
et génétiques (et + largement biologiques), entre "acquis" et "inné". On parle de "terrain", de "risques" pour la disposition à certaines maladies
héréditaires.[20]
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[20] http://panoptique.boum.org.
Scie et délinquance: génétique de l’agressivité ou agressivité de la génétique. 26 sept 2008
Richard E.Tremblay, professeur psychologue et criminologue québécois à l’université
de Montréal
[21] R. Tremblay Developmental Origins of Aggression (Guilford Press)
2005
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Les adeptes du totalitarisme
génétique seront déçus: ""le" gène de l’agressivité, celui qu’il suffirait de déconnecter pour vivre dans une société paisible, n’existe pas". Selon Richard
Tremblay*, chercheur en psychologie à l’Université de Montréal, "les facteurs génétiques
gouvernent les comportements agressifs dans les 1ères années de la vie, mais très vite l’influence de l’environnement prend le dessus."[21]
"C’est vrai, tout est génétique, mais ça ne veut pas dire que la génétique détermine tout. Parler d’un ou des
gènes de l’agressivité ne signifie rien car il y a en réalité une multitude de gènes impliqués dans ce comportement, tout en servant aussi pour d’autres comportements. Bref, ce
système génétique qui se répercute dans le cerveau est très complexe. …l’éducation, les rapports avec les autres, tout notre environnement influe sur l’évolution de
nos comportements et peut les modifier complètement."[21]
Cet engouement pour le gène s’est développé après une découverte scientifique récupérée, interprétée et détournée de sa vérité initiale, par les fantasmes [conscients donc, quand il est inconscient on écrit phantasme] et les besoins d’une époque et transformée en idéologie. Il s’agit des thèses de Darwin et de son
fameux ouvrage L’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle. Dans ce livre, 4 petits mots vont causés 150ans de polémique: "survie du + apte". C’est à
partir de ces mots et les lois de Mendel*, que va s’élaborer une version politisée du "Darwinisme social" qui va dégénérer en interprétation de la vie comme une
lutte sans merci entre les hommes, état naturel des relations sociales, qui permettrait "légitimement" au + fort de l’emporter sur le + faible. Cette théorie idéologique en adéquation avec les besoins et les projets de l’élite capitaliste recueillera un succès croissant et
permettra de justifier les inégalités sociales, les guerres de conquête avc la disparition des races inférieures, jusqu’à l’eugénisme et l’amélioration de la race en raison de
la confiance en la puissance de la science.
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Johann Gregor Mendel (1822-1884),
moine dans le monastère de Brno (en Moravie)1 et botaniste tchèque germanophone, est communément
reconnu comme le père fondateur de la génétique
Pierre (Piotr) Alekseïevitch Kropotkine,
(1842-1921), anarcho-communiste, géographe et scientifique
Thomas Henry Huxley (1825-1895)
biologiste, paléontologue et philosophe britannique
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La critique du darwinisme social trouve son apogée avec la thèse de
l’entraide développée en 1902 par Pierre Kropotkine* dans L’Entraide: Un facteur de l’évolution. Dans cet ouvrage, il répond spécifiquement aux
théories de Thomas H. Huxley* publiées dans La Lutte pour l’existence dans la société humaine en 1888. Kropotkine, sans nier la théorie de l’évolution de
Darwin, y précise que les espèces les mieux adaptées ne sont pas nécessairement les + agressives, mais peuvent être les + sociales et solidaires. Ce qui lui
fait dire que la compétition ne serait dc pas le levier d’évolution le + "efficace".
Le primatologue néerlando-américain Frans de Waal*, qui a étudié au déb. du XXIè s. le sentiment d’empathie chez les animaux, en déduit que le darwinisme social "est une interprétation
abusive: oui, la compétition est importante dans la nature mais, on l’a vu, il n’y a pas que cela. (...) Nous sommes aussi programmés pour être empathique, pour
être en résonance avec les émotions des autres."[22] Pour justifier une politique basée sur la loi du + fort, nos
décideurs s’appuient sur de faux principes de biologie. En effet, dans la nature", affirme le primatologue," la compétition n’est pas le seul moyen de survivre. La
coopération a largement sa place".[23]
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[22] Frans de Waal L’empathie caractérise tous les mammifères
Interview Libération, 11 03 2010
[23] F. de Waal L’Age de l’empathie. Leçons de la nature pour
une société solidaire Traduit de l’anglais par M-France de Paloméra. LLL, Les liens qui libèrent.2010
Lewis Thomas (1913-1993)
scientifique, poète, essayiste, administrateur, éducateur et chercheur américain
Herbert Spencer (1820-1903)
philosophe et sociologue anglais. Sa théorie prit le nom de "darwinisme social"
Thomas Robert Malthus, (1766-1834),
économiste britannique de l’École classique, professeur d’économie politique et également un pasteur
anglican
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Lewis Thomas* va jusqu’à proposer: "Je ne
vois rien de déraisonnable à soutenir que des chaînes d’ADN, enroulées sur elles-mêmes dans nos chromosomes, codent l’instinct qui nous pousse à nous rendre utiles. Le besoin de se rendre
utile pourrait bien se révéler le trait le + déterminant de l’aptitude à la survie, + important que l’agression, + efficace, à long terme, que l’instinct d’appropriation."
