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Reconquérir la Terre pour maîtriser notre avenir, voilà une proposition d’aujourd’hui que ne renieraient sans doute pas les penseurs du siècle des Lumières. C’est à cette opportunité historique que nous devrions nous atteler pour sortir de la crise. Il s’agit bien d’une autre rupture dans l’histoire de l’humanité. Où la démographie n’est pas subie, phénomène insaisissable, mais se trouve au cœur du mouvement, certes sur d’autres chemins que ceux du passé.
Ce n’est plus cette idée, peut-être mal comprise, de dominer la nature pour affirmer la plénitude et la puissance de l’homme, libéré de ses obscurantismes. Même si de nouveaux obscurantismes, “l’homme consommateur” et bien d’autres, sont toujours à combattre. Il s’agit maintenant de mieux comprendre les mécanismes d’équilibre de la biosphère, d’apprendre à s’y intégrer, afin d’assurer la pérennité de notre planète et le bonheur résolument actif de ses habitants. Les chimistes savent que les
équilibres sont faits pour être déplacés, mais bien des connaissances sont effectivement à acquérir pour en maîtriser les déplacements. En finir avec la fuite en avant ce n’est pas retourner vers l’âge des cavernes ; c’est au contraire affronter de grands défis qui requièrent le dialogue notamment entre scientifiques et citoyens, sous des formes que l’on commence à pressentir comme un nouveau germe de démocratie*. Se rapprocher de la nature, ce n’est pas tourner le dos au progrès comme semble l’analyser le philosophe Jean-Michel Besnier à propos des idées du siècle des Lumière¤ : "(…) La tentation de reconstituer un rapport de proximité, sinon de fusion, avec la nature n’est jamais anodine et toujours contraire à la dynamique appelée par le progrès : l’illustreraient certains romantiques qui ont pactisé jadis avec le camp de la réaction politique, tout comme certains écologistes (…). Ainsi la thèse soutenue par James Lovelock dans L’hypothèse Gaïa (…) sert-elle de prétexte (…) pour réclamer la réduction autoritaire du nombre d’individus résidant sur la planète. Tels qu’ils s’expriment depuis les Lumières, les idéaux du progrès ne peuvent faire bon ménage avec aucune des formes que prend le culte de la nature (…)".
Il n’est évidemment pas plus question ici d’un quelconque "culte de la nature", qui renverrait à une expression du "dessein intelligent" (dernière forme du créationnisme), que d’accepter un progrès confisqué qui transite par la marchandisation de la nature elle-même et de ses ressources vers des “consommateurs” et qui est au service de ceux qui détiennent le pouvoir économique, c’est-à-dire le capital, avant de bénéficier à tous les hommes. On ne saurait qualifier de réactionnaire Elisée Reclus (1830-1905), célèbre géographe qui décrivit la nature de si belle manière dans ses ouvrages¹, lorsqu’il dit "l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même", lui qui, théoricien de l’anarchisme et militant de la Commune de Paris, fondait sur le progrès sa confiance en l’émergence d’un monde plus juste aux hommes.
*Voir par ex. la Fondation sciences cityoyennes
¤JM Besnier, Arrête-t-on le progrès? Les Lumières, idées pour demain 06
¹E. Reclus, Histoire d'un ruisseau 1869, Histoire d'une montagne 1880
...à suivre prochainement: