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Oscar 2012 dans la catégorie du 
 court métrage documentaire

pour "Saving Face":la réalisatrice pakistanaise

Sharmeen Obaid-Chinoy lance sa campagne

contre les attaques à l'acide qui chaque année

défigurent + d'une centaine de femmes.

www.savingfacefilm.com

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Pour suivre les décisions et les changements
voulus par le peuple et pour le peuple

c'est ICI, dossier ALUR pour ex

texte de Loi

►oops ça coupe, suite ici 
+ de zik ici [les notes que j'aime]

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...pour voir le film de Yann Arthus-Bertrand
et une critique ici
; autre film (7'30):
Des fOrêts et des hommes
horloge mondiale

un moment Ted ici, avec Jill Bolte

hymne à la beauté de la nature ici

à lire absolument:
comprendre l'histoire d'Israël
par le grand universitaire Ilan Pappe
août 06 et toujours actuel...

138 pays reconnaissent la Palestine
en tant qu'état, 179 pays maintiennent leurs relations
diplomatiques, le pays est devenu membre de l'ONU
en 2011 (actuel statut d'observateur) mais
la demande d'adhésion n'aboutit pas à cause
du véto des E.U. et des pressions d'Israël
le 31 oct 2011:
la Palestine siège enfin à l'UNESCO
le 29 nov 2012
la Palestine devient
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Cap à citer

earth hour

 Samedi 29/03/14:
20h30/21h30
 ...merci à tous 
www.earthhour.be.
le 23/03/2013
on a aussi éteint les lumières!

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Tunisie-drapeau.jpg

Pour une Tunisie et une Egypte
libres & démocratiques
calligraphie
bravo aux Lybiens, ya du travail encore...:

 courage aussi aux Yéménites, avec la révolution des femmes:

Drapeau du Yémen
...aux Syriens, qui paient cher:
aux Maliens, en proie au mal anti-éducation qui fait le lit de toutes les dominations:
et, que partout où
la liberté est bafouée,
la révolution se propage:
Algérie,Bahrein,Burkina Faso,Chine,
Djibouti,Haïti,Irak,Iran,Japon, 
Jordanie,Kenya,Koweit,Liban, 
Maroc,Mauritanie,Nigeria,Oman,
Palestine et Israël,Somalie,Soudan 
 ...France!
...Ukraine qui choisit des valeurs de démocratie dans le rapprochement à l'Europe, au détriment d'avantages économiques à rester liée à la Russie! Avec les risques extrémistes que ça comporte...
Thaïlande...

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l'origine du  mot  bug

Severn, la voix de nos enfants

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de notre ami Vladimir Vodarevski

ZEM apprenti maître zen
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cannabis, attention quand même...
dangers, alerte, qlqs infos
chez cardamome

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lettre ouverte d'un gendarme au président

de la république M. Hollande:


Couches Absorbées

Caplibreurs et surfeurs

Blog animé depuis bientôt 7ans

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merci à tous et à toutes
...pour tous vos commentaires:
le 55 000ème, mercredi 5 nov 2014
déposé par:
bouquet rose et mauve
MERCI DE VOTRE VISITE

Je m'insurge!

Hommage à Stephane Hessel, récemment il avait subi la censure pour s'être exprimé contre les choix du gouvernement israëlien à l'encontre du peuple palestinien

 

ici, extrait de son indignation chez Taddeï

ses voeux de résistance 2011

en savoir plus à la fin de cette page en clic

******************************************************************************

L'homme que vous voyez sur la photo n'est pas un 'Black Block' ni un misérable retraité. C'est Manolis Glezos qui en 1941, sous l'occupation nazie, est monté sur l'Acropole et a retiré le symbole nazi, la croix gammée. Qui est-il?
 
Manolis Glezos Manolis Glezos
70 ans + tard des personnes en uniforme, serviteurs des banques, qui ne mériteraient même pas de lécher ses chaussures, ont l'audace de lever la main sur lui...
Ceux qui ne comprennent pas que nous voyons monter une nouvelle forme de fascisme financier devraient y réfléchir à deux fois.
 Un lien chez bernard

******************************************************************************

Suite aux pétitions de demande de soutien qui circulent:


Je déclare ne soutenir Eric Zemmour dans son combat pour la liberté d’expression qu'avec la réserve qui s'impose en regard du commerce qu'il fait de son impertinence dans sa posture d'opposition fanatique à ce qu'il appelle la pensée unique, opposition massive qui n'est qu'un grand fourre-tout de toutes les transgressions délétères par l'incitation à décomplexer toute forme de propos, de posture et d'investigation raciste.

Le poids de la parole publique enjoint une responsabilité et une prudence éthique qui, de toute évidence, lui pèsent dans son fantasme de toute puissance infantile tellement patent.

Ainsi, je NE CONDAMNE PAS LES PLAINTES ET PROCES QUI LUI SONT FAITS, NI LES CAMPAGNES DE SENSIBILISATION CONTRE SES EXCES ET SES FRANCHISSEMENTS DE LIGNE. Les pressions et menaces dont il fait régulièrement l’objet, en revanche sont nulles et non avenues.

Vous pourrez vous informer sur la charte éthique professionnelle du journalisme sur ce lien, dont:

- Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication

- Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge

- Respecte la dignité des personnes

- N’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée

- Prend la responsabilité de toutes ses productions professionnelles/répond devant la justice des délits prévus par la loi

- tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, la déformation des faits, le mensonge, la manipulation, (...) pour les plus graves dérives professionnelles

http://obeissancecanine.free.fr/images/exercice1.gif

 vous pouvez commenter ici >> page blanche

24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 23:17
Diriger en croyant le monde
peuplé d'"écons"

Au travers de ses travaux et ses écrits, Daniel Kahneman a montré la complexité de nos motivations, pourquoi nous allions faire tel ou tel choix, comment ce n’était pas la simple perspective d’un gain qui allait nous décider, et combien le risque de perdre ce que nous avions déjà pouvait nous tétaniser.
Il a ainsi dressé un tableau de nous les humains, bien éloignés de ces êtres mathématiques et logiques que manipulent les économistes. Il résume ceci au travers d’une expression simple et parlante:
"Mes collègues économistes travaillaient dans le bâtiment voisin, mais je n'avais pas pris la mesure des profondes différences entre nos mondes intellectuels. Pour un psychologue, il est évident que les gens ne sont ni complètement rationnels, ni complètement égoïstes, et que leurs goûts sont tout sauf stables. C'était comme si nos disciplines étudiaient 2 espèces différentes, que l'économiste comportemental Richard Thaler a baptisées par noèmes, triturer les méningesla suite les Econs et les Humains. Contrairement aux Econs, les Humains que connaissent les psychologues ont un Système 1. Leur vision du monde est limitée par les informations dont ils disposent à un moment donné (COVERA), et par conséquent, ils ne peuvent pas faire preuve de la même constance et de la même logique que les Econs."
Les Econs et les Humains, voilà bien un des problèmes majeurs non seulement en économie, mais en management: j’ai croisé des dirigeants qui, trop bien formés et déformés par leurs études, croyaient leurs entreprises peuplés d’Econs, càd d’individus logiques et rationnels. Ces mêmes dirigeants oublient combien eux-mêmes ne sont pas des Econs, et combien ils sont mûs par leurs ambitions, leurs peurs et leurs émotions
S’ils étaient un peu + attentifs à la nature humaine des comportements, ils comprendraient pourquoi les changements qu’ils proposent génèrent + de peurs que d’adhésion, pourquoi "ceux qui risquent de perdre se battront avec + d’acharnement que ceux qui pourraient en tirer parti."
S’ils étaient un peu + informés des travaux de Daniel Kahneman, ils sauraient qu’un gestionnaire de portefeuille n’a pas un comportement rationnel, et qu’il cherchera toujours à vendre d’abord les titres sur lesquels il a le + gagné depuis leur prix d’achat, et non pas ceux qui ont le moins de perspectives de plus-value.
Dessin emprunté à la vaste bibliothèque des pensées du chat de Philippe Geluck…
Il est vrai par contre que "les vendeurs apprennent rapidement qu'en manipulant le contexte dans lequel un client voit un produit, ils peuvent profondément influencer ses préférences." La vente est souvent l’art de manipuler les réflexes induits par le Système 1 des clients.
Est-ce rêver que penser que l’on pourrait construire un monde où les dirigeants politiques comme économiques tiendraient compte de tous ces enseignements?
Pour terminer cette longue promenade dans le dernier livre de Daniel Kahneman, je lui laisse la parole avec une phrase qui résume toute son humanité:
"Les pauvres pensent comme les traders, mais la dynamique n'est pas du tout la même. Contrairement aux courtiers, les pauvres ne sont pas insensibles aux différences entre le gain et la perte. Leur problème, c'est qu'ils n'ont de choix qu'entre des pertes."

source
Article paru le 12 déc 2012

proposé par mamadomi

rééd° du 12 09 13

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Published by mamadomi - dans Culture en partage
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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 23:24

Il ne dit pas l’essentiel!

 

 

 

Gros titre en dernière page du supplément Eco@entreprise du Monde du 6/11: Quand la Suède redressait ses finances publiques. Son auteur, J-Marc Daniel [1], met son lecteur tout de suite dans le bain:

"Dans ces périodes de débat sur l’opportunité de mener une politique budgétaire restrictive, un retour vers les expériences de redressement des finances publiques s’impose".

Il choisit de décrire la politique mise en œuvre en Suède au début des années 1990. Gouverné sans discontinuité de 1932 à 1976, puis de 1982 à 1991, par les sociaux-démocrates, le pays, célèbre par son modèle social basé sur une gestion keynésienne de l’économie et un État-providence généreux, traverse au début des années 90 une grave crise économique. Il perd les élections de 1991. Le gouvernement de centre droit qui arrive au pouvoir commande un audit sur la situation économique dont les résultats sont "accablants": fort accroissement du nombre des fonctionnaires, poids des dépenses publiques et montant des prélèvements obligatoires, représentant respectivement 61% et 57% du PIB. Le rapport d’audit se conclut bien sûr par des propositions de réforme qui vont toutes

"dans le sens d’une + grande liberté économique et d’une + grande rigueur budgétaire".

Bientôt revenus au pouvoir, les sociaux démocrates reprennent ces propositions et décident de rompre avec l’ancien “modèle suédois”. Ils intègrent même l’UE en 1995 pour s’assurer une + grande ouverture sur l’extérieur mais, pas fous, refusent d’adopter l’€ comme monnaie. C’est cette dernière décision qui leur a permis de dévaluer quand il le fallait. Mais ça, J-M Daniel n‘en parle pas une seule fois dans sa pleine page du Monde. C’est sans doute inconvenant! Il préfère s’attarder sur la “réussite” de la politique d’austérité mise en œuvre qui n’a pas pénalisé les entreprises puisque leurs impôts n’ont pas été augmentés et que la baisse du revenu des ménages, due à “la recalibration” de l’État-providence a été compensée par une certaine “desépargne”. Vous devinez la conclusion:

"À notre gouvernement de tirer les conclusions souhaitables de ce qui s’est passé dans la Suède dirigée par les sociaux-démocrates".

Il oublie simplement que la France a signé le traité de Maastricht et perdu ainsi sa souveraineté monétaire. [On ne peut donc pas appliquer les mêmes recettes dites de réussite relative (bonjour les ménages...!!) que ceux qui l'ont gardée!

 

 Parlons peu parlons bien...

L'essentiel est là:

Shadow banking

  et dark pools

 

 

Louverture à la concurrence du marché boursier traditionnel a conduit à la multiplication de marchés financiers spécialisés dans l’échange confidentiel d’actions. On les appelle les “bourses de l’ombre” ou “dark pools”[2]. Ce sont des marchés électroniques ultra sophistiqués permettant à un investisseur de vendre ou d’acheter anonymement des actions. Les banques et autres opérateurs de marché, compagnies d’assurance, fonds d’investissement, ont trouvé là une excellente opportunité de se procurer de nouvelles sources de revenus qui échappent au contrôle des autorités financières et qui ne sont pas prises en compte dans le bilan des banquesLa Banque centrale européenne envisageait de réglementer ces activités afin d’éviter de futures crises financières de grande ampleur. 3ans + tard, rien n’a encore été fait. Fin oct. 2012, à Toronto, Mme Lagarde, directrice générale du FMI, s’est emportée contre le développement du “monde bancaire de l’ombre”, et en novembre le Conseil de Stabilité Financière[3] (CSF) a évalué, pour 2011, à $67.000 milliards le montant du “shadow banking” échappant à toute régulation (soit 5 à 6 mille milliards de + qu’en 2010). Selon le rapport du CSF consacré à 25 pays (représentant 90% des actifs financiers mondiaux), ce secteur parallèle représente à lui seul la ½ du montant des actifs totaux des banques.

Rapporté au PIB, le montant des actifs des “banques de l’ombre”

est de 520% à Hong-Kong,

de 490% aux Pays-Bas,

de 370% au Royaume-Uni,

de 260% à Singapour

et de 210% en Suisse.

Dans ce secteur secret, en 2011, les États-Unis occupaient la 1ère place avec 23.000 milliards d’actifs, la zone € la 2ème avec 22.000 milliards et le Royaume-Uni la 3ème avec 9.000 milliards [4].

Le 18 novembre, le CSF a présenté ses propositions visant à mieux encadrer ce monde bancaire parallèle, mais ce n’est qu’en sept. 2013 qu’il a publié ses recommandations pour mieux surveiller et réguler les entités systémiques de ce secteur… qui a donc encore de beaux jours devant lui [4].


Nan, on ne parle pas de la source des problèmes économiques...

comme si on pouvait régler quoi que ce soit sans régler ce point d'abord,

 à la place on nous agite quoi?...

 

Toujours le chômage…

 

 

Comme si c’était inattendu, Le Monde du 29/11/12 consacrait sa page “L’événement” au chômage en France, avec des titres et sous titres propres à terroriser les populations:

- Le chômage explose en France,

- Les statistiques d’octobre sont catastrophiques,

- La France n’a jamais connu autant de demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues

Le corps de l’article n’est guère mieux:

"en 6 mois, près de 240.000 personnes supplémentaires sont venues s’inscrire à Pôle emploi. C’est déjà presque le ¼ de toute la hausse enregistrée au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy" (ah! le bon temps…).

