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Juvénile
La Terre, après des débuts agités, fut d'abord recouverte d'un vaste océan d'où émergèrent + tard les continents. Ceux-ci, selon les ères géologiques, se soudent ou se dispersent, tandis que les océans progressent ou régressent. Ces mouvements en accordéon expriment au niveau de la planète la bipolarité des forces qui animent la matière. (Discipline de référence: géologie, géophysique)
Il y a 4,44 milliards d'années, la Terre finit de se former; elle n'est encore qu'un conglomérat hétérogène de "planétésimals" qu'elle va bientôt homogénéiser et redistribuer en son sein. Un vent solaire puissant -car le jeune soleil vient de s'allumer - en évacue vers Jupiter les éléments les + légers: hydrogène et hélium. Mais une fraction importante d'éléments volatils a été enfouie lors de l'accrétion des planétésimals dans le ventre de la Terre: hydrogène, hélium, mais aussi vapeur d'eau, gaz carbonique, qui seront éructés par l'activité volcanique tumultueuse des 1ers temps. Ainsi formeront-ils une 2ème atmosphère. Ce dégazage par les volcans s'est effectué avec une intensité inimaginable aujourd'hui.
L'Islande, avec ses geysers et ses cratères,
nous donne une vague et faible idée
de cette "Terre juvénile".
Puis, avec le refroidissement de la surface terrestre et la condensation de la vapeur d'eau, des pluies intenses contribuent à la formation des océans, ou plutôt l'océan planétaire, car il n'y a point de continent à l'origine, tout au + des îles volcaniques. Cette eau primitive, qui reste à l'état liquide du fait de la forte pression atmosphérique, est bombardée par la chute d'énormes météorites dont les débris engendrent de nouvelles îles. Dans l'atmosphère dense de ces temps primordiaux, beaucoup de gaz carbonique, mais aussi de l'azote, de l'eau, des traces de méthane et d'ammoniac. Ni oxygène ni ozone. Le gaz carbonique, piégeant le rayonnement solaire par "effet de serre", maintient dès l'origine une température torride en surface. Ce processus est encore à l'oeuvre sur Vénus, où la température au sol dépasse 450°C. Les océans ne purent donc se former sur la Terre qu'après refroidissement suffisant. Celui-ci se produisit par l'élimination rapide du gaz carbonique, "digéré" en quelque sorte par le calcium (il se combine à l'oxyde de calcium pour former du calcaire). Le gaz carbonique de l'atmosphère s'y trouve donc piégé, sa teneur décroît, la température baisse, l'eau continue à se condenser, le volume de l'océan s'accroît, tandis que les calcaires se déposent au fond des mers.
Après l'ère de l'astrophysique débute alors celle de la géologie.
200 millions d'années après les origines du globe, les continents commencent à se former; jusque-là, les éléments de la croûte terrestre qui avaient tendance à s'agglomérer, formant les 1ères ébauches de continents, étaient aussitôt volatilisés par les impacts de planétésimals ou digérés par l'activité volcanique extrêmement intense aux origines. Mais, peu à peu, la Terre s'apaise.
A partir de là, tout va aller très vite... enfin, si l'on peut dire!
On retiendra de la formation des continents et de leur histoire 2 traits suggestifs révélés par de récentes recherches géologiques. Le 1er est la constitution des continents par la confluence d'éléments séparés s'agglomérant les uns aux autres au gré d'un processus qui représente une autre forme d'accrétion. Lorsqu'on détermine comparativement l'âge des différents points d'un même continent, on voit que celui-ci est fait d'une sorte de patchwork analogue à un habit d'Arlequin, composé de provinces qui se sont soudées les unes aux autres. Dans le cas du continent américain, on constate même qu'il se serait accru par adjonctions successives de provinces périphériques:
"C'est en somme l'accroissement de l'empire par ses marges."
Néanmoins, un tel processus centripète n'a pas pu être démontré pour les autres continents où la chronologie est en quelque sorte "brouillée".
