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World spirit (l'esprit du monde) mandala de jordan
"Il faut bien distinguer
les sectes des religions"
C'est moins une idée fausse qu'un voeux pieux: il est impossible de distinguer clairement les sectes des religions.
Car il n'y a pas de définition précise de la secte.
Le mot a lui-même une origine très complexe. Il est issu du verbe latin sequi (suivre) mais il a été influencé par le latin secare (couper). Entre le sectateur qui suit son chef et le sécateur qui coupe la plante, la différence de son est minime et l'écart de sens réduit. Car suivre aveuglément un chef, c'est aussi se retrancher du monde; suivre obstinément une ligne de conduite, c'est se couper du bon sens.
Une religion est une secte qui a réussi, un petit groupe devenu grand, une chapelle rebaptisée Eglise. Le Nouveau Testament parle de la secte de Jésus (Actes des apôtres 24,5 et 14; 28,22) car le Christ avait pris la tête d'une dissidence très minoritaire dans le judaïsme. Celle-ci était une "hérésie" (hairèsis), càd un choix contesté, une doctrine minoritaire.
De même parle-t-on souvent des multiples "sectes" du bouddhisme qui sont plutôt des écoles de pensée, des groupements spirituels, des "véhicules" (yana) de progression morale. En ce sens, une religion peut être une somme de "sectes" qui ne sont pas sectaires, sinon pour leurs adversaires.
Quand le christianisme fut en proie aux grandes controverses doctrinales sur la nature du Christ (IVè et Vè s.), chaque opinion fut tour à tour orthodoxe et hérétique, officielle et sectaire. Dans cette lutte idéologique, les sectes prospérèrent sur l'irrationnel et l'indémontrable. Selon la formule de Voltaire, "il n'y a point de secte en géométrie: on ne dit point un euclidien, un archimédien. Quand la vérité est évidente, il est impossible qu'il s'élève des partis et des fractions. Jamais on n'a disputé s'il fait jour à midi" (Dictionnaire philosophique).
Mais on a "disputé" pour savoir si le Fils était semblable ou identique au Père. Il y a des sectes en théologie et on parle des "ariens" ou des "pélagiens" qui doutaient de la divinité du Christ avec Arius ou de la nécessité de la grâce avec Pélage. "Toute secte est le ralliement du doute et de l'erreur", ajoutait le philosophe mais toute secte prétend aussi apporter la certitude et la vérité.
Pour distinguer une secte d'une religion, on a essayé le critère du nombre qui ferait d'une secte une religion de poche. Il est vrai que la plupart des sectes ont du mal à prospérer à cause de leur intransigeance et que les grandes religions sont d'anciennes sectes qui ont accepté des compromis. Si une Eglise chrétienne exigeait de ses membres qu'ils suivent à la lettre l'ordre du Christ "Viens, quitte tout et suis-moi", ce suivisme aveugle serait sectaire.
Or, le suivisme aveugle est aujourd'hui exigé par certains organismes extérieurs aux grandes religions comme par d'autres qui leur sont liés. Les premiers peuvent être plus ou moins identifiables (chrétien bouddhiste, etc...) ou, au contraire, relever d'un syncrétisme inclassable. On peut fonder une secte néo-hindouiste en se réclamant de Krishna ou inaugurer un syncrétisme universel en se présentant comme le "Messie cosmo-planétaire", mais, dans les deux cas, ces créations sont distinctes des grandes religions traditionnelles.
Il n'en est pas de même avec certains mouvements charismatiques traditionalistes apparus au sein du catholicisme ou du protestantisme, souvent avec l'accord de la hiérarchie des Eglises. Des communautés nouvelles appliquent les recettes éprouvées de l'abus de pouvoir et de la manipulation mentale en pervertissant les règles des grands ordres religieux. Comment distinguer sûrement
un dominicain sectaire
d'un dominicain conciliaire,
un noviciat de fanatiques
d'un séminaire aux idées ouvertes?
La multitude des congrégations (dans le catholicisme) et des Eglises (dans le protestantisme) favorise les confusions.
Des critères de discernement ont été proposés par une commission d'enquête parlementaire sur les sectes (présidée par Jacques Guyard). D'autres critères ont été définis par Mgr Jean Vernette, secrétaire du service national "Pastorale, sectes et nouvelles croyances" au sein de l'Eglise catholique en France. Le premier organisme s'appuie sur les infractions pénales (troubles à l'ordre public, détournement de fonds, atteinte à l'intégrité physique, etc...). Le 2nd se réfère aux 3 concupiscences de la morale catholique:
le pouvoir abusif ou l'oppression, le savoir confisqué ou
l'endoctrinement, l'avoir détourné ou l'exploitation.
Mais aucun spécialiste sérieux des sectes ne retient comme critère le nombre des adeptes (les zoroastriens► sont à peine 100 000 dans le monde mais sont les ultimes représentants d'une grande religion), ni la nouveauté du mouvement (le caodaïsme vietnamien▼ n'a pas 100 ans mais n'est sûrement pas une secte). Pour compliquer le tout, il ne peut exister, en droit français, aucune définition d'une religion et donc, d'une secte. En effet, selon l'art. 2 de la loi du 9 déc. 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat, "la Rébublique ne reconnaît aucun culte".
...Et elle ne reconnaissait aucun religieux sous la Révolution. L'art. 12 de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) comme l'art. 6 du titre 2 de la Constitution du 3 sept. 1791 précisent que la qualité de citoyen se perd par "l'affiliation à une corporation étrangère qui exigerait des voeux religieux". Entre le voeu et le vote, il fallait choisir et l'obéissance à une règle de vie était alors jugée aliénante, le père abbé ou la mère abbesse apparaissant aussi illégitimes que
le gourou d'une secte. La confession la plus répandue au monde, l'Eglise catholique, était alors tenue pour aussi nuisible aux libertés qu'un groupuscule sectaire.
Il est difficile de distinguer une religion d'une secte comme une Eglise d'une chapelle. Ce dernier mot désignait primitivement le manteau (la "cape") de ◄saint Martin et l'oratoire du Palais-Royal abritant cette relique. Mais des milliers de chapelles ont honoré des milliers de saints de la même Eglise comme d'innombrables sectes vénèrent les multiples visages d'un même Dieu dont elles se prétendent les meilleures dévotes.
O. Vallet
mandalas de Jordan
proposé par mamadomi