Comme si le chômage de France était uniquement un phénomène français [4]. Ces braves journalistes ont même le culot de nous proposer l’ex. des pays de l’Europe du Sud qui ont rendu les licenciements + faciles et moins coûteux [5], mais finissent tout de même par reconnaître qu’en Espagne, la réforme du droit du travail facilitant la “flexibilité” de l’emploi a conduit à l’augmentation des licenciements collectifs (+45%), des suspensions temporaires d’activité (+58%), des départs “volontaires”, suite à des modifications des conditions de travail (184%) ou de mutation (150%)…

 

J.-P. MON, GR, déc. 2012


[1]De + en + “médiatisé”, c’est un grand technocrate: Polytechnique, l’ENSAE, puis administrateur de l’INSEE, direction du Budget,… actuellement professeur à l’ESCP Europe, directeur de la revue Sociétal et membre du conseil d’administration de la Société d’économie politique

[2]Voir GR1105, janv. 2010

[3]Organisme mis en place par le G20 en avri. 2009 dont la mission est d’identifier les vulnérabilités du système financier mondial, de développer et mettre en place des principes en matière de régulation et de supervision dans le domaine de la stabilité financière

[4]Les Echos, 18/11/2012

[5]Voir, entre autres, GR 1136, nov. 2012

proposé par mamadomi

rééd° du 04 12 13

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 23:04

L’allocation universelle

       

Il en est déjà beaucoup question dans les colonnes de la GR, en attirant l’attention des lecteurs sur le fait que sous cette dénomination ou sous des appellations semblables [1] se cachent des propositions bien différentes. Parmi elles, celle défendue par la branche espagnole de BIEN sous le nom de "renta basica" (=revenu de base) paraît la + intéréssante [2].

Linstauration d’un revenu de base universel figure aujourd’hui dans les programmes électoraux de plusieurs partis espagnols, moins rigides (c’est le moins que l’on puisse dire) que les partis politiques ou milieux de gauche français.

C’est notamment le cas pour les élections régionales de Galice et du Pays basque qui ont eu lieu le 21 oct. 2012.

En Galice, c’est Anova, la coalition nationaliste de gauche, qui avait mis le revenu de base dans ses propositions et, bien que le Parti Populaire (droite) y reste encore largement majoritaire, elle a réussi sa percée en obtenant 8 députés au Parlement régional. Au Pays basque, c’est Euskal Herria Bildu (la coalition basque indépendantiste) et Equo (un tout nouveau parti né l’an dernier de la fusion de 35 mouvements écologistes), qui proposaient cette renta basica. EH Bildu a obtenu la 2nde place aux élections (derrière le parti nationaliste, PNV: ils ont recueilli ensemble les 2/3 des sièges).

Si les promesses n’engagent pas que ceux qui y croient, on peut imaginer que ce sont les Basques qui vont être les 1ers à bénéficier d’un revenu de base

En attendant, on peut déjà noter que ces élections ont constitué une véritable déroute pour le PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol) qui, par rapport aux élections de 2009, a perdu 1/3 de ses voix au Pays basque (soit 110.000 électeurs) et 40% de ses voix en Galice (soit 230.000 électeurs). Peut-être faudrait-il qu’il mette, lui aussi, à son programme l’instauration d’une allocation universelle pour qu’il retrouve le soutien des populations…

 

[1] L‘allocation universelle, GR 1097, avr. 2009

[2] Un programme pour la gauche? GR 1116, janv. 2011

Source : OCDE
NOMBRE MOYEN D'HEURES TRAVAILLÉES PAR SEMAINE
(32 PAYS - 2011)
Les 10 plus hauts Les 10 plus bas
Turquie 48,9 Belgique 36,8
Corée 44,6 Suède 36,5
Mexique 43,3 Royaume-Uni 36,4
Grèce 42,1 Autralie 36,1
Tchéquie 41,1 Allemagne 35,5
Israël 40,9 Suisse 35,2
Slovaquie 40,6 Irlande 34,9
Pologne 40,5 Norvège 33,9
Islande 39,6 Danemark 33,7
Slovénie 39,5 Pays-Bas 30,5

Un chômage croissant

 

Il n’y a pas qu’en France que le chômage augmente. Selon l’office des statistiques de l’Union européenne, Eurostat,

dans les 17 pays de l’Euroland, le taux de chômage [3] corrigé des variations saisonnières s’est élevé à 11,5% en août 2012, et à 11,6% en sept.

Tandis que dans l’UE (27 pays), le taux de chômage s’est établi à 10,6% en sept., stable par rapport à août.

Dans les 2 zones, les taux ont augmenté de façon significative depuis sept. 2011, où ils étaient respectivement de 10,3% et 9,8%.

D’après les estimations d’Eurostat, 25,751 millions d’hommes et de femmes étaient au chômage en sept. 2012, dont 18,490 millions dans la zone €. Par rapport à août 2012, le nombre de chômeurs aurait augmenté de 169.000 dans l’UE et de 146.000 dans la zone €.

En ce qui concerne les jeunes de moins de 25ans, en sept. 2012, 5,520 millions étaient au chômage dans l’UE (soit 22,8 %), dont 3,493 millions (soit 23,3%) dans la seule zone €. Ces taux, 1an + tôt, étaient respectivement de 21,7% et de 21,0%.

 

[3] Ces taux sont basés sur les définitions recommandées par l’OIT (Organisation internationale du travail)

L’Islande,

laboratoire de la démocratie?

 

Dans la GR1131 (mai dernier), nous avions raconté comment le peuple islandais avait mis en échec la coalition gouvernementale au pouvoir, jugée responsable de la crise financière du pays; il avait obtenu, à la suite de 2 référendums, que le pays n’éponge pas avec des fonds publics les dettes des banques privées. Après avoir élu en 2009 un gouvernement de centre gauche, les Islandais se sont prononcés par référendum le 21 oct. 2012 sur un projet de nouvelle constitution comportant 6 questions. Ils l’ont adopté à la majorité de 2/3 des voix, mais avec un taux de participation de 48,9%. A priori, cette faiblesse du taux de participation est plutôt étonnante, compte tenu de la manière dont le projet avait été préparé pendant 2ans: en effet, pendant toute une journée, le 6 nov. 2010, s’était tenu un forum réunissant 950 citoyens tirés au sort, qui, par tables de 10, avaient dressé les “valeurs fondamentales” de l’Islande. Puis, à la fin de ce même mois de novembre 2010, 25 citoyens avaient été élus (parmi 522 candidats) pour former une assemblée constituante qui, à titre consultatif [4], avait poursuivi son travail en prenant l’avis des citoyens par Internet.

Quoi qu’il en soit, pour être définitivement adopté, un texte constitutionnel doit être voté 2x : d’abord par le Parlement actuel, ensuite, par le Parlement issu de l'élection législative d'avril 2013. 

 
Jean-Pierre MON txt réactualisé

      [4] Election invalidée par la Cour Suprême pour des raisons techniques  


Si, comme l’annoncaient les sondages, les Islandais envoient alors au Parlement une majorité conservatrice, la droite n'a pas pour autant réussi à annuler référendum et texte constitutionnel, ce bel effort a été soutenu que par une majorité de défenseurs de la démocratie, mais si la droite est revenue au pouvoir c'était dans un mouvement anti-adhésion à l'Europe, le système de vote étant ce qu'il est, à ce jour, le texte n'est pas adopté. Système d'ailleurs que ladite Constitution remettait à plat: référendum approuvé à 67%, pour d'ailleurs un système électoral avec une personne=un vote. Le système actuel est différent, le nb de sièges est réparti selon les régions, ce qui donne un poids démesuré aux régions rurales qui comptent moins d'1/3 de la population. Et, comme le gouvernement actuel a déjà montré beaucoup d'incompétences, on reverra peut-être à nouveau les gens dans la rue en 2014...

Rappel des faits2008 la principale banque du pays est nationalisée, la monnaie s'effondre la bourse suspend son activité, le pays est en banqueroute. 2009 les protestations citoyennes contre le parlement font que des élections anticipées sont convoquées, qui provoquent la démission du 1er ministre et en bloc de tout le gouvernement. La situation économique désastreuse du pays persiste par le biais de lois remboursement de la dette (à la GB et à la Hollande) de €3500 millions à un taux de 5% à rembourser par toutes les familles irlandaises sur 15ans! 2010 le peuple descend à nouveau dans la rue et demande un que la loi soit soumise à référendum. En janv 2010 le Président refuse de ratifier cette loi et annonce la consultation populaire, en mars le référendum a lieu et le non au paiement de la dette remporte 93% des voix, pdt ce temps le gouvernement a entamé une investigation pour régler juridiquement la responsabilité de la crise. Détentions de plusieurs banquiers et cadres supérieurs, enquête interpol, tous les banquiers impliqués quittent le pays. Une assemblée est élue pour rédiger une nouvelle constitution comme mentionné ci-avant. Les travaux commencent en fév 2011 pour un projet de grande charte.

Pourquoi personne n'a parlé de cette leçon de démocratie tout au long des faits? on a parlé de la Tunisie et du printemps arabe... mais pas de l'Islande... 

Ayraultport et concertation 

Et en France, où en est la démocratie ??

C’est tout le contraire de la politique de concertation promise qui se manifeste à propos de “l’Ayraultport”. Depuis 40 ans, le projet d’un aéroport dans la commune de Notre-Dame-des-Landes, est contesté pour une foule de bonnes raisons: son utilité: ce marché profitera évidemment à la multinationale Vinci et à ses filières, et il servira à développer les vols low cost dont on sait les pratiques sociales; le choix de son emplacement, qui impose la destruction de 2.000 hectares de terres agricoles et de bocages, donc des cultures maraîchères qui y sont aujourd’hui produites; ses coûts, coûts humains d’abord, des centaines d’habitants vont en être expulsés, et enfin coût financier, déjà estimé à plusieurs centaines de millions d’€.

Le 25 octobre, des représentants de la Confédération paysanne, d’Attac France, de Greenpeace France, des Amis de la Terre, de Solidaires, de Paysages de France, du Droit au Logement, de Générations Futures,de la Fédération Nationale des d’Usagers des Transports, d’Agir pour l’Environnement, du Réseau Action Climat France, et de nombreux simples “citoyens” se sont réunis pour exprimer, ensemble et pacifiquement, les raisons de leur opposition à ce projet. La réaction a été un déploiement de force brutal, des centaines de gendarmes sont maintenant sur place pour aider Vinci à expulser les habitants et raser leur terrain, afin que puissent agir ses bétonneuses.

          

Prix Nobel de quelle paix? 

après tout, c'est bien pour la Paix que l'Europe a été voulue, non?

Comment a-t-on pu choisir l’UE comme lauréat de ce prix Nobel? Parce que le prétexte avancé par les fondateurs de cette “Union” était d’abolir les frontières, donc les guerres entre les pays qui la constituent? En fait, la guerre économique y est maintenant permanente! Les peuples auraient sans doute su instaurer une véritable solidarité entre eux, donc la paix, ssi cette Union n’avait pas été construite en vue d’autres intérêts que les leurs. Et quand la Grèce a eu besoin d’aide, les gouvernements ne sont tombés d’accord que pour sauver leurs banques et serrer la ceinture aux peuples. Comme le déclare Attac, c’est un prix Nobel de l’austérité qu’il fallait remettre à cette Europe!

9 juin 2013 Paris

La dette

           

Car s’il est un sujet qui fait l’unanimité de nos gouvernements, c’est qu’il faut satisfaire les marchés financiers et pour cela réduire les dépenses sociales et aider les entreprises à être compétitives, (ce qui signifie diminuer autant que possible leurs cotisations sociales, qu’on appelle maintenant, et à dessein, des “coûts”), afin de verser une rente aux “investisseurs” sous prétexte que nous avons tous une énorme “dette” envers eux. Mais d’où sort cette dette et peut-on exiger des contribuables qu’ils la paient?

Pour qu’ils acceptent austérité, inégalités et autres injustices, les responsables politiques et médias officiels s’efforcent de faire croire que la situation actuelle de l’économie est une fatalité. C’est faux, c’est un choix… qui a été fait par une très petite minorité.

 
M-L DUBOIN

proposé par mamadomi

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 23:28

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Sous le titre du journal La Grande Relève ainsi que sur les pages de caplibre depuis désormais 6ans, on trouve ces mots de Victor Hugo

Vous voulez les pauvres secourus,

moi je veux la misère supprimée

 

...sortie de son contexte, cette citation ne dit rien sur la réalité du combat à mener.

 

A la lecture d'un récent article de Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, Guy Evrard y a trouvé des éléments de réflexion qui en éclairent la portée aujourd'hui.

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Soyons francs, la citation ambitieuse de Victor Hugo n’a jamais donné la force de renverser l’ordre social triomphant. A-t-elle seulement été brandie en étendard lors des grands mouvements populaires depuis qu’elle fut écrite? Elle est aujourd’hui pourtant souvent citée sur internet. Pour qui n’a pas lu le chapitre du roman de Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, publié en 1874 et dont elle est extraite [1], elle évoque plutôt Les Misérables (1862), œuvre dans laquelle les gens du peuple se sont reconnus bien au-delà de nos frontières. Mais un roman, fut-il une fresque immense, n’est qu’une représentation, une mise en scène, ici de la misère humaine. Et s’il contribue à la prise de conscience, y compris de ceux qui souffrent, il est difficile d’y voir un instrument de lutte politique. Il touche trop au cœur et au ventre et ne stimule sans doute pas assez l’analyse et la réflexion. Cela tient-il à son auteur et à ses ambiguïtés [2] ou plutôt au fait qu’il décrit une époque dépassée, dont la suite nous a montré que la lutte des classes n’est pas seulement affaire de sentiments? En tout cas, les luttes populaires de la 2nde moitié du 19ème et du 20ème s., qui sans doute ont enraciné dans l’imaginaire des hommes révoltés les œuvres de Hugo (1802-1885), puis de Zola (1840-1902), ne sont jamais parvenues à vaincre et à transformer la société en profondeur, en dépit des sacrifices consentis et d’avancées certes importantes mais sans cesse remises en question. L’aliénation des peuples reste fondamentalement inscrite dans la stratégie des oligarchies qui dominent le monde.

page-7_Box9.jpgVictor Hugo s’élève contre la misèrepage-7_Box9.jpg

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Victor Hugo
Victor Hugo vers 1875, portrait tiré de Wikipédia

 

Dans un discours à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849 [3], Victor Hugo, devenu républicain après 1848, clame:

"je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. (...) La misère est une maladie du corps social comme la lèpre est une maladie du corps humain; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. (...) Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli".

Après quelques ex dignes effectivement des Misérables, V. Hugo enchaîne:

"Eh bien (...) je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas!".

Et, avec cette grandeur d’âme qui se traduit par un vœu pieux:

"Voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un 1er pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions; je voudrais que cette assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère".


