lieu d'échanges et de convivialité, en toute simplicité sur tous les sujets qui vous intéressent, des débats, de l'actualité, musique, poésie, humour, partage... bienvenue à tous les gourmands de la vie et aux adeptes de la pensée sans frontière!...ou de la non-pensée :) n'hésitez pas, proposez vos questions/sujets en cliquant sur "contact", en bas de page...ce sera publié!
Seul entre les disciples de Saraswati (déesse des arts), le nom de Kâlidâsa domine la poésie indienne. Dramaturge et poète, il est considéré comme le plus illustre auteur classique de littérature sanskrite et vécut dans le nord de l'Inde vers le Vème siècle. On sait peu de choses de lui sinon qu'il a été une des "neuf Perles" de la cour du Roi Vikramâditya d'Ujjayinî. La pièce dramatique Shakuntalâ est reconnue pour être son chef-d'oeuvre.
Le Meghaduta (le nuage messager) est un poème de cent 11 strophes. En voici le sujet: un Yaksa (sorte de demi-dieu ou de génie), exilé dans les montagnes de l'Inde centrale loin de son épouse,
restée dans la ville d'Alaka au pied de l'Himalaya, aperçoit un jour un nuage arrêté sur un sommet et le charge d'aller porter de ses nouvelles à sa bien-aimée...
Regardant la nauclée jaune-orange, aux étamines à demi déroulées, et les kandalî, qui montrent leurs premiers boutons au bord des marais, tandis qu'elles respirent la délicieuse odeur de la terre dans les forêts brûlées, les antilopes marqueront le chemin que tu suis, ô Dispensateur des gouttes d'eau.
Je le prévois, ami, malgré ton désir d'aller vite en faveur de ma bien-aimée, tu perdras du temps sur toutes ces collines que parfume le jasmin. Accueilli par les paons aux yeux humides dont les cris sont des souhaits de bienvenue, résous-toi à les quitter sans trop de retard.
A ton approche, les Daçârna verront les haies de leurs jardins blanchir de ketaka dont s'ouvrent les
boutons; les sanctuaires de leurs villages se remplir d'oiseaux nourris des offrandes domestiques, occupés à construire leurs nids; le reflet bleuâtre des fruits mûrs marquer les bois de pommiers-roses et s'arrêter pour quelques jours les cygnes voyageurs.
Ta fatigue passée, poursuis ta route, arrosant dans les jardins, de tes gouttes d'eau nouvelle, les boutons en grappes des jasmins nés sur les bords de la Vananadî,
répandant un instant ton ombre familière sur le visage des cueilleuses de fleur qui froissent et fanent, à essuyer la sueur de leurs joues, les lotus de leurs oreilles.
Ce sera t'écarter du chemin qu'il te faut suivre vers le Nord; mais ne renonce pas à visiter les terrasses des palais d'Ujjayinî : tu perdrais vraiment à n'y pas goûter le charme des yeux aux coins mobiles des citadines, effrayés par la scintillation de tes guirlandes d'éclairs.
Posé sur le monticule au gracieux sommet que je t'ai dit, réduis aussitôt, pour t'approcher plus rapide, ta taille à celle d'un jeune éléphant; tu pourras alors, d'un de tes éclairs mais pâle, bien pâle, telle la lueur d'un essaim de lucioles, jeter un regard dans l'intérieur du palais.
Son oeil de gazelle voile sous les boucles les regards de côté, le fard n'y brille plus et, maintenant qu'elle repousse le vin, elle a oublié la manoeuvre des sourcils. A ton approche, sans doute, elle frémira tout à coup, gracieuse comme le lotus nocturne qui s'agite, heurté par un poisson.
L'ayant réveillée d'un souffle que rafraîchissent tes gouttes d'eau, après que l'aura ranimée le parfum des jeunes boutons du jasmin, cachant tes éclairs, adresse la parole grave de ton tonnerre à cette belle si sage dont les yeux se fixent sur la fenêtre étroite où tu te tiens.
Dans les visions de mon sommeil tu m'apparais et j'étends les bras dans le vide, m'efforçant de te saisir d'une étreinte passionnée. Les divinités du terroir, bien souvent, ne peuvent à cette vue retenir des larmes qui, lourdes comme des perles, tombent sur les branches des arbres.
Ces brises venues des Montagnes Neigeuses ont fait brusquement éclater les bourgeons sur les rameaux des déodars et courent vers le sud, odorantes de la résine écoulée. Je leur ouvre mes bras, vertueuse épouse: si seulement elles avaient frôlé ton corps !
.
Source :
proposé par mamadomi