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Nous sommes passés du droit du sol au droit du seul.
Ce surgissement du "tout à l'ego" produit des effets à l'infini.
On ne s'inscrit plus dans rien, on ne se réclame plus
de quelque chose qui nous a précédé
et qui nous succédera.
Régis Debray
La société du soin mutuel est le nom qui a été donné courant 2010 par le PS à un projet de société où une partie du travail social serait assuré par les pouvoirs publics et une partie par chacun de nous. Ce projet correspond dans son essence au projet d'Etat Providence Participatif (EPP) à promouvoir. Pour ceux qui ne perçoivent pas bien qu'il s'agit en premier et essentiellement d'un enjeu d'humanité réciproque, de soin mutuel, et pas d'un enjeu plaintif ou infirmier de prise en charge des "dépendants" par les
"normaux"
, quand bien même sur un plan pratique cette dimension de prise en charge et donc de dépendance existe, je conseille très vivement de parcourir le blog d'Alexandre Jollien > qui nous apprend à vivre malgré ou grâce à son handicap, ou de découvrir l'expérience remarquable de la Maison des sources de Besançon.
Le nom et les contours exacts de cette famille de projets politiques ne se sont pas encore imposés. Le nom de care importé de l'anglais est très couramment employé et lié aux mouvements féministes. Il ne faut pas sous-estimer cette question de dénomination qui ne trouvera une paix relative et momentanée que quand les mots coïncideront mieux avec les maux qu'ils sont censés désigner. Est-ce que "société hospitalière" serait mieux approprié que care ou soin mutuel? Quand bien même ce sujet concerne l'ensemble des pays dits développés, chaque pays a ses particularités, ses traits culturels, voire anthropologiques qui justifient une traduction propre à chaque pays de cette notion générale de care. Par ex, Roger Sue ↓ tente depuis longtemps de faire percevoir l'importance du travail bénévole (cf son intervention 2009 à Rennes). Son travail s'inscrit de façon très proche dans la démarche de l'EPP.
Le principal article qui fonde ce projet est celui du contrat mixte. Vis à vis de la domination masculine, il me semble que cette option est nettement + favorable aux femmes et s'inscrit mieux dans l'histoire en prenant acte que les femmes
ne sont plus au foyer [activités gratuites] mais au travail [activ. rétribuées +gratuites si pas déléguées contre paiement ou pas!].
[enfin..., 10pts de moins pour les femmes vs les hommes en France, et 11pts de moins dans l'UE. Tenir compte que 3/4 des femmes entre 25 et 54ans sont actuellement en activité économiquement productive, en France...]
Afin de mieux saisir ce qui pousse à insister dans ce projet, appuyons-nous sur l'expérience de ↓ François Nicolas qui a lutté efficacement contre le traffic du crack dans son quartier avec un collectif qui aurait pu se réclamer de la philosophie de la société de soin mutuel, + basé sur la prévention que sur la répression.
Les sapeurs pompiers constituent un ex de 'care' à la française qui peut nous indiquer un chemin à suivre. La plupart des associations occupent déjà le terrain mais manquent de moyens et de reconnaissance. Le statut de SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) semble particulièrement bien adapté à la mise en place de l'Etat Providence Participatif, à condition qu'il n'étouffe pas l'initiative.
Notre 'care' à nous peut trouver à s'enraciner dans 2 traditions philosophiques différentes que sont la fraternité issue de valeurs chrétiennes, mais pourtant partagées par la franc-maçonnerie et + près de nous par le solidarisme de
Léon Bourgeois >. Ces 2 racines s'opposent parfois assez violemment bien qu'elles partagent, à mon sens, un socle d'expérience commun qu'on peut trouver dans la pensée de Darwin, + particulièrement dans le versant le + souvent occulté de la pensée de Darwin, à savoir la coopération entre les êtres. Ce phénomène de coopération n'est pas proprement humain, puisqu'on peut même l'observer avec les plantes, le cas des accacias en étant un ex. maintenant bien connu. La question et la notion même de la gratuité est un concept clivant entre les tenants de la fraternité chrétienne qui sont pour, et les tenants du solidarisme qui n'y croient pas. Je me rattache à cette dernière
approche, consolidé dans ma démarche par le travail sociologique et les observations de < Bourdieu qui nous a démontré que même les actions en apparence les + désintéressées trouvaient à se muter en valeur, en bien symbolique. La gratuité s'appuie en général sur une conception, un fond, un ordre religieux sous-jacent qui fait partie de nos vestiges, nous qui avons épousé le progrès masqué derrière l'alibi de la raison. On peut toutefois articuler le concept de gratuité à une prédisposition à la solidarité
indissociable de l'humain, élargissant ainsi le cadre possible de la gratuité à l'ensemble de l'humanité, rejoignant ainsi la philosophie profonde d'Oscar Niemeyer > qui dit que l'essentiel est de mener une vie décente basée sur la solidarité.
< Régis Debray nous invite à revisiter notre devise "Liberté, Egalité, Fraternité" dans son livre "le moment de Fraternité" paru en 2009 et dont voici le 4ème de couverture qui pourrait être une excellente introduction à la société de soin mutuel:
"Liberté, égalité, fraternité: «Les 3 marches du perron suprême», disait V. Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d’en haut sans retomber dans la terreur ou bien dans la niaiserie? Et comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver le sens et la force du nous? C’est ce défi, peut-être le + crucial de notre temps, que Régis Debray s’emploie à relever dans ce livre.
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Un nous durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée, il se demande d’abord ce que sacré veut dire, concrètement; et les droits de l’homme se donnant comme l’expression contemporaine de la solidarité humaine, il ose examiner ce que cette nouvelle religion civile nous fait faire, actuellement.
Ce pénible devoir accompli, Régis Debray dégage les voies d’accès à une fraternité sans phrases, qui puissent en faire autre chose qu’un fumigène: un labeur de chaque jour. Dans la conviction que l’économie seule ne fera jamais une société." (...)
je reproduis ici un article au 3/4, ce que je ne fais pas d'habitude, article que vous trouverez complet sur le lien source d'un blog nourrissant top qualité, aux rares mes précieux articles ces temps-ci ... c'est pourquoi...
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"Il faudrait que ce temps désormais libre soit employé à des activités sociales, communautaire, familiales ou à des loisirs « légers » en carbone et peu matérialistes. Il faut donc avoir des politiques jointes qui, à côté de la réduction du temps de travail, promeuvent ce genre d’activités." Tim Jackson
proposé par mamadomi