Bien sûr que la loi a le pouvoir d’éradiquer la misère, c’est même l’outil obligé aujourd’hui dans les riches démocraties occidentales. Et pourtant, Victor Hugo doit revenir sur le sujet dans Quatre-vingt-treize en 1874 et nous... dans La Grande Relève en 2012. C’est que nous cherchons en vain, dans son discours de 1849, la moindre référence à la société de classes, au rapport de force entre exploiteurs et exploités. Comme s’il suffisait d’appeler à un effort du pouvoir pour changer les choses, sans s’interroger sur la constitution de ce pouvoir:

"Et (...) je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je m’adresse à ce qu’il y a de + sérieux dans le sentiment politique d’une assemblée de législateurs!".

La suite nous dit pourquoi les aspirations du peuple en lutte ne sont pas près d’être satisfaites, référence aux journées de 1848:

"avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’Etat, ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même".

On se rappelle aussi que Victor Hugo ne soutint pas davantage la Commune de Paris en 1870-71, même s’il condamna la répression Versaillaise lors de la Semaine sanglante.


La fin du discours montre que cette volonté de supprimer la misère, si elle est bien celle d’un humaniste, répond davantage à un réflexe de morale et de charité qu’à la revendication d’un droit de justice sociale:

"Vous n’avez rien fait (...) tant que l’ordre matériel n’a pas pour base l’ordre moral consolidé! Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre (...) tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère! (...) tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles (...) qui viennent de toutes part en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur!".

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Cosette - Illustration pour Les Misérables par Emile Bayard (Wikipédia)

Et pour preuve que l’idée de changer fondamentalement la société n’était pas à l’ordre du jour:

"Vous n’avez rien fait tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique! (...) tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, (...) l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux!".

page-7_Box9.jpgQuatre-vingt-treizepage-7_Box9.jpg

 

Dans son refus de la misère, de 1849 (discours à l’Assemblée) à 1874 (Quatre-vingt-treize), Victor Hugo semble pourtant être passé de l’idée d’une sorte de charité institutionnelle à une interrogation sur la légitimité à se révolter contre la misère. Il ne s’agit plus de concéder aux + pauvres des moyens de survivre dans un monde au fond immuable, mais d’accéder à la remise en cause de ce monde. En situant le roman dans la période la + exigeante de la Révolution française, écrit après l’expérience de la Commune de Paris, l’auteur poursuit, dans le chapitre d’où est extraite la citation évoquée précédemment, ses interrogations sur le sens des révolutions.

La scène se passe dans un cachot, la nuit qui précède l’exécution de Gauvain, jeune révolutionnaire empreint d’idéal et d’humanité, visité par Cimourdain, qui fut son précepteur et lui transmit son idéal républicain, mais est aujourd’hui l’envoyé du Comité de Salut Public et décida de sa condamnation à mort, au nom de la loi. Le 1er illustre la République magnanime et fraternelle, alors que le 2nd représente la République inflexible, poursuivant un objectif de justice impitoyable. Leur échange, dans ces circonstances, puise au fond des convictions les + intimes de tous ceux qui luttent pour changer le monde et pose, bien sûr, avec force, la question de la soumission de l’individu (sa liberté, sa vie, ses rêves) au groupe (l’intérêt général, la responsabilité collective). V. Hugo ne tranche pas dans le texte et on ne sait pas s’il comprend déjà que des individus + libres contribuent d’autant mieux au bonheur collectif quand ce bonheur est bien l’objectif commun, dans l’égalité de tous.

Quelques extraits:

— Gauvain: Les grandes choses s’ébauchent. Ce que la révolution fait en ce moment est mystérieux. Derrière l’œuvre visible, il y a l’œuvre invisible. L’une cache l’autre. L’œuvre visible est farouche, l’œuvre invisible est sublime. En cet instant je distingue tout très nettement. C’est étrange et beau. Il a bien fallu se servir des matériaux du passé. De là cet extraordinaire 93. Sous un échafaudage de barbarie se construit un temple de civilisation.

— Oui, répondit Cimourdain. De ce provisoire sortira le définitif. Le définitif, càd le droit et le devoir parallèles, l’impôt proportionnel et progressif, le service militaire obligatoire, le nivellement, aucune déviation, et, au-dessus de tous, reste cette ligne droite, la loi. La république de l’absolu.

(...)

— Cimourdain: La république c’est 2 et 2 font 4. Quand j’ai donné à chacun ce qui lui revient.

— Gauvain: Il vous reste à donner à chacun ce qui ne lui revient pas.

— Qu’entends-tu par là?

— J’entends l’immense concession réciproque que chacun doit à tous et que tous doivent à chacun, et qui est toute vie sociale.

— Hors du droit strict, il n’y a rien.

— Il y a tout.

— Je ne vois que la justice.

— Moi, je regarde plus haut.

— Qu’y a-t-il donc au-dessus de la justice?

— L’équité.

— Précise, je t’en défie.

— Gauvain: Soit, vous voulez le service militaire obligatoire. Contre qui? Contre d’autres hommes. Moi, je ne veux pas de service militaire. Je veux la paix. Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. Vous voulez l’impôt proportionnel. Je ne veux point d’impôt du tout. Je veux la dépense commune réduite à sa + simple expression et payée par la plus-value sociale.

— Qu’entends-tu par là?

— Ceci: d’abord supprimez les parasitismes; le parasitisme du prêtre, le parasitisme du juge, le parasitisme du soldat. Ensuite, tirez parti de vos richesses; vous jetez l’engrais à l’égout, jetez-le au sillon. Les trois quarts du sol sont en friche, défrichez la France, supprimez les vaines pâtures; partagez les terres communales. Que tout homme ait une terre, et que toute terre ait un homme. Vous centuplerez le produit social.

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(Wikipédia)

Cet échange imaginé par V. Hugo résonnerait aujourd’hui sans doute davantage sur le plateau d’un théâtre de la Révolution française que dans une manifestation de rue, mais nous sommes en littérature et la citation qui nous occupe niche bien au milieu d’ambitions qui n’ont pas fini de nous questionner dans la lutte contre l’aliénation des hommes. En cela, elle continue d’être un message révolutionnaire.

page-7_Box9.jpgTant qu’il y aura de la charité, il y aura de l’injusticepage-7_Box9.jpg

 

L’article de Gérard Mordillat, paru en octobre dans l’Humanité des débats [4], nous a fourni l’occasion de revenir sur cette évidence de l’actualité à l’approche de l’hiver: sans la résoudre, la charité souligne la misère qui, dans nos pays riches, ne résulte que de l’injustice sociale. C’est à la lutte politique qu’il revient alors de vaincre celle-ci. Et, plutôt que les propos de V. Hugo devant l’Assemblée en 1849, Gérard Mordillat nous rappelle ce que déclarait Robespierre à la Convention le 7 décembre 1792:

"Quel est l’objet de la société? C’est le maintient des droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le 1er de ces droits? Celui d’exister. La 1ère loi sociale est donc celle qui garantit à tous ses membres les moyens d’exister".

V. Hugo disposait en fait d’une analyse politique, qu’il semble avoir ignorée, pour son sujet favori.


Mais, qu’est-ce qui empêche la réalisation de cette évidence, si bien énoncée, dans notre démocratie, sinon justement la volonté de ceux qui nous gouvernent d’y faire obstacle? Gérard Mordillat poursuit:

"Dans notre société, le droit d’avoir des droits est combattu par toutes les forces réactionnaires. Les sans-droits prolifèrent: sans-papiers, sans-abri, sans-travail, sans-logement [sans mariage, sans enfants...!]. Ces individus n’ont plus le droit d’exister. Ils sont, mais ils n’existent pas. Une fois rompu le principe d’égalité entre les citoyens, une fois vendue l’idée de 2 réalités sociales et politiques, l’une supérieure à l’autre, une fois acceptée comme naturelle et inévitable la multiplication des injustices, que voit-on? On voit la charité se substituer à l’égalité".


À l’origine, la charité est une notion religieuse, présente aussi bien dans l’islam que dans la tradition juive et chrétienne.

"Mais il est évident que le geste charitable est d’abord gratifiant pour celui qui l’accomplit, avant même d’atteindre celui qu’il secourt. Gratifiant dans la mesure où la charité est toujours publique et doit toujours l’être pour exprimer sa valeur sans attendre la rétribution de l’au-delà. Il faut non seulement donner mais se montrer donnant, depuis l’antiquité jusqu’au déploiement médiatique de la charité business d’aujourd’hui".

Et "Cette idée de charité a désormais glissé du champ du religieux pour s’enraciner dans celui du politique" qui s’exonère à bon compte des devoirs qui lui incombent.

"Ainsi, dans la société où nous vivons, on est passé du droit d’exister à l’existence d’aumône (...) pour survivre. La charité ne coûte rien (...) alors que l’application de lois sociales remettrait en cause l’injuste répartition des richesses et la criminelle inégalité qu’elle produit entre les citoyens".

V. Hugo avait seulement fait un bout du chemin. 

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Le Grand Retournement Film de Gérard Mordillat (sortie janv. 2013)

C’est la crise, la Bourse dégringole, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l’économie se meurt... Pour sauver leurs mises les banquiers font appel à l’État. L’État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres, pauvres. Adapté de la pièce de Frédéric Lordon cette histoire d’aujourd’hui se raconte en alexandrins classiques. C’est tragique comme du Racine, comique comme du Molière...

Gérard Mordillat poursuit, sans concession, l’analyse politique: 

 "Il suffit de regarder autour de soi pourvoir que les désengagements successifs de l’État, l’idéologie capitaliste néolibérale, la loi du marché font que (...) la 1ère des lois sociales, celle qui garantit à tous ses membres les moyens d’exister, est vilipendée, stigmatisée, obsolète (...)".

Ainsi, "petit à petit s’est imposée la pratique d’une charité à grande échelle se substituant à la nation et à l’État", quitte à consentir un allègement fiscal limité aux donateurs en échange de cette lâcheté politique. La pérennisation et l’extension des restos du cœur, que Coluche avait imaginés pour pallier à une situation qu’il jugeait inacceptable mais provisoire, constituent l’accusation la + éclatante de cette défaillance politique. Et pour éclairer encore le détournement du don dans le système capitaliste, G. Mordillat évoque cette notion, solidement ancrée dans les consciences, de l’employeur qui donne du travail à un employé:

"C’est un marché parfaitement inégalitaire, que le vocabulaire voudrait draper de vertu. La charité est cousue d’un drap de même tissu".      

Face à une main tendue dans la rue, je me rappelle toujours cette réponse que me fit la personne lorsque je lui dis, dans un réflexe, que déjà hier elle m’avait sollicité:

"je suis comme vous, je mange tous les jours!".

Comme précédemment l’ex des Restos du cœur, elle signifiait que si la charité est, dans l’urgence, toujours un témoignage de solidarité, elle ne règle rien au fond, en ne s’attaquant pas aux causes.

"La réponse est nécessairement politique, puisqu’il y va de la justice et du rétablissement de l’égalité entre tous".

Il y va donc du droit,

"le droit d’exister comme un droit imprescriptible, garanti par la loi et non dépendant de la bonne ou de la mauvaise conscience individuelle".

page-7_Box9.jpg3341594392.pngpage-7_Box9.jpgDe la charité à la lutte politiquepage-7_Box9.jpg

 

Le week-end des 8-9 décembre 2012 vit l’édition annuelle du Téléthon, que Gérard Mordillat range au rayon de la “charité business” ou "autre bazar des bonnes œuvres et des grands profits". L’approche des fêtes de Noël et de fin d’année, avec leurs débordements consuméristes, n’est évidemment pas étrangère au choix de la période,

en misant sur "la bonne ou la mauvaise conscience individuelle".

Le lundi 11 décembre s’ouvrit la conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, avec pour objectif déclaré de tenter d’endiguer la pauvreté, qui ne cesse de s’étendre en ce début du XXIème s. dans le pays d’Hugo comme ailleurs. Il est trop tôt pour apprécier la portée de l’évènement à l’heure où ces lignes sont écrites. Mais, si l’initiative gouvernementale n’est pas sans rappeler celle de Victor Hugo en 1849 devant l’Assemblée nationale, nous pouvons néanmoins approuver l’approche politique.

Le seuil de pauvreté est défini comme le revenu disponible (après impôts et prestations sociales) égal à 50% ou le + souvent à 60% du revenu médian (l’INSEE le fixe désormais à 60%, comme Eurostat), soit €803 ou  €964 pour une personne seule en 2010. À cette date, 4,755 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté fixé à 50% et 8,617 millions sous le seuil fixé à 60%.

Voir les commentaires et les données en fonction de la composition du foyer sur le site de l’Observatoire des inégalités.

http://inegalites.fr/spip.php?article343

Que le pouvoir ait été contraint d’ouvrir le dossier ne doit rien au hasard et ne répond à je ne sais quelle promesse de la campagne électorale. C’est que la pauvreté est redevenue un phénomène de masse. Près de neuf millions de Français vivent aujourd’hui officiellement sous le seuil de pauvreté (voir encadré) et chacun sait qu’il ne suffit pas de franchir ce seuil pour vivre bien.icon_rolleyes.gif L’accroissement des inégalités, avec l’étalage des richesses de ceux qui passent les frontières pour alléger leur charge fiscale, peut lever un vent de révolte contre l’injustice et l’absurdité des politiques d’austérité qui voudraient faire courber l’échine aux peuples. Un vent qui souffle déjà au sud de l’Europe. En France, le renvoi de Nicolas Sarkozy et de la majorité de droite à l’Assemblée nationale avait donné un peu d’espoir, mais très vite il est apparu qu’en ne s’attaquant pas aux puissances financières et en poursuivant une stratégie de soumission aux marchés, la nouvelle majorité ne ferait que poursuivre, pour l’essentiel, la politique précédente, même si elle parvient à raboter un peu les inégalités.


La presse opposée au néolibéralisme dénonce bien sûr cette situation et ouvre ses lecteurs aux réalités. Ainsi, Alternatives Economiques [5] titrait "Pauvreté, ça suffit!" et l’Humanité dimanche [6], avec une pointe d’humour noir "La pauvreté... ça n’existe pas!" et un dossier appelant à "Combattre la pauvreté!". Mais aussi celle des affaires, Les Échos [7], devait rapporter les résultats d’un sondage d’opinion commandé par le journal:

"Un Français sur 2 se dit pauvre ou en passe de le devenir".

