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Sens privé



Même les mots publics ont un sens privé


Cette aptitude à attribuer aux choses le sens qui a été marqué en nous au cours de notre développement se repère aisément dans la narration. Pour faire un récit de soi qui exprime notre identité personnelle, il faut maîtriser le temps, rappeler quelques images passées qui nous ont impressionnés et en faire un récit. Or, tous les mots que nous échangeons dans notre vie quotidienne ont été eux aussi pénétrés par le sens acquis au cours de notre passé.
Maria Nowak, après une enfance hallucinante dans la Pologne des années 1940, a développé la mémoire particulière des traumatisés: un mélange de souvenirs précis, entourés de flous. Le petite fille assiste à l'incendie criminel de sa maison, subit les bombardements, souffre de la disparition de son père, de l'arrestation de sa soeur, de la peur incessante d'être à son tour emprisonnée, assiste au retour à l'étable du cheval qui porte le corps de son ami au front troué par une balle, s'attendrit devant la beauté des cadavres délicatement recouverts par un drap de neige jusqu'au moment où, affamée et abandonnée, elle est confiée à des orphelinats et à des familles d'accueil. La protection matérielle y est assurée mais elle n'y rencontre personne avec qui nourrir un peu d'affectivité. A la "libération" par les Russes, sa mère la retrouve et lui demande comment se sont passées ces deux années de séparation.
La fillette répond:
"Rien de spécial."
Et c'était vrai. "J'avais traversé un désert de temps, de vie et de tendresse. J'en sortais épuisée, voilà tout." dira-t-elle plus tard. Dans ces orphelinats, Maria avait été mieux protégée que si elle était restée seule dans la rue. Mais, dans son réel intime, le désert affectif n'avait provoqué aucun remous émotionnel qui l'aurait rendue sensible et aurait constitué une image, un repère temporel, un jalon, pour construire son récit d'elle-même: "... désert de temps... et de tendresse..." Aucune image à mettre en mémoire.
Le fait que de telles circonstances empêchent la mémoire des images et des mots ne signifie absolument pas qu'il n'y a pas de mémoire. Mais c'est une mémoire sans souvenirs, une sensibilisation préférentielle à un type d'événements auxquels désormais la petite fille attribuera un sens singulier. Plus tard, quand elle devient étudiante à Paris, un sympathique jeune homme invite Maria à dîner.
Avant d'entrer dans le restaurant, il demande:
"Tu as faim?"
Elle répond:
"Non, non, ça va maintenant, je mange tous les jours."
Les mots qui, par convention, doivent être identiques pour tous ceux qui parlent la même langue, se chargent d'un sens particulier venu de l'histoire privée de chaque locuteur.
Pour se faire une représentation du temps passé et à venir, il faut que des relations affectives mettent en lumière certains objets, gestes et mots qui feront un événement. Ainsi s'installe en nous un appareil à donner sens au monde que nous percevons.
C'est pourquoi il faut attendre la fin de la phrase et espérer jusqu'à la fin de la vie pour que le sens apparaisse. Tant que le point final de la phrase ou de la vie n'est pas posé, le sens est en constant ramaniement possible.

B. Cyrulnik
proposé par mamadomi
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M
<br /> -->> bah voilà, c'est ce qui je dis tous les jours, et pourtant .. il m'arrive aussi de présumer de la fin de la phrase ou d'être trop sûre de l'intention sous jacente... soupir...<br /> belle nuit à toi<br /> bisous tardifs, entre deux tranches de sommeil, comme toujours...!!<br /> <br /> <br />
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M
<br /> -->> bah voilà, c'est ce qui je dis tous les jours, et pourtant .. il m'arrive aussi de présumer de la fin de la phrase ou d'être trop sûre de l'intention sous jacente... soupir...<br /> belle nuit à toi<br /> bisous tardifs, entre deux tranches de sommeil, comme toujours...!!<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Il me semble à lire ton article que le doigt est mis sur la difficulté à communiquer. Les mots n'ont pas le même sens pour tous, du fait de notre passé différent. Il faut écouter soigneusement<br /> l'autre et ne pas l'interrompre avant qu'il ait fini de parler pour avoir une chance de comprendre vraiment ce qu'il dit ...<br /> Bonne soirée à toi !<br /> Bisous<br /> <br /> <br />
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C
<br /> j'aime beaucoup le "Non, non, ça va maintenant, je mange tous les jours", tellement évocateur .....<br /> <br /> <br />
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M
<br /> oui, ça fait un sacré malaise en fait cette réponse... ça en dit long en effet...<br /> <br /> <br />
~
<br /> Ce texte mérite une deuxième lecture pour capter tout son sens et puis réfléchir...<br /> <br /> <br />
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M
<br /> fais comme chez toi <br /> bisou réfléchi<br /> <br /> <br />