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Le virage dangereux

http://www.lumigraf.ca/media/image/produit/collection/lumipearl/SilkHorizonBleuFonce.jpg

"Période sensible" ne veut pas dire "période pathologique". Moins de 2% des enfants sont dépressifs, même quand les conditions d'existence sont difficiles. Un petit garçon dont les parents sont pauvres ou malades peut quand même extraire de son milieu les moments d'amitié, les parties de football et les apprentissages scolaires qui suffisent à son bonheur. Un adolescent doit remanier son attachement, se dégager du lien parental pour s'engager dans une autre relation qui sera à la fois affective et sexuelle. La prise de risque est grande, même en situation normale, puisqu'il devra quitter sa base de sécurité s'il veut évoluer et poursuivre son développement. Le nombre des dépressions augmente et passe à 10%. Les adolescenceshttp://a3.img.v4.skyrock.net/a3f/sos-ado-coseiil/pics/2499661675_1.jpg non pathologiques (90%) ne sont pas forcément de tout repos. L'intensité des émotions, les expressions véhémentes touchent les parents et provoquent des conflits dans 30 à 40% des cas. Il s'agit d'un moment sensible et non pas d'une détresse. La relation affective peut évoluer quand le milieu offre une possibilité d'apaiser l'émotion et d'engager l'adolescent dans un projet d'existence.
Pour les ados, ces conflits domestiques n'empêchent pas l'attachement; L'hyperexpressivité de cet âge explique l'apparente contradiction entre les sondages qui révèlent que plus de 81% des adolescents aiment leurs parents, alors que 50% des foyers connaissent des tempêtes. Quand un parent a acquis l'attachement sécure, il n'aggrave pas l'opposition, il apaise l'adolescent et attend qu'il exprime à nouveau son affection. Mais quand le parent, à cause de sa propre histoire, a surinvesti l'enfant, il est blessé par la véhémence du jeune et se sent disqualifié dans son rôle parental: "J'ai renoncé à une carrière passionnante pour ne pas te changer de lycée. Tout ça pour ça!" Et le conflit banal se transforme en relation douloureuse.
Le remaniement affectif de la période sensible de l'adolescence diffère
selon le sexe. L'autre jour, j'ai pris le bateau-bus qui navigue entre Toulon et Les Sablettes. J'étais entouré d'une bande de jeunes gens, garçons et filles très remuants. "Je m'occupe des 13 ans", a dit un accompagnateur. Les filles étaient deux fois plus grandes que les garçons. Déguisées en friandises sexuelles, elles affirmaient autant qu'elles le pouvaient leur féminité naissante: décolleté pigeonnant surplombant un nombril bijouté, minijupes très mini, ongles, yeux, lèvres, cheveux, tout ce qui pouvait être sexualisé était mis en lumière. Dans leur espprit de gamines, il ne s'agissait certainement pas d'un appel à l'acte sexuel, mais plutôt d'une affirmation fière de quelques avantages de devenir femme. Les garçons paraissaient frêles auprès de ces grandes filles.
Imberbes, la peau fraîche, mignons, ils se laissaient materner par les grandes qui les entouraient de leurs bras et riaient de leurs bêtises quand soudain les petits garçons leur décochaient de secs coups de poing dans l'estomac. Les mignonnes, maladroitement, prenaient une inutile posture de combat, et puis l'amitié recommençait. Une adolescente de 13ans est pubère depuis deux ou trois ans quand elle côtoie des garçons qui, eux, commencent à peine leur métamorphose. Cette différence est énorme à un âge où la maturation physique, affective et intellectuelle joue un rôle important dans l'orientation sociale.http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/doudettebis.blogourt.fr/images/gd/1157890224/oppose-fille-garcons.jpg
Pourtant, à la même époque, on constate une inversion de l'humeur. Les petits garçons qui étaient tristounets et dominés par les filles deviennent en quelques mois gais et affirmés, parfois même un peu trop. Alors que les filles qui déprimaient moins que les garçons avant la puberté deviennent craintives, peu sûres d'elles-mêmes et beaucoup plus anxieuses. Elles recherchent souvent l'approbation d'un adulte, ce qui facilite leur adaptation à toute forme de culture. Ce qui revient à dire qu'une même situation prendra un impact psychologique différent selon l'âge et le sexe du récepteur. Les garçons, plus vulnérables au divorce de leurs parents, sont en difficulté d'identification quand ils n'ont pas de père et cherchent des situations où la prise de risque leur sert d'épreuve initiatique. Alors que les filles, physiquement et intellectuellement plus avancées, supportent mieux le divorce, mais se sentent entravées quand elles restent seules avec leur mère. Ces adolescentes croient parfois trouver leur autonomie en devenant mères très jeunes. Au québec, à 16 ans, une fille sur deux a déjà eu une relation sexuelle (contre un garçon sur quatre) et 5% de ces très jeunes femmes tomberont enceintes.
L'engagement sexuel est donc gouverné par des forces confluentes: l'âge, la maturation biologique différente selon le sexe, le contexte familial et culturel au moment de la rencontre, l'histoire de la jeune personne et l'image qu'elle se fait d'elle-même avant l'acte sexuel. Un garçon d'un milieu pauvre, vivant dans un espace restreint, aura plutôt tendance à ne pas attribuer d'importance à l'école et à choisir un travail manuel si le contexte social lui en propose un. Alors qu'une fille qui se sent entravée par une mère pauvre et isolée compense son échec scolaire et relationnel par une grossesse précoce. Cette collecte d'informations biologiques, historiques, familiales et culturelles décrit une population d'adolescents qui se développent sans traumatisme mais avec de lourdes épreuves. L'adolescent
traumatisé subit le même gouvernement de forces confluentes qui, cette fois-ci,http://lepafp.pezens.pagesperso-orange.fr/lavieaulycee/bv000001.jpg s'exercent sur une personnalité déchirée.
Ce type de raisonnement, en intégrant des données d'origines différentes, s'oppose aux raisonnements linéaires où une seule cause provoque un seul effet. Quand on se sent mal, on a envie de raisonner de manière linéaire espérant ainsi trouver la solution. Une telle explication abusive nous soulage momentanément en mettant en lumière une vérité partielle, mais elle nous aveugle sur les autres racines du mal.