Pourtant, le + significatif est peut-être l’arrivée du mouvement associatif dans la protestation publique. Le constat de l’aggravation de la pauvreté est partagé du Secours catholique [8] au Secours populaire. Le Secours populaire [9], [10], [11] organisa une opération "Assiettes vides" en entrée des manifestations contre l’austérité à l’occasion de la Journée européenne pour l’emploi et la solidarité, le 14 novembre dernier. L’objectif:

"faire revenir Bruxelles sur sa décision de couper le plan européen d’aide alimentaire [PEAD]".

Arrêter le PEAD, "c’est couper les vivres à 18 millions d’Européens, dont 4 millions de Français". L’action commune avec la Croix rouge et la Banque alimentaire avait réussi à repousser ce projet de 2012 à 2014. Ensuite?

On le voit, une solidarité efficace, qui vise réellement à réduire la misère, ne peut ignorer l’analyse et l’action politiques. Les lecteurs de la GR savent que les principes de l’économie distributive, en assurant à la source une répartition équitable des richesses créées par la collectivité, permettraient, dans notre pays riche, de faire disparaître la pauvreté.

 

G. EVRARD, GR, janv 2013

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Le “Airfood” organisé par le Secours populaire

(L’Humanité 11)page-7_Box9.jpg

[1] Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, partie III: En Vendée, livre 7: Féodalité et Révolution, chap. V: Le cachot, dialogue entre Cimourdain et Gauvin

http://fr.wikisource.org/wiki/Quatr...treize/III,_7#V_LE_CACHOT

[2] L’Humanité Dimanche, N°324, 9-22 août 2012, n° spécial pour le 150e anniv. de l’éd° des Misérables

[3] Victor Hugo, Discours sur la misère à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849, voir dans réf 2 ou 

http://mamytartine.blog.lemonde.fr/...

[4] Gérard Mordillat, Tant qu’il y aura de la charité, il y aura de l’injustice, l’Humanité des débats 5-7 oct 2012, p.18 Voir aussi: Contre la charité, par Gérard Mordillat, l’Humanité.fr, 5 oct 2012.

http://www.humanite.fr/politique/co...

[5] Pauvreté, ça suffit !, Alternatives économiques, n°319, déc 2012

[6] La pauvreté... ça n’existe pas !, l’Humanité dimanche, 6 déc 2012

[7] Stéphane Dupont: Un Français sur deux se dit pauvre ou en passe de le devenir , Les Echos.fr, 6 déc 2012

http://www.lesechos.fr/economie-pol...

[8] Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, La pauvreté s’est durablement installée en France, France Info, 8 nov 2012

http://www.franceinfo.fr/print/795043

[9] Des assiettes vides en entrée des manifestations contre l’austérité, l’Humanité.fr, 13 nov 2012

http://www.humanite.fr/social-eco/d...

[10] L’intolérable retour de l’Europe de la faim, l’Humanité.fr, 21 nov 2012

http://www.humanite.fr/societe/l-in...

[11] Secours populaire, L’aggravation de la pauvreté en Europe n’est pas une fatalité !, 23 nov 2012

 http://www.secourspopulaire.fr/actu...

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rééd 13 03 14

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 23:03

 

provence, Hans Ulrich Kekow

Ostsee

blumen

 

Le meilleur moyen de prendre un train à l'heure,

c'est de s'arranger pour rater le précédent.

Marcel Achard

 

Quand un philosophe vous répond,

on ne comprend même plus ce qu'on lui avait demandé.

André Gide

 

Quand on vient au monde,

on est tous de la même couleur: violette... 

Yvon Deschamps

 

C'est parce que la fortune vient en dormant

que celle-ci arrive si lentement.

Alphonse Allais

http://www.certiferme.com/blog/imgs/articles/blog-1828-bon-dimanche-040410143023-1090570544.gif

 

proposé par mamadomi

rééd° du 29 08 10

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 23:30

L'abandon physique

 

 

L'abandon physique peut se visualiser comme étant un canal où circulent les émotions reliées à l'échange d'affection. Voilà ma vision de ce que sont les émotions, leur provenance, ce qui les déclenche, leurs effets sur le corps et les pensées, et l'objectif de les "maîtriser". Les émotions font partie des fonctions sous le contrôle de notre système nerveux parasympathique comme celles de la digestion, du rythme cardiaque et de la sécrétion d'hormones. L'affection se vit dans l'abandon émotionnel, ce qui signifie que nous nous laissons contrôler par nos émotions. Évidemment, le fait de perdre le contrôle nous rend vulnérables face à l'autre. L'abandon nous plonge dans un vide rationnel, constituant ainsi une perte de contrôle sur nos pensées et nos actions.

L'émotion, qui sous-tend un besoin d'affection, se rattache au sentiment d'être fragile et sans défense. Pour enclencher un échange d'affection, il faut laisser émerger notre sentiment de vulnérabilité originel. Et pendant que dure un échange d'affection, la vulnérabilité n'est plus seulement un sentiment, elle se vit réellement.

Les émotions sont des sensations physiques diffuses à travers tout le corps. Les émotions sont générées par le corps et nous en prenons conscience avec notre intelligence. Elles indiquent le degré d'intensité des efforts fournis par le corps pour rétablir l'équilibre de son métabolisme. Or la vie tient au maintien d'un équilibre qu'on appelle l'homéostasie. À chaque instant de notre vie, femmeplusieurs choses déstabilisent le fonctionnement de notre corps, et nos organes des sens détectent tout changement dans notre environnement. Pour maintenir une température constante de 37,5°C, notre corps doit produire de la chaleur en brûlant nos graisses si la température est froide et libérer de la sueur pour faire diminuer sa chaleur si la température est chaude. Dans cet ex, l'émotion survient au moment précis où le corps fait des efforts pour maintenir sa température constante. Plus la température sera chaude ou froide, + l'émotion sera intense. L'émotion associée au froid peut se décrire comme une sensation de panique et d'excitation tandis que celle associée au chaud se décrit comme une lourdeur et un état apathique.

Notre psychologie est en rapport direct avec la manière dont on interagit socialement. Il existe aussi un niveau d'équilibre psychologique qui doit être maintenu sans quoi cela peut causer une maladie mentale. Ce niveau d'équilibre est caractérisé par un état et un sentiment de sécurité. Notre équilibre physiologique n'est pas menacé seulement par l'environnement physique comme la température, mais aussi par l'environnement social. Nous naissons sauvages comme les animaux de la forêt et nous sommes bien seulement en compagnie de nos parents avant l'âge de 2 ans. Les bébés ont une réaction de frayeur en présence d'une personne étrangère. Je conçois la socialisation comme la capacité d'apprivoiser et d'être apprivoisé par l'entourage. Apprivoiser signifie de rassurer l'autre en lui démontrant que nous ne constituons pas un danger pour lui ou elle. Cette crainte instinctuelle envers toutes les personnes est nécessaire à notre survie.

La présence d'une personne modifie dès les 1ers instants notre niveau d'équilibre femmepsychologique. Plus nous vivons des émotions intenses avec elle, + ce niveau d'équilibre est modifié par le fait que le corps doit fournir + d'énergie pour rétablir son équilibre. Le déséquilibre sera aussi grand avec une personne que nous haïssons qu'avec une personne que nous aimons beaucoup. Celui-ci sera rétabli par un comportement de fuite ou de désintéressement face aux personnes qui nous sont désagréables, et par un comportement affectueux envers la personne avec qui on se sent le mieux. L'affection rétablit le niveau d'équilibre psychologique par le sentiment de sécurité que cela procure. Avec les personnes qui sont nos amis(es) par ex, le fait de leur parler nous redonne notre sentiment de sécurité.

L'émotion de base dans les relations humaines est la peur. Toutes les personnes de notre entourage représentent potentiellement un danger pour notre intégrité physique (être battu) et psychologique. L'intégrité psychologique se rapporte à l'estime de soi et à la peur qu'on se moque de nous. Rire et ridiculiser une personne fait partie de la violence psychologique. Nous protégeons notre estime avec des façades. Or une façade correspond à un comportement destiné à camoufler nos vraies émotions afin d'empêcher une personne malvenue de jouer avec pour nous démolir. Nous sommes à l'image de ce que sont nos émotions; notre personnalité se définit par la manière dont notre corps réagit à tous les stress de la vie. #Abstract #Art #BeautyFinalement, toutes nos émotions ont leur raison d'être et c'est à partir d'elles que nous nous accrochons à la réalité. La dévalorisation intervient par la négation de l'existence de certaines émotions chez soi ou chez l'autre. Elle est un non respect du vécu et de la personnalité de l'autre pour la contrôler et la forcer à faire certaines choses.

Zhu Yu > 

Lorsque nous étions enfant, nos parents nous ont appris à reconnaître les personnes dangereuses, tout en étant présents pour nous protéger. En grandissant, nous avons appris à nous protéger nous-mêmes. Quand nos relations amicales vont bien, la peur sommeille en nous, prête à refaire surface au besoin si l'une de celles-ci devient conflictuelle. Notre équilibre psychologique se situe entre 2 pôles émotionnels. Le 1er serait une situation où l'on pourrait se révéler complètement à l'autre, chose pratiquement possible à l'intérieur d'un couple: c'est le pôle de la parfaite sécurité. L'autre serait la fermeture émotionnelle complète et le comportement de fuite. En réalité, nous ne pouvons avoir une confiance absolue envers la personne que nous aimons le + et cette limite constitue notre soupape de sécurité en cas de complications. Une partie de soi n'est jamais révélée à personne afin de préserver son identité: l'amour n'est pas une fusion mais un échange d'émotions entre 2 êtres différents.

Notre niveau de sécurité ou d'équilibre diffère pour chaque personne que nous connaissons. Plus on se sent en sécurité avec une personne, + on se révèle tel que nous sommes. Avec les personnes qui nous rendent mal à l'aise, nous utilisons beaucoup de façades pour nous en protéger. On se rapproche de celles avec qui on se sent bien et on s'éloigne des indésirables. Cette distance émotionnelle constitue le point d'équilibre qui se déplace pour nous maintenir en sécurité.

L'estime de soi n'est pas une chose absolue: personne n'en possède une parfaite. D'ailleurs, le niveau d'estime varie d'une personne à l'autre en fonction de l'éducation reçue et du cheminement personnel. Moins on s'estime, + il est difficile d'identifier avec précision son point d'équilibre. Inversement, + on s'estime, + on est en mesure d'évaluer avec précision le niveau de confiance que nous pouvons accorder aux autres. Ainsi, une personne qui s'estime peu a + de chance de se tromper: elle pourrait se révéler à quelqu'un qui lui veut du mal et se fermer à celui qui sait l'apprécierPlus celle-ci se trompe, + elle devient craintive et + elle s'isole des autres. En visualisant bien son point d'équilibre, on peut aller de l'avant pour apprivoiser et se laisser apprivoiser par les êtres humains sans malice. Avec une bonne estime de soi, on connaît ses limites, on sait quoi dire et ne pas dire en fonction du niveau de confiance qu'on accorde à une personne.

Gina Kiel > 

Nous vivons tous une certaine fragilité par le fait que nous ne pouvons posséder une parfaite estime de soi. Cette fragilité produit des fissures dans nos façades qui laissent passer des émotions sans qu'on s'en rende compte, à travers nos paroles et nos gestes. Cette fuite d'émotions peut avoir 2 conséquences:

- faire vivre des choses désagréables aux autres

- ou bien risquer que d'autres utilisent nos émotions pour nous manipuler ou nous abuser, en nous insultant par ex.

 < Cris De Lara

Il nous arrive souvent de nous échapper en laissant transparaître des émotions qu'on désire cacher consciemment. Cette situation nous fait vivre des expériences bonnes ou mauvaises, tout dépendant si les personnes rencontrées ont tendance à abuser des autres ou pas.

Toute expérience,

qu'elle soit valorisante ou décevante,

nous permet de progresser

dans notre connaissance de soi

dans le but de mieux contrôler nos émotions.

Ce contrôle émotionnel consiste à colmater les fissures de nos façades et à reconnaître les situations qui nous permettent de les retirer, en fonction du niveau de confiance qu'on accorde aux personnes de notre entourage.

Pour former un couple, le développement d'une relation de confiance est essentiel. La rencontre de l'âme soeur se fait en 2 étapes.

Dans un 1er temps, il se passe un déclic: nous tombons amoureux l'un de l'autre parce que nous partageons le même besoin d'affection. Tomber en amour constitue un coup de dés car c'est par hasard qu'on rencontre une étrangère avec qui on se sent naturellement bien pour oser manifester notre besoin d'affection et d'attention, car faire une rencontre amoureuse constitue un risque.

Dans un 2ème temps, on tente de l'apprivoiser: nous faisons tout pour que cette femme ait confiance en nous. Il est impossible d'être totalement bien et en amour dans les 1ers jours d'une rencontre. Le fait d'aimer, soit d'être bien avec sa nouvelle amie de coeur, grandit avec le temps, l'intérêt et l'amour qu'on décide de lui accorder. Aimer sa partenaire signifie que nous nous sentons en sécurité physique et psychologique avec elle.

Un échange d'affection constitue un abandon physique ou émotionnel. Pour s'abandonner, les 2 partenaires doivent être en parfaite sécurité psychologique l'un face à l'autre. S'abandonner, c'est retirer nos façades pour afficher sa vulnérabilité. Dans cette situation, nous devenons fragiles: l'autre peut facilement abuser et nous manquer de respect. Une personne qui connaît toutes nos émotions et nos faiblesses possède toutes les armes pour nous démolir. Faire partager sa vulnérabilité, c'est être authentique et se dévoiler tel que nous sommes. L'abandon physique exige une très bonne estime de soi: elle nous donne la capacité de vivre avec les émotions reliées à notre vulnérabilité. Quand on se sent comme la + mauvaise des personnes, on refuse de se percevoir comme vulnérable. Lorsque nous avons une faible estime de soi, nous entretenons des façades face aux autres mais aussi face à soi-même pour ne pas ressentir sa vulnérabilité. Ainsi, cela nous empêche d'être en contact avec notre besoin d'affection, en raison d'une incapacité à vivre avec le sentiment d'être fragile et sans défense. Ce sentiment constitue le déclencheur dans un comportement d'affection. 

L'abandon physique permet un échange: on dévoile les émotions qui nous habitent. Les 2 principaux sens sollicités dans l'affection sont le toucher et l'odorat. C'est à travers eux qu'on capte les émotions se dégageant du corps de l'autre. L'affection constitue le seul moment où il y a échange émotionnel en temps réel, càd qu'il n'y a pas de délai entre le moment où je reçois une émotion et celui où j'y réagis. Quand nous ne sommes pas en contact physique avec notre partenaire, on demeure un peu sur la défensive. On ne réagit pas immédiatement aux émotions qu'elle nous fait vivre; on va prendre le temps d'analyser la situation et, dans bien des cas, on ne réagit pas. Dans une vie de couple, on doit maintenir certaines de nos façades pour préserver notre indépendance et notre identité, et se prémunir d'un éventuel changement de comportement de notre partenaire envers nous.