Le détournement des pensées de
Darwin est dû aux œuvres eugénistes de son cousin Francis Galton et d’un grand défenseur du capitalisme naissant, Herbert Spencer*. En effet, la bourgeoisie
nouvelle qui a supplanté l’aristocratie est soucieuse de moralité, de ligne de conduite qui permettrait à son élite de se reconnaître face à la prolifération de la "classe dangereuse", ce peuple
voué à la pauvreté, à l’alcoolisme
. Les avancées de la science viennent à point nommé et notamment les thèses de
Darwin qui réadaptées par l’économiste britannique Robert Malthus* aboutissent à l’évènement de la "méritocratie" qui définira comme
logique que le meilleur (le + fort) soit récompensé et l’incapable (le + faible) sanctionné, voire éliminé. Cette distinction avait aussi besoin d’être renforcée à une époque où
s’élaborait la conquête coloniale et ses confrontations avec des peuples dits "sauvages".
Le détournement de cette théorie et son application à la
société humaine interprétée comme lutte sans
merci a permis ainsi de justifier la cruauté sociale et l’égoïsme du capitalisme.
Des questions viennent alors à l’esprit: pourquoi l’homme s’oppose t-il à cette cruauté naturelle aux noms de l’altruisme et de la compassion? (L’existence même du mot cruauté peut en être une preuve). Ne
met-il pas de la sorte, à terme, en péril la qualité de l’espèce humaine?
Darwin donne lui-même la réponse, réponse qui ne sera pas, on
s’en doute, retenue. Il dit que le point ultime de l’évolution, c’est la capacité et le désir qu’ont acquis les hommes à désobéir à la nature. "Nous humains, sommes naturellement habités par la
compassion. Nous devons donc obéir à ce penchant naturel au risque, sinon, de porter préjudice à la + noble partie de notre nature".
Si la nature d’où nous sommes issus a permis le développement de
cette tendance altruiste, si elle a favorisé notre aptitude à refuser la sélection, l’élimination des moins "adaptés", càd si elle a laissé s’exprimer cette
capacité à lui dire "non", c’est que cette tendance est un produit de l’évolution. Ainsi, nous aurions certainement tort de refouler cette
voie au risque, alors, de se trouver déclaré inapte et d’être éliminé.
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J-Claude Guillebaud,
né en 1944, écrivain, essayiste, confériencier et journaliste français
[24] J-Claude Guillebaud.
"Le principe d’humanité"
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J-Claude Guillebaud* s’associe à cette théorie des "darwiniens de gauche": "Le
principe d’humanité serait en quelque sorte la résultante finale d’un processus évolutif d’essence biologique. …Ce que nous appelons "morale", "altruisme", "civilisation" ne serait rien
d’autre qu’une composante de la sélection elle-même".[24]
Car cette disposition à l’altruisme, à la philosophie et la
morale n’a t’elle pas pour origine le néocortex cérébral, dernier né de l’évolution, centre de l’intelligence et de l’apprentissage, de l’abstraction, de la conscience ou encore
du langage et impliqué dans la mémorisation et les émotions. Il possède aussi la particularité de ne pas fonctionner de façon automatisée, càd que l’on ne peut prévoir comment il va
réagir à un stimulus donné.
En 1986, "Année internationale de la
paix", 20 scientifiques de réputation mondiale ont adopté le "Manifeste de Séville sur la violence". Se fondant sur les recherches de diverses
disciplines, ils affirment que la violence n’obéit pas à une loi naturelle et ils s’élèvent contre le recours à la science pour justifier la violence et la
guerre.
Il y est déclaré notamment:
Il est scientifiquement
incorrect
- que nous ayons hérité de nos ancêtres les animaux une propension à faire la guerre.
- de dire que la guerre ou toute autre forme de comportement violent soit génétiquement
programmée dans la nature humaine.