Aucune cause n'est totalement explicative.


B. Cyrulnik

proposé par mamadomi
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M
-->> oui l'humain comme tu dis, parce que parfois, l'adolescence on n'en finit pas d'en sortir... je me demande même parfois si ça ne prend pas plusieurs vies...lol
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A
Très instructif... c'est toujours intéressant de savoir comment l'humain fonctionne...;-)
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M
-->> je confirme, et je ne saurais dire si c'est un bien ou un mal, compte tenu du fait que malgré cette prolongation d'adolescence, l'innocence elle, a du mal à trouver sa place... c'est pas forcément une bonne chose...<br /> me trompe-je?!
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K
les filles déguisées en friandises sexuelles... j'aime beaucoup cette expression qui est tout à fait exacte pour un certain nombre d'entre elles... L'adolescence n'est pas une période facile ; elle a tendance à s'allonger, voire à s'éterniser par les temps qui courent...
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M
-->> ah je vois que tu as fait encore plus fort!!! je me suis arrêtée à cinq! 18 1/2 à 5ans... trois gars, deux filles...<br /> les deux aînés sont très très risque-tout, réussite scolaire sans efforts, voire même tire au flanc et séchage de cours récurrent... pas toujours facile à suivre....<br /> au début je me suis dit pareil, un loupage de coche, mais comme ya pas d'agressivité dirigée contre moi au contraire, je finis par me dire simplement que c'est leur chemin et qu'il faut pas essayer d'intervenir forcément sur leur légende personnelle!!!<br /> mais je connais bien cette sensation de "trembler pour lui"...<br /> essaie de garder à l'esprit qu'il a son chemin de vie et que tout "enfant" qu'il est, il a un parcours bien à lui qui n'est bon que pour lui, même si parfois ça semble incongru ou "limite"...<br /> bonne journée à toi<br /> et félicitations pour cette belle grande famille...:o)
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