Les façades nous servent aussi à être à l'écoute et à aider sa partenaire. Par ex, lorsque notre partenaire vit une mauvaise expérience dans ses relations de travail ou avec ses parents, on peut l'écouter nous en parler sans s'emporter émotionnellement comme elle peut le faire. Quand on enlève ses façades, on devient perméable aux émotions de l'autre; ainsi, si ses émotions sont troublées, les nôtres le deviendront également. Avec l'aide de nos façades, on peut analyser les évènements vécus par notre partenaire tout en étant détaché de son contenu émotionnel. Ce qui nous permet d'intervenir pour lui dire des choses qui la/le calmeront, qui dédramatiseront sa situation et l'encourageront, enfin de lui dire qu'elle/il demeure toujours une bonne personne à nos yeux.

Pour entretenir un lien d'affection, un couple doit continuellement s'apprivoiser mutuellement.

Le dialogue aide à développer une relation de confiance.

Dans la communication, l'amour entre en ligne de compte par les efforts que cela demande de faire. Communiquer, c'est savoir écouter sa/son partenaire et poser des questions pour mieux la/le comprendre; c'est lui accorder toute notre attention et lui faire sentir qu'elle/il est important/-e pour nous.  Cette attitude lui prouve que nous sommes engagés émotivement envers elle/lui. C'est à partir de cet engagement qu'elle se sentira en sécurité avec nous, présents et disponibles pour elle. Avec l'amour, on crée une atmosphère où notre partenaire se sent bien en notre présence et on fait tout pour qu'elle/il nous aime. Aimer, c'est se sentir en sécurité avec sa/son partenaire. L'affection se vit dans un sentiment de sécurité mutuelle.

Pour aider à maintenir un climat sécurisant dans le couple, nous devons être attentifs à notre partenaire. Ce comportement nous permet d'identifier de jour en jour les facteurs responsables de ses états émotionnels afin de la/le comprendre et d'intervenir de façon appropriée aux situations.

L'amour, ça se construit comme une maison:

quand on n'est pas en présence de sa/son partenaire, on pense à elle/lui pour prévoir son état émotionnel lorsqu'on sera à nouveau ensemble, et prévoir ainsi certaines activités et discussions pour faire évoluer la relation. L'amour de sa/son partenaire constitue la principale préoccupation de sa vie. Rappelez-vous que l'amour est motivé par le bien-être que procure l'échange d'affection.femme

Dans l'abandon physique, on ne révèle pas tout ce que l'on est comme personne. Notre partenaire n'a pas besoin de connaître tous les détails concernant notre enfance et nos expériences antérieures. Durant un échange d'affection, on ne fait que révéler à l'autre notre sentiment de vulnérabilité, soit que l'on se sente petit et fragile face à notre vie. Et les émotions qui y circulent concerne uniquement la relation affectueuse. Par ex, dans les 1ers temps d'une perte d'emploi, toutes les émotions reliées à cet évènement ne doivent pas surgir durant un échange d'affection car cela empêcherait que l'on s'abandonne physiquement. Notre esprit doit être entièrement présent à cette activité et au bien-être de notre partenaire. Si on arrête de penser à notre partenaire, on se coupe de la relation parce que nos façades refont automatiquement surface. Les émotions que l'on vit lors d'un contact physique se limitent à celles reliées au besoin de sécurité. Donc un échange d'affection ne menace pas notre intégrité psychologique: certains aspects de notre vie demeureront toujours secrets.

Lorsque 2 corps humains se touchent affectueusement, il se crée un conduit virtuel d'énergie où les émotions circulent librement. L'abandon physique fait surgir des émotions qui nous maintiennent éveillés malgré l'absence de stress associé à la peur. Dans la vie de tous les jours, nous sommes continuellement sur nos gardes face à une situation qui menacerait notre intégrité physique et psychologique. Nous sommes habités par une émotion de peur nécessaire à notre survie et qui est responsable de notre état d'éveil. Celle-ci nous quitte seulement durant un échange d'affection parce que nous sommes en parfaite sécurité à ce moment-là. Certaines émotions associées à l'affection servent à maintenir un certain niveau de stress pour éviter que l'on s'endorme. Cet état d'éveil provient de la sécrétion de l'hormone qui nous rend euphorique, qui est une drogue naturelle modifiant notre état de conscience. L'affection se vit dans un rêve éveillé: nous planons dans les nuages, on ne s'appartient plus, on se laisse porter par les émotions, on ne contrôle plus rien et on est comme une feuille au vent. Un accouplement se fait dans un élan d'affection et sans préméditation. Le fait de pénétrer sa partenaire ne signifie pas qu'on lui fait l'amour. Faire l'amour, ça se fait avec de la tendresse et de l'affection.

L'amour est une étape précédant un échange d'affection qui se concrétise à travers les efforts qu'on fait pour sa partenaire. Or pendant un contact physique, on n'a plus à faire d'efforts: on s'abandonne à l'autre pour se laisser porter au gré des émotions qui vont et viennent. L'échange d'affection est l'activité de relaxation la + efficace qui soit. Nos préoccupations disparaissent, il n'y a plus de passé ni de futur, seul l'instant présent compte. L'abandon physique nous repose physiquement et mentalement.

L'affection est la seule activité qui soit spontanée et relationnelle en même temps. Avec notre entourage, on peut avoir des comportements spontanés reflétant les émotions qui nous habitent à ces moments-là. En étant spontané, nous nous révélons un peu aux autres au plan émotionnel, mais cela reste à sens unique. Ce n'est pas parce nous manifestons de l'ouverture que les autres le feront à leur tour. Tandis que dans l'affection, les 2 partenaires s'ouvrent émotionnellement en même temps: c'est ce que j'appelle de la spontanéité relationnelle.

Pour résumer, l'abandon physique permet d'être transparent face à ses émotions et perméable face à celles de notre partenaire. Il faut être authentique et avoir une bonne estime de soi et de sa partenaire afin de retirer ses façades. L'échange d'affection comble un besoin de sécurité, procure du bien-être et réénergise le corps. Le besoin d'affection nous pousse à désirer une relation amoureuse afin d'être en santé physique et psychologique.

 

source

      femme

proposé par mamadomi

rééd° 09 03 14

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 23:19

red_divider.gifred_divider.gifImpensable oui, prenez la peine, en une ou plusieurs lectures, d'accéder à cet éclairage choisi scrupuleusement pour vous et arrangé avec amour, vous ne regretterez pas, ça rend plus fort...

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red_divider.gifred_divider.gifLes mécanismes psycho-sociaux de l'aliénation néolibérale

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Comment penser et affronter les bouleversements impensables qui nous affectent aujourd'hui?

On va chercher à comprendre comment le néolibéralisme nous aliène tous collectivement, certes, mais surtout chacun d’entre nous, individuellement. Pas seulement les couches populaires, les Français moyens, les "beaufs", les lecteurs de Gala, les spectateurs de TF1 ou les électeurs qui marinent, mais vous, moi, nous tous… Tant qu’on nie cette évidence que chacun d’entre nous est étroitement, inconsciemment aurait dit Freud, conditionné par les valeurs égoïstes de la compétition marchande, tant qu’on n’a pas compris que les bouleversements qui nous affectent ne sont pas seulement de nature économique et sociale, mais de nature psychologique et individuelle, càd s’immiscent en nous jusqu’à influencer notre pensée elle-même,

...comment peut-on prétendre faire de l’éducation populaire, concrètement, comment accomplir une quelconque transition?

en référence à Le meilleur des mondes Aldous Huxleyle meilleur des mondes

En réalité, la guerre économique est aussi une guerre psychologique. Et si l’on veut penser autrement, sortir du déni de réalité dominant, guérir du "capitalisme cognitif" qui doit faire de nous les meilleurs sur le marché de l’emploi, du savoir et de la renommée, ici sur le campus du Mirail comme ailleurs, il faut connaître parfaitement l’ennemi, même et surtout quand il est tellement sournois qu’il s’est tapi à l’intérieur de soi, dans les recoins de son psychisme, ou ce qu’on nomme aujourd’hui communément tel.

Au fond, la question est de comprendre comment la loi du marché a finalement fait pour rentrer subrepticement, mais au sens propre, à l’intérieur du cerveau, de nos cerveaux… Car ce n’est pas un vain mot, quand on sait qu’une discipline nouvelle a vu le jour et a été adoptée par les + hauts conseillers des gouvernements occidentaux: la neuro-économie. Ces économistes au pouvoir ont intégré la technique comportementale et les neurosciences à leurs travaux.

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Un rapport du Centre d’analyse stratégique de 2010, officine d’experts patentés aux ordres du Premier ministre français, mais rapport co-dirigé par un conseiller du président Obama, Richard Thaler, se targue ainsi de pouvoir littéralement "rentrer dans le cerveau du consommateur", grâce en particulier à l’imagerie cérébrale, pour orienter, influencer ses choix économiques… Cela ne fait que confirmer redoutablement l’essentiel de mon propos: l’idéologie comportementale et cognitive, qui considère que l’individu, réduit à un instrument de traitement de l’information, peut être conditionné dans ses choix par un ensemble de sanctions et de récompenses, la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton, est devenue une idéologie d’État pour les gouvernements néolibéraux: à travers un ensemble de techniques de propagande, il leur est possible aujourd’hui non seulement de conformer le comportement de chacun aux normes du marché, mais surtout de favoriser leur intégration cognitive, pour en faire une loi naturelle, incontestable… Quiconque y déroge, dorénavant, peut être ainsi déclaré objectivement, scientifiquement, souffrant sinon malade, et relever d’un traitement psychologique, et médical.icon_evil.gif

Ioana Hârjoghe Ciubucciu1986582268.jpg

Parler de ma place de psychiatre, praticien hospitalier de service public, pour décrire ces phénomènes est une position privilégiée, car l’évolution de la psychiatrie témoigne en 1ère ligne de cette évolution de la doctrine néolibérale: la psychiatrie constitue un miroir grossissant de ce que le système de domination économique dans lequel nous vivons est en train de faire de la subjectivité de chacun d’entre nous. neoliberal.gifLa psychiatrie n’a plus en effet pour rôle de soigner des maladies mentales, strictement définies par un ensemble de symptômes, mais s’occupe désormais officiellement de programmer la santé mentale des populations, santé mentale définie négativement, par l’absence de toute déviance comportementale vis à vis de la norme socio-économique. Un autre rapport, quasi-simultané, du Centre d’analyse stratégique gouvernemental, dirigé cette fois par une professeure d’épidémiologie formée à l’école comportementaliste et scientiste canadienne, Viviane Kovess, définit en effet la santé mentale, qui est "l’affaire de tous", comme "la capacité à s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer, (ou encore) l’aptitude à jouir de la vie".icon_exclaim.gif Il s’agit là ni + ni moins de la définition de l’individu libéral héritée d’Adam Smith, voire du marquis de Sade: la recherche égoïste et concurrentielle de l’intérêt individuel fait la richesse des nations et le bonheur collectif. Viviane Kovess est l’une des promotrices d’un programme européen de santé mentale visant à conditionner celle-ci par des logiciels d’apprentissage dès l’enfance. On voit que la psychiatrie est bel et bien devenue l’instrument d’une politique européenne et mondiale de santé, ou plutôt de conformité mentale, faisant d’ailleurs l’objet en France de plans quinquennaux, soutenus par la fondation d’État FondaMental. Cette dernière a pour mission de dépister tout trouble, toute défaillance individuelle le + précocement possible, et de les corriger par la "psycho-éducation", car ils nuisent à la compétition économiqueicon_eek.gif, ainsi que l’affirmait son ancienne présidente, parlementaire UMP… La psychiatrie est donc aujourd’hui vraiment une affaire d’État: elle est images?q=tbn:ANd9GcT0etxJveAsGy6_-KIQkMIinstrumentalisée par le pouvoir néolibéral pour lui servir de caution scientiste à sa politique gestionnaire et répressive qui ne cesse de se durcir (comme le laisse à penser la continuité de la politique d’expulsion des étrangers en situation irrégulière depuis le changement présidentiel). Elle est devenue l’arme principale du contrôle socio-économique des comportements déviants, délinquants et même simplement défaillants.

Comment diable en est on arrivés là ?

Guido Argentinigiuilia-in-a-zen-position.jpgred_divider.gifred_divider.gifSurvol de l’évolution historique de la psychiatrie

La psychiatrie est née avec les lumières et a grandi avec le scientisme positiviste: dès son origine, elle a constitué un système symbolique essentiel pour la civilisation occidentale (donnant une représentation acceptable de la folie et de la finitude, par le déplacement symbolique de la souffrance, de la violence sociale vers le psychisme individuel et la science médicale). Mais ce qui se passe aujourd’hui, c’est que ce système symbolique est devenu un système de propagande au service de l’ordre néolibéral: la métaphore psychologique et médicale permet de nier la violence que celui-ci exerce, de naturaliser la norme économique dans la subjectivité, de faire rentrer la loi du marché à l’intérieur de nos neurones sinon jusque dans nos gènesLa pression normative écrasante qui s’exerce aujourd’hui sur chacun d’entre nous et dans le monde entier est ainsi niée symboliquement, par psychiatrie interposée.

Comment une telle mutation s’est-elle opérée,

en 2 siècles d’histoire?

Passons rapidement sur les 2 guerres mondiales: à leur décours, avec Freud puis Parsons, le système symbolique médico-psychologique se prend de + en + pour la réalité, l’adaptation psychologique devient la norme individuelle du progrès civilisationnel. Mais c’est surtout avec la chute du mur de Berlin que ce système de croyances acquiert la force d’une conviction absolue. Avec l’effondrement du bloc communiste vient le triomphe du néolibéralisme, et le début de la 3ème guerre mondiale: le seul ennemi devient l’individu, à embrigader dans la guerre économique. Ce tournant se traduit par la mondialisation de l’idéologie comportementale: tout trouble est désormais une maladie mentale. Apparaissent en effet en cascade les classifications mondiales des troubles du comportement, et en France la loi sur l’hospitalisation d’office des troubles à l’ordre public6a00d83451619c69e2014e894ccd56970d-800wiainsi que la circulaire instaurant la politique de santé mentale. C’est aussi le début du contrôle informatique effréné des activités humaines.