- de dire qu’au cours de l’évolution humaine une sélection s’est opérée en faveur du comportement
agressif par rapport à d’autres types. La violence n’est inscrite ni dans notre héritage évolutif ni dans nos gènes.
- de dire que les hommes ont "un cerveau violent" bien que nous possédions en effet l’appareil
neuronal nous permettant d’agir avec violence, il n’est pas activé de manière automatique par des stimuli internes ou externes.
- de dire que la guerre est un phénomène instinctif ou répond à un mobile unique.
Si la génétique ne peut pas apporter de réponse fiable, n’existerait-il pas
une sécrétion hormonale ou autre substance qui soit responsable de la violence?
Les recherches expérimentales de F.A.Beach* confirment l’absence de
relation causale univoque entre une sécrétion interne et un comportement.
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Frank Ambrose Beach, Jr
(1911-1988) américain éthologue, + connu comme co-auteur du livre 1951 Patterns of Sexual
Behavior
[25] Résumé de l’étude: Hormones in Context: Testosterone and
Aggression, Bland, J., 1998-2004
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"Quels que soient les effets des hormones sexuelles, ils sont considérablement réduits chez les espèces ayant une
organisation sociale. Cela peut avoir un effet sur l’animal mais cela dépend aussi de la situation; + l’espèce a une organisation sociale évoluée, + les variables de situation sont
importantes".[25]
A propos de la testostérone, hormone masculine:
"l’argument biologique dépeint l’agression masculine comme la + grande différence comportementale entre les hommes
et les femmes, différence qui serait normale et innée; ce qui est intolérable".[25]
Il en est de même pour la sérotonine,
neuromodulateur du système nerveux central qui intervient directement sur l’émotivité et influe sur les interactions sociales en favorisant, par ex, l’agressivité ou le sentiment d’injustice.
La quantité présente dans le cerveau et dans l’intestin de cette substance dépend bien entendu de notre capacité à l’emmagasiner et la synthétiser mais aussi de
l’alimentation, de l’exposition à la lumière solaire et de conditions particulières liées au milieu individuel et social donc de facteurs externes.
"Ni la physiologie, ni l’éthologie, ni la psychologie n’ont pu démontrer, dans le cas de l’agressivité,
l’existence d’une nécessité interne émanant d’un processus somatique …l’agressivité n’est en aucune façon une substance dont l’organisme devrait éliminer le surplus".
[26]
"L’agressivité n’est pas innée au sens biologique d’un
instinct. Du fait de la quasi permanence du narcissisme, elle apparaît néanmoins comme un phénomène pratiquement inextirpable ou, si l’on veut, une "loi" de la constitution humaine".[27]
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[26] et [27] J Van Rillaer L’agressivité humaine
Hervé Allain
neuropharmacologue à l’université Rennes I
[28] Hervé Allain Biologie et pharmacologie des comportements
violents. 1997
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En ce qui concerne la recherche
des différents éléments du cerveau qui participeraient à la genèse des comportements agressifs, la médecine progresse aussi dans ce domaine. Cependant, ces découvertes n’expliquent en rien
les causes de la violence et des perversités. Comme toute médecine[euh...], elle permet de soigner, d’intervenir sur des lésions, mais
elle est impuissante à éliminer les causes de ces dérèglements.
Ainsi l’exprime le Pr Hervé Allain* "Des
avancées ont été clairement réalisées dans l’approfondissement de déterminants biologiques associés aux comportements violents. L’importance du social et du psychodynamique dans ces
comportements ne facilite pas la recherche clinique et thérapeutique prisonnière de ses canons méthodologiques. La possibilité d’atténuer par le médicament au moins les situations de
crise et d’agir préventivement dans les populations à risque semble se dessiner".[28]
A ce propos: où en est la
criminologie, càd l’étude de la propension à réaliser des conduites répréhensibles et des actes transgressant l’interdit, considérées comme des agressions?
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Cyril Burt (1883, 1971) Psychologue britannique directeur du prestigieux British
Journal of Statistical Psychology. En 1946, il est élevé par George VI au rang de chevalier pour services éminents rendus au monde de l’éducation. La communauté scientifique horrifiée a
découvert que la + grande partie de ses travaux reposaient sur des données qui avaient été truquées sinon inventées de toutes
pièces
Raymond Bernard Cattell, 1905 -1998 psychologue britannique et américain
Cesare Lombroso, (1835-1909) professeur italien de médecine légale et l’un des
fondateurs de l’école italienne de criminologie, célèbre pr ses thèses sur le "criminel né"
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Même si certaines théories telles celles* de Burt et Cattell , Ernest Dupré, Kretschmer, de l’Ecole de Graz dont A.Lenz, Kinberg, Di Tullio et de P.Grapin sans oublier celle de
C.Lombroso, qui font la part belle au biologique ou au naturel, ont connu leurs heures de gloire,
les théories + récentes insistent sur l’influence du milieu social
comme prépondérante dans les causes entraînant les actes criminels.
