extrait de "L'évolution du vivant expliquée à ma boulangère"
vous pourrez trouver 5 pages complètes avec des réponses simples sur le lien.
Peut-on parler de races d'hommes?
Tout le monde peut voir que nous sommes très différents les uns des autres. Il y a des noirs, des blancs...
En fait, tout serait simple s'il n'y avait que des noirs et des blancs, mais il y a des cafés au lait, des bronzés, des plus ou moins jaunes, des rougeâtres, bref, tout un continuum d'intermédiaires que personne ne sera jamais d'accord pour classer "noir" ou "blanc". Rien que sur la couleur de la peau, on pourrait faire 4-5-100mille "races", et encore,
il y en aurait toujours qu'on ne saurait pas classer.
Et il n'y a pas que la couleur de la peau, il y a la forme du nez, des yeux, des cheveux... et surtout tout un tas de caractères invisibles, comme les groupes sanguins. Alors en admettant que l'on arrive à définir un certain nombre de groupes, en se basant sur la couleur de la peau, que se passera-t-il si on en fait d'autres en se basant sur les groupes sanguins? Il seront différents, et ne se superposeront pas. On peut toujours choisir un ou deux (ou dix) critères arbitraires, pour essayer de classifier les populations humaines, mais si l'on en change, on se rend compte que, peu ou prou, la classification a changé aussi.
Donc, que choisir? Qu'est ce qui est le plus valable? Les groupes sanguins, ou la couleur de la peau? Pour les chiens, c'est facile, ce sont les éleveurs qui décident ce qui est important, en fonction de leurs envies. Mais ça ne veut pas dire qu'un caractère ait biologiquement plus d'importance qu'un autre. En plus, ces critères ne reflètent pas toujours les véritables filiations.
Par exemple, plusieurs populations 
noires de peau pourraient être plus différentes entre elles (si on utilise une mesure sur d'autres gènes que ceux de la couleur de la peau) qu'une très foncée et une très claire. La coloration foncée de la peau est dûe à la sélection par l'exposition au soleil, qui 
fait que toutes les personnes habitant dans des régions ensoleillées vont avoir tendance à mourir tôt de problèmes de peau si elles n'ont pas assez de protection mélanique (le pigment noir de la peau, qui protège des UV solaires). Ainsi, deux populations foncées pourraient habiter côte à côte parce qu'elles sont issues toutes les deux de la même population-mère foncée, ou bien l'une est immigrante, mais que seuls ses membres les plus foncés aient été sélectionnés (c'est à dire qu'ils aient eu plus d'enfants que les autres, mourrant moins jeunes). Plus fort encore: la variation à l’intérieur d’un groupe est toujours plus élevée que la variation entre les groupes. C’est à dire que pour un gène donné, vous n’avez pas davantage de chances de trouver une personne ayant les mêmes allèles que vous à l’intérieur de votre "groupe ethnique" qu’à l’extérieur de celui-ci. L’illustration flagrante de cet état de faits est la recherche de donneurs dans le cas d’une greffe d’organe: si l’on ne trouve personne de compatible dans la famille proche du receveur, alors peut chercher directement dans l’ensemble de la population humaine, car les probabilités de trouver un donneur deviennent identiques quelle que soit la région du monde où l’on cherche.
Ainsi, pour définir de façon absolue des populations humaines que personne ne puisse contester, il faudrait compiler tous les caractères possibles. 30 000 gènes, certains très polymorphes, plus les séquences d'ADN non-codantes qui servent à mesurer le polymorphisme (tout l'ADN n'est pas constitué que de gènes)... On se retrouve alors avec un seul individu par race! Nous sommes tous parents, mais tous différents.
Pourtant, l'homme est une espèce qui, comparée à d'autres (notamment au chimpanzé), n'a pas beaucoup de diversité génétique... Il est donc impossible de biologiquement catégoriser des "races" humaines. Cela ne signifie pas que nous soyons tous identiques, au contraire, mais qu'il n'y a pas de limite nette quand on définit des populations. Alors, on peut très bien le faire pour les besoins d'une étude, mais en réalité, chaque étude ne fait qu'user une classification arbitraire qui arrange ses concepteurs, et elles sont toutes potentiellement différentes. Comme chacun l'accepte, cela ne pose pas de problème. Les médecins s'en servent d'ailleurs parfois pour faciliter certains diagnostics par exemple
(certaines maladies génétiques sont plus présentes dans certaines régions du monde, ce qui ne signifie pas qu’on ne puisse les trouver ailleurs), ou affiner le dosage de certains médicaments afin de l'adapter à chacun selon son ascendance, en gardant à l’esprit les sévères limites de cette méthode, car toutes les classifications arbitraires ne sont pas bien fondées et encore moins acceptées.
Au final, ce que nous apprend la génétique des populations sur l’humain, c’est que nous sommes beaucoup plus proches parents les uns des autres que ce que l’on croit habituellement. Dès que l’on remonte de quelques générations dans le passé, nos arbres généalogiques ne ressemblent plus vraiment à des buissons, mais davantage à des filets, car nous partageons finalement tous le même nombre limité d’ancêtres.
Revenons à l'arbre du vivant. Il a donc une échelle de temps : on part de l'ancêtre, et on arrive aux espèces actuelles, qui sont toutes placées à égalité sur la ligne du présent.
Vous aurez compris que contrairement à ce que beaucoup d'entre nous ont appris à l'école, le vivant ne se représente pas sous forme d'une échelle, avec les "primitifs" en bas et les "évolués" en haut (et l'homme au sommet), car l'idée de "progrès" ne fait pas partie du concept d'évolution.
On doit examiner les caractères un par un. Il y a les "ancestraux", qui étaient déjà portés par les ancêtres, dans le passé, et les "dérivés", qui ne l'étaient pas, et sont nouveaux. Un même organisme peut donc porter des caractères ancestraux et des caractères dérivés. Par exemple nous portons le caractère ancestral de la main à cinq doigts (on peut opposer le cheval, qui a un caractère dérivé d’une main à un seul doigt central, mais dont les ancêtres avaient aussi cinq doigts), et le caractère dérivé du pouce opposable. Quoi qu’il en soit, évitons d’employer le terme "primitif", que ce soit pour parler d'un caractère ou d'un organisme entier, qui est péjoratif: ce n'est pas parce qu'un système est vieux qu'il est inefficace (au contraire, si il est encore là de nos jours, c’est bien qu’il est efficace), ou qu'il ne l'a pas été dans un contexte environnemental donné, même si celui-ci est passé et n’existe plus. Chaque organisme est ou a été adapté à son milieu à un temps donné.
De la même manière, la "complexité" n’est pas un gage d’efficacité. De nombreux organismes sont restés simples au cours de leur évolution, d’autres se sont complexifiés. D’autres encore ont même connu des phases de complexification/simplification, comme les parasites qui peuvent se simplifier en perdant des fonctions biologiques, effectuées par leur hôte à leur place. Chacun est adapté à son environnement propre.
En conclusion, nous pouvons dire que vu sous cet angle, il n'existe pas d'organisme plus "évolué" qu'un
autre, car tout le monde a disposé du même temps d'évolution, l'homme, comme le poisson rouge, le brin d'herbe ou les bactéries.