Dix ans + tard, surviennent les attentats du World Trade Center, simple incident de parcours dans cette fuite en avant hégémonique du système néolibéral: le terroriste se cache parmi nous, l’ennemi est intérieur. On assiste alors à une avalanche de lois sécuritaires (+ de 30 en 10ans). Encore presque 10ans + tard, 2008, voici la crise ultime des SubPrimes. La bulle n’est pas seulement spéculative mais psychologique, la dépression est tout autant nerveuse qu’économique: c’est la baudruche consumériste qui éclate, l’illusion de la possession matérielle pour tous qui s’effondre. Pour sauver le capitalisme, au moins temporairement, il n’y aura pas d’autre solution que de "changer les comportements et 79418189_o.jpgles mentalités", projet que le président Sarkozy annoncera à plusieurs reprises. Son discours de Toulon (25.09.2008 pas 2011) sera très rapidement suivi du discours d’Antony (2008 en déc) instrumentalisant un fait divers, le meurtre commis par un schizophrène malencontreusement échappé d’un hôpital psychiatrique, pour annoncer le grand tournant sécuritaire de la psychiatrie: celle-ci devra dorénavant garantir le risque zéro. Vous voyez qu’il existe un rapport dialectique étroit entre science psychiatrique et crise économique…dsm-blaspheme-c10d6.jpg

Tout malade est un criminel en puissance, et tout individu est un malade qui s’ignore, pour peu qu’il trouve à redire à l’ordre en place: moins de 3ans + tard, cette dérive sécuritaire se concrétise en la loi du 5 juillet 2011 instaurant les "soins sans consentement". On peut, on doit désormais surveiller et traiter de force tout trouble du comportement, par des "programmes de soins" à domicile. Voici comment la psychiatrie est devenue sans coup férir une arme de dissuasion massive de tout remise en cause individuelle dérangeante du système de domination néolibéral, permettant un déni symbolique de toute contrainte, de toute violence socio-économique.

Diego Riverame00001049623.jpgred_divider.gifred_divider.gif

État des lieux actuel de la psychiatrie: une triple dérive qui s’accélère

Dérive scientiste: c’est donc le triomphe de l’idéologie comportementale, qui diffuse la bonne santé mentale dans l’ensemble de la société, du sommet de l’État à la dernière des classes maternelles en passant par le monde de l’entreprise, à travers les procédures d’évaluation et échelles de comportement. Cette idéologie au pouvoir est renforcée par un véritable délire scientiste: la norme comportementale a une origine biologique, tout trouble doit avoir forcément une cause médicale, organique. C’est le sens des recherches faramineuses en neurosciences et arton3083.jpg?1369301968sur la vulnérabilité génétique: tous les troubles, toutes les déviances sont concernés (hyperactivité, troubles des conduites, addictions, conduites suicidaires, troubles bipolaires et labiles…). Des intérêts colossaux sont en jeu, à la fois scientistes (congrès et publications de la psychiatrie universitaire, instituts de recherche privés comme FondaMental et publics avec l’Inserm), politiques (prises de positions gouvernementales, rapports du Centre d’analyse stratégique) et industriels (poids du lobbying pharmaceutique). On a parlé des recherches en neuro-économie, il faut citer également la classification internationale DSM-5 (parution mai 2013), et qui décrit des troubles prédictifs: désormais, il faut dépister le trouble le + précocement possible voire avant même qu’il arrive pour le tuer dans l’oeuf!

Dérive marchande: comme dans tous les services publics, ou ce qu’il en reste, c’est le triomphe de l’idéologie managériale cognitivo-comportementaliste de la rentabilité, de l’évaluation, de la qualité, réalisant une course incessante à la performance (sélection des meilleurs soignants au mérite, et culpabilisation, mise à l’écart des incapables), assurances-476X287.jpgparallèlement à une pénurie croissante des moyens et à un contrôle administratif renforcé, et aboutissant à une perte de toute indépendance et de toute éthique professionnelle.

Dérive sécuritaire: enfin, cachant une violence institutionnelle qui s’accroît: 5 lois et 2 circulaires en 5ans, psychiatrisant toujours + la déviance et la délinquance, et accompagnant des pratiques "soignantes" de + en + coercitives. La mission de la psychiatrie devient l’expertise prédictive omnipotente de la dangerosité, parallèlement à la mise en place d’un fichage généralisé des populations à problèmes, qui coûtent trop cher, pour les trier voire les éliminer en douceur. Surtout, la loi du 5 juillet 2011 instaure une société de contrôle d’un genre nouveau, à travers les soins sans consentement à domicile, autrement dit le déni psychiatrique de toute contrainte extérieure pesant sur l’individu. On assiste là à l’abolition de tout libre-arbitre, de la possibilité de penser différemment, et finalement de la vie privée, par une loi qui dicte à toute la population le bon comportement individuel. Dorénavant, chacun devra se conformer de lui-même à des normes posées comme une réalité absolue, même si il n’y consent pas. C’est l’avènement d’un État policier où la psychiatrie exerce la police des comportements, le ministère de l’intérieur psychique, conditionnant une normopathie de masse, au sens de Hannah Arendt.

L’implosion psychologique remplace

toute possibilité d’explosion sociale,

chacun est tenu d’être surveillé et traité médicalement chez soi et en soi pour être heureux… C’est l’avènement de l’hygiénisme du bonheur obligatoire, du repli programmé dans le confort de son cocon personnel, mais aseptisé, vidé de toute distance critique, de toute altérité.

Graziano Panfiligrazianopanfili09-580x387.jpgred_divider.gifred_divider.gif

La psychiatrie resituée dans l’évolution socio-économique: la propagande néolibérale

C’est la stratégie du choc psycho-économique dont parle Naomi Klein, jacket_us.pngautrement dit l’application systématique par le pouvoir des méthodes cognitivo-comportementales de soumission (on parlera de renforcement positif et négatif, ou en + imagé de la carotte et du bâton).

La "carotte", c’est la propagande spectaculaire et marchande du divertissement, de la consommation, et la propagande techno-scientiste (mythe du progrès, de la croissance, de l’amélioration des performances…). Elle est portée par le marketing publicitaire, les industries culturelles, la télévision, les technologies de l’information et de la communication (TIC), les jeux vidéo: tous ces moyens reposent sur le culte de l’argent roi et le star système, la promesse du bonheur et de la possession; ils agissent par hypnose, tendant un miroir narcissique dans lequel se reflète et se leurre toute la société. Ainsi se réalise une auto-excitation vers toujours +, une fuite en avant incessante, un emballement, comme un tourbillon qui nous emporte irrésistiblement…

Le "bâton", c’est la politique de la peur de l’ennemi intérieur, du bouc émissaire:barcelona-police-brutality.jpg?w=600&h=3

- une police de + en + répressive (gardes à vue, délits d’outrage, manifestations piégées, affaire de Tarnac, politique migratoire, armes non létales…);

une justice de + en + intrusive et prédictive (loi LOPPSI II, loi Estrosi, fichier Hortefeux PASP, FNAEG, délinquance routière = ex. de psychologisation cognitivo-comportementale généralisée, et redoutablement efficace, de la répression…);

- un dressage éducatif de + en + sévère (casse de l’école par la RGPP provoquant une sélection de + en + élitiste, politique de prévention de la délinquance, réforme de la justice des mineurs, fichage informatique des compétences…);

- une destruction sociale accélérée (précarisation généralisée, management par l’évaluation = modèle clef décidément de la psychologisation cognitivo-comportementale universelle de la soumission néolibérale, idéologie de la lutte contre la fraude, rôle de contrôle social et technologique des travailleurs médico-sociaux eux-mêmes menacés de sanctions automatiques);

dissuasion psychiatrique visant comme on l’a vu à renforcer le moral des troupes ou du troupeau (psychiatrisation de toute défaillance étiquetée "dépression").

Tout cela a généré en quelques années seulement d’ordre néolibéral absolu incarné par la présidence sarkozienne, une société de suspicion et de surveillance généralisée (dans laquelle les TIC jouent un rôle majeur: fichiers de police, mouchardage électronique, vidéosurveillance, géolocalisation, biométrie, fichier centralisé des Cartes nationales d’identité…) et même d’auto-surveillance où la vie privée devient transparente (TIC encore avec les réseaux sociaux, plan vigipirate, voisins vigilants, matraquage permanent, à tous les coins de rue, du message "pour votre sécurité" = emblématique de l’intériorisation psychologique de toute contrainte, de toute violence socio-économique)…

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Conséquences de cette pression normative écrasante qui se dénie comme telle: la destruction de la subjectivité

C’est le conditionnement d’un conformisme, d’une normopathie de masse marquée par la duplicité. Il s’agit pour chacun d’entre nous, de faire semblant 316px-Thatcher_ThereIsNoAlternative.jpgd’adhérer à des normes de + en + injustes et absurdes: l’alternative se pose dans l’ensemble du champ social entre se soumettre, se démettre, tomber malade, ou résister. Pour illustrer: Arendt (banalité du mal), psychosociologie (Asch), Foucault (nouvelle gouvernementalité biopolitique post-disciplinaire), critiques du management par l’évaluation, telle que celle de Dejours (peur de la précarisation: oeillères volontaires, cynisme viril). Mis à part déserter ou résister, on peut donc au choix:

  • Tomber malade: c’est la dépression du burn out, qui touche les + vulnérables, autrement dit les gens sincères et engagés. En témoignent également les épidémies récentes de suicides professionnels et de crimes de masse (Norvège, Toulouse, Denver = Batman en avant-première au cinéma: acte "fou"? Pas tant que ça, car riche de sens en brisant le miroir spéculaire insupportable de la violence générée par "The American Way of Life"). Ainsi que les pathologies de la consommation (addictions) et de l’accélération (hyperactivité, labilité émotionnelle, troubles bipolaires…)images?q=tbn:ANd9GcTId2_5BHLvCHdoRgWaT2-
  • Se soumettre: la perversion narcissique est aujourd’hui la personnalité culturelle, la néo-subjectivité malade du néolibéralisme (Lasch, Dejours, Dufour, Brown, Dardot et Laval…). C’est le conditionnement généralisé d’un narcissisme conformiste et consumériste de masse voué à la jouissance immédiate. Il traduit une fuite auto-excitatrice, comme une ivresse, dans la concurrence et le profit immédiat, càd un déni de la dépression, de la vulnérabilité, et sa projection dans un bouc émissaire. Cette instrumentalisation, cette chosification d’autrui est entièrement commandée par les nouveaux modes de contrôle social (politique de santé mentale opportuniste, idéologie comportementale conquérante, course à la performance, fichage informatique omniscient…). Passons sur les analyses sociologiques du sadisme inconscient: Habermas, Bourdieu, De Gauléjac, Prigent, Méheust (politique de l’oxymore = injonctions paradoxales, euphémisation de la violence); et sur les conséquences historiques redoutables de cette évolution: retour de l’eugénisme (trans-humanisme), accélération insensée du temps vers ce que Hartmut Rosa décrit comme "immobilité fulgurante".

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"Remèdes": pistes pour une alterpsychiatrie

Retrouver un mode de pouvoir non abusif, réellement démocratique: l’autorité est La Communauté inavouable / Maurice Blanchot dans Anarchies 01légitime quand elle est capable de se critiquer, quand elle est reconnue comme telle car non niée symboliquement (par psychiatrie, TIC, etc.). Le rétro-contrôle individuel doit être rendu possible dans le système sociopolitique (tirage au sort, référendum d’initiative populaire, justice indépendante, etc.).

Restaurer des limites épistémologiques strictes à la psychiatrie et au travail socio-éducatif, qui ne doivent plus s’occuper du contrôle techno-scientiste de toute déviance sociale. En particulier, promouvoir une alterpsychiatrie soucieuse de la subjectivité, des droits et des libertés individuels (la véritable santé se définit comme liberté, création de ses propres valeurs – cf. Campguilhem). Une véritable psychiatrie devrait se constituer comme médiation symbolique, capable de résister sans concession à la triple dérive actuelle, scientiste, marchande et sécuritaire.

Enfin respecter les limites éthiques de l’existence, ce qui demande un "travail" personnel et relationnel ("thérapie psycho-politique"): accepter sa vulnérabilité, avec humilité (auto-limitation, castration symbolique, etc.), prôner la décélération voire la décroissance, revendiquer la franchise, condition de la confiance. Concrètement, il va falloir se résoudre à sortir vraiment du mythe de l’enrichissement et de la performance pour accéder à l’austérité conviviale (Ivan Illich)[austérité matérielle volontaire]:ERES_LABOU_2012_01_L148.jpg

c’est d’abord cela, la transition.

Sur un mode comparable, une autre politique éducative est possible…

Olivier Labouret

source 1 et 2

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en référence à La fabrique de l'homme endetté, Maurizio Lazzarotto

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 23:41

Valérie Sjodin

barre étoiles multicolores animées

"Tu verras de + grandes choses

que celle-là"

(Jean 1,50) 

Précédemment

 

Cette réponse de Jésus à Nathanaël passe souvent inaperçue. Il semble que Jésus vienne de révéler un secret de conscience à son disciple, qui "priait sous le figuier", un endroit commode pour être seul et... à l'ombre. Jésus appelle à regarder d'un oeil neuf les moments ordinaires de l'existence.

C'est peut-être, déjà, le sens profond de la résurrection, une autre vie qui commence ici et maintenant.

En tout cas, Nathanaël est invité à sortir de son problème, qui occupait toute sa prière dans la solitude, sous le figuier. Le goût d'aujourd'hui pour ce qu'on appelle la méditation n'est-il pas un formidable égoïsme, une passion effrénée de soi-même? Il en est ainsi de la psychanalyse, étude de son moi, le seul sujet qui ne fatigue personne. Jésus appelle son disciple à cesser de se regarder lui-même à travers sa prière, si fervente soit-elle. L'amour de soi-même reste solide, et il survit encore dans l'examen de conscience. Les nouvelles communautés ont encore trop d'intérêt pour ceux qui les composent et se discréditent dans l'autocentrisme: Un jour, Jésus parlera de mourir pour vivre à nouveau.

 

J-Claude barreau

Alessio Atzeni

 

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 23:00

Précédemment

doigts de pieds en bouquets de violettes

Rachelle Kearns

rappel:

Jésus lui dit:

"Marie!"

Elle se retourna et lui dit en hébreu:

"Rabouni!"

Ce qui signifie "Maître chéri". (Jean, XX,16)

   

Sa soeur Marthe s'active en cuisine pour préparer le repas dans sa maison de Béthanie. Marie-Madeleine, elle, reste assise auprès de Jésus. Marthe le lui reproche. Jésus intervient:

"Elle a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée."