- Son chef de file, Alexandre Lacassagne, a mis l’accent sur l’influence
quasi-exclusive du milieu social dans l’étiologie criminelle.
- Gabriel Tarde, le 1er critique de la théorie du criminel-né de Cesare
Lombroso, a complété cette théorie par l’étude des influences du milieu social sur le comportement individuel et a principalement mis en évidence le principe d’imitation. Son idée essentielle est que chacun se conduit selon les coutumes acceptées par son milieu.
- E.Durkheim a même généralisé la délinquance comme un mouvement naturel
de toute société qui serait bénéfique pour son évolution.
- D’autres théories font la part belle à la cause sociale comme celles d’H.Laborit, de Clifford Shaw, de
Sutherland, de Ronald Akers,
- de l’anomie de Merton, des conflits de culture de A.K.Cohen,
- de l’intégration culturelle différentielle de D.Szabo,
- celle de l’engagement de H.S.Becker, du lien social de
T.Hirschi.
"L’agressivité, par ex, est décriée chez les "jeunes des banlieues", et dans toute
inscription dans un mouvement de contestation de l’ordre établi. Elle est par contre fortement valorisée par l’idéologie libérale en ce qui concerne les jeunes cadres blancs, poussés à se battre
pour être les meilleurs sur le marché."[20]
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[20] http://panoptique.boum.org. Scie et délinquance: génétique de l’agressivité ou agressivité de la génétique. 26 sept 2008
[29] Caroline Dangléant revue de presse:La science au Québec,
Agressivité: les gènes ou l’éducation? Le 22 09 2005
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"La plupart des hommes importants avaient le parfait potentiel pour devenir de grands criminels s’ils avaient
grandi dans un environnement différent".
La conclusion de R.Tremblay en choquera quelques-uns, mais elle traduit
l’évolution de la recherche sur les causes profondes de l’agressivité."[29]
Cette notion trouve un écho dans l’étude de la délinquance par la théorie de la dissociabilité de Roger
Mucchielli. Celui-ci expose qu’une défaillance du processus de socialisation nécessaire à la formation de la personnalité explique la délinquance. L’échec peut résulter,
- soit du fait que les conditions sociales sont difficiles à
maîtriser (apprentissages sociaux pernicieux, défaillants, inefficaces ou inaccessibles),
- soit que la personnalité du sujet n’est pas armée pour répondre
aux conditions dans lesquelles il est placé ou peu motivée pour les assumer (irritabilité du sujet, avidité devant le monde ou indifférence affective).
►François Robert, Stop the violence◄
On retrouve une similarité sociologique dans la théorie de la sous-culture de violence de Wolfgang et Ferracuti,
étude de la jeunesse plongée dans une culture de la légitimation de la violence.
"En elle-même, l’impulsion (ou quelque nom qu’on lui donne) n’est socialement ni
malfaisante ni bienfaisante. Sa signification dépend des conséquences effectivement produites, et celles-ci dépendent à leur tour des conditions dans lesquelles cette impulsion agit et
avec lesquelles elle interagit.
Ces conditions sont établies par la tradition, par la coutume, par la loi, par les formes d’approbation et de
désapprobation publiques, bref par tous les éléments qui constituent l’environnement. […] La prétendue immuabilité de la nature humaine ne saurait être admise".[30]
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[30]John Dewey,
Démocratie et nature humaine 2002
Maurice Merleau-Ponty,
philosophe français titulaire de la chaire de philosophie du Collège de France
[31]Merleau-Ponty,
Phénoménologie de la
perception 1945
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Le célèbre phénoménologue Merleau-Ponty*
précise: "L’équipement psychophysiologique laisse ouvertes quantités de possibilités et il n’y a pas + ici que dans le domaine des instincts une nature humaine donnée une fois pour toutes…
Il est impossible de superposer chez l’homme une 1ère couche de comportements que l’on appellerait "naturels" et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est
fabriqué et tout est naturel chez l’homme…."[31]
à suivre...
F. CHÂTEL, GR, 14 mars 2011
proposé par mamadomi
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