Dérangeant, n'est-ce pas? Il apparaît là l'une des raisons concrètes pour lesquelles la personne de Marie-Madeleine, si elle avait pris auparavant sa pleine mesure, aurait tant risqué de remettre en cause l'ordre établi. La question posée n'est pas seulement:

"Qui va garder les enfants?¹"

mais:

"Qui va s'occuper du ménage et de la cuisine?".

En effet, la femme qu'elle incarne n'a pas pour priorité l'organisation de la maison. Elle ose être elle-même, suivre son désir, attentive à celui qui a dit:

"Je suis le chemin, la Vérité et la Vie."

Marie-Madeleine est l'image même de la réceptivité. De l'intériorité.

Selon les Pères de l'Eglise, Marthe symbolise l'Occident qui s'active, par ex dans des oeuvres humanitaires autrfois appelées "oeuvres de charité", Marie-Madeleine, elle, symboliserait l'Orient, plus contemplatif. Marthe et Marie-Madeleine vivent en chacun et chacune de nous. Et nous avons souvent tendance, nous aussi, comme l'a fait l'Eglise, à mettre Marie-Madeleine aux oubliettes au profit de Marthe. Toutes 2 nous sont indispensables. La contemplation, si elle n'est pas préalable à l'action, peut tourner à l'attentisme. Sans intériorité, l'action tourne à l'agitation, voire à l'activisme. L'efficacité devient pur matérialisme dénué de sens.

Marie-Madeleine incarne successivement tous les aspects de la femme, du + charnel au + spirituel: la pécheresse, la contemplative, l'amie intime de Jésus. L'ouvrage qui fait référence en matière de vie des saints, écrit par des moines bénédictins, la décrit comme l'incomparable amante du Seigneur.² Lorsqu'elle le rencontre pour la 1ère fois après sa Résurrection, il lui dit:

Ne me touche pas. Je ne suis pas encore retourné près du Père.³

Une fois traversée l'épreuve de l'absence, l'amour charnel, fusionnel, peut se transformer en amour spirituel. Marie-Madeleine est en train de dépasser ce stade. Son lien à Jésus participe encore des 2 mondes, il apparaît ici en pleine métamorphose.

 

V. Colin Simard

¹ Question posée par Laurent Fabius en 2007 à l'adresse de Ségolène Royal, candidate à la présidence de la République.

² R.P. Piolin Paul, Les Petits Bollandistes, Vies des siants, Palmé, 1867, cité in France Schott-Billmann, Le Féminin et l'amour d el'autre, Odile Jacob, 2006.

³ Jean, XX, 17.

Timothy W.Jahn

 

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rééd° du 29 04 14

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 23:00

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Instaurer une alternative à un capitalisme moribond, c’est comme vouloir sauver une épave qui dérive dangereusement: il faut s’assurer de l’existence et de la fiabilité des conditions nécessaires. Comment connaître aujourd’hui le niveau d’engagement altruiste dont est capable l’être humain?

Quelle est sa propension à participer activement à l’œuvre sociale?

Quel comportement coopératif peut-il offrir qui puisse aider

à la mise en place et au développement d’une alternative au capitalisme 

telle l’économie distributive?

Les choix individualistes sont aujourd’hui encouragés et gratifiés par le libéralisme, par ceux qui trouvent intérêt à maintenir les différences de classes qui sont garantes de leur domination.

Un tel conditionnement ne forme t-il qu’une couche superficielle

dont il est aisé de se débarrasser?

Ou bien constitue t-il désormais la nature de l’homme moderne?icon_rolleyes.gif

Le capitalisme, et sa dérive extrême qu’est le néo-libéralisme, ont tellement harcelé les cerveaux de propagandes pour justifier leur authenticité et leur crédit, qu’il semble judicieux de faire le point.

Essayons de “débroussailler” le chemin qui mène à la prise de confiance envers cette nouvelle voie.

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Cupidité, égoïsme et besoin de domination ont été présentés comme utiles à notre espèce, comme facultés d’adaptation créatrices de l’équilibre des échanges et de la circulation des richesses. Qu’en est-il vraiment de ces soi-disant vices innés de l’être humain? Ne s’agit-il pas d’un subtil et ingénieux stratagème qui, soumis à l’épreuve du temps, s’est révélé totalement caduc? C’est ce que soutient par ex Karl Polanyi[1]: 8183562_p.jpg

"un marché s’ajustant lui-même était purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en désert".

Si le résultat s’avère désastreux et détermine l’abandon d’un tel système économique,

...l’argumentation qui tend à le justifier

n’en demeure pas moins intacte dans les esprits.icon_rolleyes.gif

Dans la conversation courante, on voit combien la nature humaine a toujours mauvaise réputation: les pires accusations sont sans cesse proférées à son encontre[2]. L’idée judéo-chrétienne selon laquelle  chacun de nous hérite du _0000010.jpgpéché originel a la peau dure. Elle affaiblit, elle étouffe toute révolte contre ce système inhumain: quel esprit sacrilège oserait remettre en question une punition divine…?

Que se passerait-il si après un printemps arabe survenait celui du monde occidental?

Selon les philosophes et économistes libéraux des 18è et 19è siècles, qui servent encore de référence, c’est l’individualisme qui prévaudrait et une nouvelle société de classes verrait le jour, dominée par les + aptes à s’adapter. Il suffirait donc de laisser faire, de laisser passer, pour qu’un nouvel “équilibre” s’instaure, proche de l’actuel.

Mais des anthropologues et des penseurs contemporains s’interrogent à propos du communisme primitif que les groupes humains ont connu pendant des dizaines de milliers d’années.

Et ils y voient l’avènement possible d’un monde convivial.

Si dans les temps reculés, l’humain possédait la capacité à donner avant de recevoir, en est-il encore capable aujourd’hui? — Oui, parce que la supériorité de la coopération sur la compétition réside dans l’existence d’un élément économique essentiel qu’on peut appeler “abondance”. Au sein d’un régime de rareté, la compétition s’avère probable et nécessiter une autorité suprême. Quand l’abondance est possible, le capitalisme mène au productivisme, donc au pillage des ressources, il est incapable de réaliser un partage équitable de l’abondance. C’est la coopération, basée sur la réciprocité, qui permet alors une juste répartition d’une production raisonnée.

L’abondance est la garantie, c’est la condition économique nécessaire à la mise en œuvre et à la fiabilité d’une telle nouvelle organisation sociale. C’est cette condition qui a manqué, par ex, à l’instauration d’un véritable socialisme soviétique.

La réponse à la question

"l’humain est-il naturellement individualiste ou bien altruiste?"

dépend donc des conditions politiques et économiques dans lesquelles sa faculté d’adaptation est appelée à s’exercer. L’homme est façonné par son milieu. La coopération, la solidarité, la convivialité dépendent de la culture. Des conditions politiques et économiques sont nécessaires pour que l’individu se sente suffisamment en confiance, suffisamment autonome et reconnu par le groupe dans lequel il vit. De la cohésion de celui-ci, donc de l’investissement de chacun, dépendent sa liberté et sa sécurité.

Dans les sociétés évoluées, la division des tâches est indispensable pour produire biens et services. Personne, malgré l’encouragement à l’individualisme, ne peut vivre seul; personne ne peut subvenir à ses besoins essentiels sans l’apport des autres.petit_medicament.jpg

Alors comment concilier ceci avec la séparation entre revenu et travail, comme l’implique l’économie distributive?

Libéré de l’obligation de vendre son temps de vie contre l’accès à la consommation, qui voudra participer, qui offrira volontairement son temps à la communauté pour produire biens et services?

— Quand l’abondance est possible, la séparation entre sécurité matérielle et exercice d’une activité professionnelle le devient aussi.

Avec l’abolition du salariat, l’activité n’est plus motivée par le besoin d’assurer sa sécurité matérielle, mais elle l’est par le besoin, pour chacun, d’y trouver son développement personnel, un enrichissement intellectuel, une gratification, etc…

Or toutes ces motivations sont indispensables à son équilibre psychique, et c’est par cette recherche d’épanouissement personnel dans une activité choisie que l’abondance se trouve garantie.

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La société, càd le groupe humain dans lequel vit tout individu, lui offre d’abord éducation, formation et santé. Puis les moyens de vivre libre, et d’acquérir, par son activité personnelle, le savoir faire, la reconnaissance, le prestige, voire la renommée. Bref, de parvenir à la réalisation de sa personne, de son autonomie intellectuelle, de grandir dans son humanité et de réaliser l’être social qu’il est par naissance. En d’autres termes d’être reconnu, d’exister dans son individualité propre.

Réciproquement, par son activité, l’individu offre une partie de son temps et de ses compétences à la société, ce qui permet à celle-ci de vivre pour apporter cette même abondance à ses membres, et de progresser pour les générations futures.

Dans cet échange, dans ces dons réciproques, non quantifiables, non “marchands”, l’individu découvre l’estime de soi, indispensable pour découvrir l’estime des autres. Car la singularité de chacun ne s’exprime ni ne se reconnaît en vivant “chacun pour soi”, mais par l’expérience de la vie parmi ses semblables.

Cette réciprocité mettant en jeu la psychologie des rapports sociaux et des sentiments humains, génère ainsi de la force de cohésion et du ciment social.

Albert_W._Tucker.gifSavoir donner, recevoir et rendre,

voilà un art qui donne toute sa valeur aux relations humaines,

même si la base reste l’intérêt.

Afin d’appréhender la propension de l’être humain à coopérer, R.Axelrod et W.Hamilton[3] ont eu recours au "dilemme du prisonnier", présenté à Princeton en 1950 par < A.W. Tucker:

Le dilemme du prisonnier

 

Avec un complice, vous avez fait un cambriolage et vous êtes tous 2 interrogés par la police.

Faute de preuve, le procureur ne peut vous condamner que s’il obtient des aveux.

On vous isole de façon à ce que vous ne puissiez pas communiquer.

Et le marché suivant vous est proposé :

• Si seul l’un de vous 2 avoue et dénonce son complice, il sera libéré, l’autre condamné à 5ans;

• Si vous avouez tous les 2, vous serez tous les 2 condamnés à 3ans;

• Si aucun n’avoue, vous serez tous les 2 condamnés à 1 an.

Dans l’ignorance de ce que décide votre complice, votre intérêt, rationnellement, est de le trahir en avouant. Et comme vous êtes tous les 2 rationnels, le procureur obtient ainsi les aveux, il a gagné. 

Chacun des 2 acteurs a donc à choisir entre sa rationalité individuelle, qui lui dicte de dénoncer son complice, et la rationalité collective qui lui dicte de se taire.

Ce dilemme présente la situation la + fréquente dans les interactions sociales: le conflit entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Il a fait l’objet d’un grand nombre d’investigations scientifiques. Il est utilisé dans la théorie économique, en politique, en sociologie, en anthropologie. Par ex, 2 entreprises leaders sur un marché ont souvent tendance à se livrer une concurrence sans merci (en termes de prix, de publicité, etc.) alors qu’une entente permettrait de limiter les coûts pour chacune d’entre elles.

L’intérêt immédiat pousse chacun à trahir, càd adopter un comportement individualiste.

Mais, que se passe t-il si cette situation se répète plusieurs fois entre 2 protagonistes, ce qui se produit souvent dans la vie courante?

— Les travaux de Robert Axelrod, dans les années 1980, ont montré la supériorité, sur toutes les autres stratégies, de la stratégie dite de coopération conditionnelle particulière[4]. Souvent qualifiée de stratégie “donnant-donnant” (ou tit-for-tat), elle consiste à jouer la coopération lorsque l’autre joueur a lui-même coopéré, mais à ne plus coopérer dès que l’autre cesse de le faire.

• Si les adversaires ont peu de chances de se retrouver face-à-face, la trahison systématique est la meilleure stratégie. ^_^

• Si les adversaires vont jouer ensemble encore et encore, trahir systématiquement n’est pas du tout efficace, pas + que collaborer systématiquement.

La meilleure stratégie consiste à opérer de la façon suivante: si, au cours d’une partie, un joueur trahit, son adversaire trahira lors de la partie suivante. Et ainsi de suite. De sorte que si un joueur coopère, son adversaire coopère lors de la partie suivante. Si 2 joueurs appliquant cette stratégie se rencontrent, ils vont longtemps collaborer.

On vit en société, on ne disparaît donc pas après ses mauvais coups. Il faut rejouer, et rejouer encore. Axelrod.jpgLa situation est alors toute autre, et Axelrod > écrit:

"La coopération basée sur la réciprocité [tit for tat] peut démarrer dans un monde majoritairement non coopératif, elle peut se développer dans un environnement complexe et elle peut se défendre elle-même une fois qu’elle s’est répandue."

Il démontre qu’une fois installée, la stratégie "tit for tat" ne peut pas être battue: être méchant peut d’abord sembler prometteur, mais,

sur la durée, cette stratégie

détruit l’environnement qui lui permet de réussir.

Nash en déduit que le dilemme fournit un contre-exemple incontournable au mythe de la “main invisible” du marché.

Le dilemme du prisonnier est souvent donné comme ex pour montrer que la libre concurrence ne conduit pas forcément au résultat optimal.

Elle ne maximise même pas la somme des gains de tous les joueurs!

Dans les villages isolés, la grande proximité des individus favorise la coopération. Dans les sociétés + vastes, l’étranger pourrait survenir, trahir (càd profiter) et partir, mais les moyens actuels de communications rendent les étrangers moins étrangers.icon_smile.gif

À l’avenir, ils favoriseront la coopération à une échelle que l’humanité n’a jamais connue.

Cette étude montre combien, plongé dans un milieu où les relations sont suivies, l’être humain est porté à coopérer. Même en supposant que l’individu soit mu par son intérêt personnel, il n’empêche que s’il cherche à optimiser son projet, la coopération s’avère la stratégie la + favorable.

"Ainsi, la société humaine devrait, par les seules forces de la rationalité individuelle de ses membres, tendre vers la coopération! On pourra finalement faire remarquer que les recherches récentes en neurosciences tendent à confirmer l’idée que l’homme a été programmé génétiquement, au cours de l’évolution de l’espèce, pour coopérer avec ses congénères[5]".

Donc si le salariat était aboli, chacun aurait intérêt à entretenir de bonnes relations, à s’assurer une bonne réputation pour que les autres coopèrent avec lui. En économie distributive, la promotion de la coopération spontanée est donc primordiale, elle permet à l’individu d’avoir un environnement relationnel favorable qui lui apporte

accueil, savoir, sécurité, liberté, reconnaissance, estime et,

pourquoi pas, renommée.peter_singer_140x140.jpg

Selon < Peter Singer et Henri Laborit >, toute société augmente ses chances d’atteindre sesm_222248740_0.jpg objectifs sociaux et économiques quand elle intégre une vision scientifique de la nature humaine. Pour cela, il faut considérer que la “coopération“ est, elle aussi, un fait naturel, que la théorie darwinienne de l’évolution ne contredit pas. Contrairement aux darwinistes sociaux qui n’admettaient que la concurrence comme processus naturel.icon_rolleyes.gif

C’est surtout v Patrick Tort[6], qui soutient l’idée que

"par le biais des instincts sociaux et de l’accroissement des capacités rationnelles,

PatrickTort.jpgla sélection naturelle sélectionne

la civilisation qui s’oppose à la sélection naturelle".icon_lol.gif

Dans une chronique publiée en 2008, Michel Onfray se réfère à La descendance de l’homme et la sélection naturelle, un livre de Darwin dans lequel, au contraire de L’origine des espèces, il est question de l’homme en tant qu’être moral, naturellement et génétiquement. En effet, seul parmi les mammifères, il dispose d’un sens moral inné par lequel il juge ses actes, puis les condamne ou les approuve en fonction de leur utilité pour la vie et la survie de l’espèce.

"La coopération humaine doit pourtant pouvoir s’expliquer dans le cadre de la théorie de l’évolution puisque cette aptitude fait partie de notre héritage phylogénétique. En effet, cette coopération a des bases neuronales (King-Casas et al. 2008) et hormonales (Bos et al. 2010)"

et

"Il y a donc incontestablement chez Homo sapiens… une aptitude exceptionnelle à la coopération, bien au-delà de la parenté et du groupe d’appartenance… S’il devait y avoir un seul principe dominant représentant la nature humaine dans cette argumentation, ce devrait être le + certainement la coopération[7]".

Pour cette raison, il existe donc chez l’homme des tendances instinctives à la sympathie et à l’entraide qui visent le perfectionnement de l’espèce. Michel Onfray > conclut:Onfray58.jpg

"enseignons donc le Darwin qui célèbre l’humanité du mammifère susceptible de solidarité, naturellement doué pour l’entraide, capable d’éducation mutuelle, porteur d’un sens inné de la république (au sens étymologique: de la chose publique)[8]".

La religion chrétienne a instauré l’individualisme par la notion du péché, de la responsabilité individuelle. L’Église, seule intermédiaire déclarée entre l’individu et Dieu, a remplacé la communauté dans la recherche de la reconnaissance. Peu à peu, c’est l’État qui a hérité du pouvoir de reconnaissance et de punition, pouvoir qu’il partage aujourd’hui avec l’entreprise privée. Ainsi

chacun recherche la reconnaissance du pouvoir ou du système.

C’est une manière de perdre un lien avec les autres,

alors qu’en réalité nous leur devons tout…icon_rolleyes.gif

Ne pas chercher la reconnaissance des autres, c’est détruire les rapports sociaux. L’ex "du dilemme du prisonnier" montre qu’à l’aide de la stratégie “CRP“ (=coopération - réciprocité - pardon) un équilibre optimal est trouvé entre les intérêts individuels et les intérêts collectifs. Un système qui privilégie les échanges par le don/contre-don (et sur lequel les humains ont pendant très longtemps fonctionné) est à même de transformer le travail en service rendu au groupe social. Chacun donne de son temps et de sa personne pour une activité choisie, et, en contre-partie, la société lui assure tout un processus lié à la gratification et à la reconnaissance. L’activité professionnelle est ainsi incluse dans un système de réciprocité, basé sur la personne, et déconnecté de toute recherche de sécurité matérielle puisqu’en économie distributive celle-ci est assurée par le revenu garanti.

Vouloir toutes les chances de réussite à une nouvelle société, s’assurer de la coopération de tous, c’est donc avant tout donner ce pouvoir d’estime, de 989722-qu-est-ce-qu-une-monnaie-virtuellreconnaissance, de renommée, ni à l’État[9], ni à l’entreprise privée, mais à l’environnement relationnel de chacun, au groupe social auquel l’individu aura choisi d’appartenir pour mener à bien un projet.

Dans un excellent article sur la coopération[10], < Michel Cornu présente son expérience sur le sujet. Il y énumère les risques de déviations, fait les recommandations et présente les règles de réussite.

En voici quelques extraits :

img19"Chacun sera poussé non par contrainte ou par altruisme, mais parce que, par ex, l’environnement fait que son intérêt propre rejoint l’intérêt du groupe."

Il s’agit ici de l’application aux relations sociales du dilemme du prisonnier réitéré à l’infini, par lequel même le + individualiste mesure son intérêt à coopérer afin de se trouver parmi les gagnants.

"La réconciliation de l’intérêt individuel et collectif est favorisée par:

Un environnement d’abondance qui permet une économie du don et provoque des mécanismes de contrepartie collectifs.

• La mise en place d’une communauté qui multiplie les interactions entre ses membres et qui s’instaure pour durer.

• Une nouvelle façon d’évaluer les résultats a posteriori qui implique l’ensemble de la communauté.

Lorsque monnayer un bien n’a plus de sens car il est abondant et facile à trouver, et lorsqu’on a satisfait ses besoins minimaux de survie, la seule chose qu’on puisse encore rechercher est l’estime de la communauté. Le fait que la contrepartie du don passe par l’ensemble des autres personnes aide à faire converger les intérêts individuels et collectifs.

L’un des éléments clés qui favorise le basculement d’une économie d’échange vers une économie du don est le passage de la pénurie à l’abondance. L’abondance signifie que les acteurs ont résolu leurs besoins de sécurité et qu’ils recherchent autre chose, par exemple la reconnaissance."

"Le sentiment d’appartenance et l’existence de particularités spécifiques au groupe sont indispensables pour qu’une communauté existe. Mais elle ne peut s’enrichir qu’en restant ouverte sur l’extérieur.

Il existe 2 critères qui favorisent l’ouverture du groupe vers l’extérieur :

• Chaque participant doit pouvoir en sortir à tout moment.

• L’appartenance à d’autres groupes doit être autorisée et même encouragée pour enrichir le groupe au travers de ces liaisons informelles.

Il existe des règles du don qui, si elles ne sont pas respectées, conduisent à des déviations :

• 1. L’abondance doit être préservée et bien répartie pour éviter le retour à une économie de la consommation.

• 2. L’évaluation doit être globale et décentralisée pour ne pas qu’un don particulier serve à écraser l’autre.

• 3. Donner à chacun une vision à long terme pour permettre le développement de comportements du type CRP (coopération - réciprocité - pardon)

• 4. Développer un historique pour préserver l’héritage commun pour éviter les "retours à zéro"

• 5. Permettre à tous de sortir à tout moment et encourager l’appartenance à d’autres groupes pour éviter la sectarisation d’un groupe fermé.

L’abandon total du pouvoir coercitif donné par le titre hiérarchique ou le contrat d’engagement est remplacé par l’incitation à coopérer par les résultats et l’estime obtenus.

Notre image du fainéant est celle d’une personne qui ne fait rien. Notre image d’une personne efficace est celle de quelqu’un qui fait de nombreuses choses. Le langage commun est assez pauvre pour décrire quelqu’un qui fait le minimum de choses ayant le maximum d’impact et sait conserver du temps pour de nouvelles opportunités. …il vaut mieux autant que possible que chacun puisse choisir son rôle, cherchant alors à s’investir dans les fonctions non ou mal remplies pour "trouver sa place", plutôt que d’affecter des rôles à l’avance".

Le milieu éducatif, l’environnement social, la sollicitation des pairs, l’encouragement et l’apprentissage du succès, la relation de confiance réciproque, participent à la réussite du projet.

Si la société démocratique se pose comme une représentation de la volonté du peuple, la participation et le rôle de chacun ne peuvent correspondre qu’à un choix individuel libre.

Une coopération entre société et individu permettra d’accompagner chacun à trouver son rôle gratifiant. Le temps consacré au travail choisi, considéré désormais comme un moyen d’épanouissement et de réalisation de son être, relève de la liberté de chacun, puisque ce travail est devenu une activité gratifiante.83795.jpg

En retour, c’est à la société de protéger ce libre choix et d’assurer cette gratification.

Ainsi chacun se trouve récompensé, rémunéré par l’exercice de sa liberté, par le bénéfice d’une formation appropriée et par l’exercice d’une profession gratifiante, favorable à sa réalisation personnelle.

L’engagement à exercer une profession tient à la fois de la réalisation personnelle, d’une marque de reconnaissance envers l’environnement social et éducatif auquel chacun doit tout, et de la qualité de l’accueil accordé à chacun par ce groupe social.

D’un côté, l’individu autonome a conscience de son intérêt et de ses besoins envers la société pour maintenir et même améliorer son Être, alors que la société connaît son intérêt et ses besoins envers l’individu pour maintenir sa situation et même l’améliorer.

La réciprocité s’exerce en toute égalité et sans contrainte.

Cet échange fructueux permet aux individus d’acquérir la liberté et l’autonomie, et au groupe d’y gagner cohésion et équilibre en se protégeant de tout pouvoir coercitif.

Selon F. Lordon:

"Être autant que possible utile aux autres pour l’unique et bonne raison d’être le + utile à soi, telle est la perspective éthique de la philosophie spinoziste".

"La décision de passage à l’acte pour coopérer à un projet se fait de façon brutale, tel un basculement. Elle se réalise lorsque la somme de toutes les incitations dépasse un certain seuil (le neurone dans le cerveau humain fonctionne d’ailleurs de cette façon). La transformation d’un membre passif en contributeur actif dépend donc à la fois des différentes incitations et de la hauteur du seuil, de la motivation par la reconnaissance, le plaisir et l’acquisition de savoir-faire."

Genndy-Tartakovsky-dirige-Braccio-di-fer

Les personnes passent à l’acte grâce à l’estimation des gains qu’elles peuvent attendre du don de leur temps et de leur personne. Ils sont de 3 ordres:

1• Le savoir-faire: toute participation à un projet doit permettre d’acquérir des savoir-faire dans les domaines opérationnels où nous nous impliquons.

2• Le plaisir: dans les projets coopératifs, le plaisir n’est plus apporté indirectement grâce aux gains en argent, mais directement par le projet lui-même, par l’exercice d’une passion, d’une vocation. Il agit comme un moteur pour susciter l’implication qui est une des clés de la réussite de tout projet.

3• La reconnaissance: elle apporte par ricochet plusieurs avantages:

- Un moyen très efficace pour attirer la coopération des autres dans les projets proposés.

- La satisfaction du besoin de reconnaissance que nous avons tous.

- L’acquisition possible de l’estime et de la renommée qui vont permettre de susciter des engagements et des vocations à l’origine d’élargissement et d’évolution des projets.

Les 6 règles de la contrepartie au sein d’une communauté fonctionnelle s’énoncent ainsi:

1. L’estime, qui est une des principales contreparties, doit être apportée de façon globale par l’ensemble de la communauté et non par la décision d’une personne;

2. La contrepartie doit être obtenue a posteriori (par ex l’estime acquise par les résultats obtenus) et non a priori (telle que la nomination à un titre);

3. L’amélioration ou la diminution de l’estime doit être un processus continu. Chacun récolte l’estime qu’il mérite. Faire circuler l’information sur les réalisations de chacun, conserver un historique des réalisations, sont des moyens efficaces de faciliter l’autorégulation par l’estime;

4. L’évaluation ne doit pas se faire uniquement en fonction de critères objectifs mesurables, elle doit prendre en compte les ressentis subjectifs de chacun;

5. Le rôle du manager n’est pas de reconnaître seul le travail de chacun mais de favoriser les mécanismes de contrepartie collectifs (estime, plaisir, acquisition de savoir-faire);

6. Il faut être attentif à ce que la contrepartie ne soit pas demandée, mais reçue"[10].

L’absence de crainte à propos de l’engagement de chacun à coopérer va permettre de séparer définitivement d’une part l’œuvre humaine et de l’autre la sécurité matérielle, la consommation. Le revenu universel garanti est totalement détaché des relations humaines, de l’exercice réciproque du don/contre-don en vigueur au sein du groupe social.

La seule différence avec les sociétés ancestrales vient du fait que l’abondance venait d’une nature providentielle, alors

qu’elle sera demain la conséquence de la réussite de l’organisation sociale.

Mieux la coopération sera assurée, meilleurs seront les résultats productifs [anglicisme!], et ils seront bien mieux adaptés à ce que peut fournir un système prônant l’individualisme et la compétition.

Les études sociologiques et économiques le garantissent.

La substitution d’une monnaie non “fructifiable” à la monnaie capitaliste empêche la formation des inégalités qui sont responsables de la prise de pouvoir et de la Euros.jpgconfiscation des libertés. Afin d’empêcher ce processus déstabilisateur de l’équilibre du groupe, certaines sociétés primitives avaient recours à la fête pour qu’y soient dépensés les surplus créateurs de différences socialesicon_wink.gif. Chaque membre du groupe apportait ses réserves et la fête se poursuivait jusqu’à leur épuisement.

La caducité de la monnaie, après un certain délai fixé par la société,

est un procédé similaire qui permettrait, si besoin,

de remettre les pendules à zéro. 

F.Chatel, GR, Avril 2013

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[1] La grande transformation, Karl Polanyi éd.Tel, Gallimard, 1985

[2] Voir François Chatel, Nature humaine et agressivité  GR 1118

[3] dans The Evolution of Cooperation Science, 211, 1981

[4] Cette stratégie la + efficace a été découverte en 1974 par le philosophe & psychologue Anatol Rapaport

[5] A Neural Basis for Social Cooperation, J Rilling, D Gutman, T Zeh, G Pagnoni, G Berns & C Kilts, Neuron, 35, 395-405, [2002]

[6] spécialiste de l’œuvre de Darwin, notamment à travers 2 ouvrages, le 1er: La Pensée hiérarchique et l’Évolution publié en 1983 et le 2nd, L’Effet Darwin, publié en 2008

[7] Pourquoi coopérer, Joël Candau, Université de Nice Sophia Antipolis, Laboratoire d’anthropologie et de sociologie, “Mémoire, Identité et Cognition sociale” (Lasmic)

[8] Pour une gauche darwinienne, La chronique mensuelle de Michel Onfray N° 34, mars 2008

[9] Voir L’État est-il indispensable?, GR1136

[10] extraits de La coopération, par Michel Cornu, Nouvelles approches, Version 1.2 24/12/2004

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Patrick Di Frusciapatrick-di-fruscia-here-i-stand.jpg

proposé par mamadomi

rééd° du 18 08 14

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