Quant aux matériaux qui forment la chair, le corps, la substance des continents, ils proviennent du manteau de la Terre et ont été ramenés en surface par le volcanisme. Les chapelets d'îles volcaniques qui s'égrènent en guirlandes le long de l'Asie du Sud-Est délimitent des mers intérieures et amènent à la surface des quantités considérables de matérieux. Ceux-ci seront un jour compressés contre l'Asie. Bientôt, une nouvelle pièce de notre habit d'Arlequin viendra accroître la surface du continent asiatique.
◄Dali
Comment expliquer que la surface globale des continents n'ait pratiquement pas changé depuis des milliards d'années alors que se forment sans cesse, par volcanisme, de nouvelles pièces du patchwork? Cela tient au fait que ces pièces, lorsqu'elles viennent heurter d'autres provinces continentales, produisent des plissements avec contraction de la surface totale, comme c'est le cas d'une voiture heurtée par un autre véhicule et dont la surface se plisse, se ride et se contracte. Ainsi surgissent les chaînes de montagnes qui, soumises ensuite à l'érosion, renverront leurs matériaux continentaux vers le fond des mers et, de là, vers le manteau terrestre par le phénomène de subduction grâce auquel les plaques continentales glissent les unes sous les autres, réinjectant de la matière dans la masse compacte du manteau.
Bref, les forces de construction (érection) et de destruction (érosion) sont ici continuellement à l'oeuvre. Elles modèlent et remodèlent sans cesse, au fil de centaines de millions d'années, le faciès de la Terre. Les mouvements de condensation, d'"additivité", sont équilibrés par des forces de signe contraire qui remettent sans cesse en jeu les constructions continentales élaborées par la convergence des matériaux issus du manteau terrestre.
Un 2nd phénomène illustre de manière spectaculaire et même troublante ces mouvements de va-et-vient. Pour autant qu'on puisse le déduire des documents étudiés jusqu'ici, il semblerait qu'il existait, vers -600 millions d'années, au début du Carbonifère, un seul et unique continent renfermant toute la masse continentale de la planète. Ce continent, l'Archéopangée, se serait peu à peu fragmenté au cours de l'ère primaire.
Puis le mouvement se serait inversé et les blocs continentaux séparés se seraient à nouveau progressivement rassemblés pour reformer un nouveau continent unique: la Pangée. Ce continent, l'ère secondaire le démantèlera à son tour pour aboutir à la configuration actuelle.
C'est peut-être à nouveau un continent unique qui, aujourd'hui,
s'esquisse à travers les mouvements perceptibles de ce qu'on appelle
la dérive des continents.
Car les continents dérivent par glissements sur les plaques sous-jacentes, conformément à la théorie de la "tectonique des plaques" décrite par Wegener au début de ce siècle.
Cette sorte de "pulsation", perceptible dans les mouvements successifs de condensation puis de séparation des continents, n'est sans doute que la partie visible de l'iceberg... Les causes de ces mouvements sont à rechercher dans ce qu'on a pu appeler la "climatologie et la météorologie du manteau, avec ses incertitudes et ses crises, mais aussi ses rythmes et ses pseudo-périodes."
Voici donc une Terre qui, dès l'origine, est en continuel mouvement: tout le contraire d'un de ces astres morts dont la Lune, dans son immobilité, nous donne l'image. Ces mouvements s'analysent, pour l'essentiel, comme des phénomènes d'accrétion et de répulsion.
- L'accrétion produit et agglomère une masse de matériaux et conduit à l'élaboration des continents;
- la répulsion produit au contraire leur dislocation, voire, sur des temps géologiques + longs, leur destruction par retour des matériaux consituant les continents vers le manteau terrestre.
Bref, le jeu universel des forces centripètes et centrifuges se manifeste obscurément dans le ventre et sur la peau d'une planète dont Lovelock, dans son Hypothèse Gaïa, a fait une sorte de superorganisme vivant.
Accrétion des planètes, addition des provinces continentales pour former les continents: des processus d'additivité engendrent dans les 2 cas des entités nouvelles que les forces d'érosion et de dislocation remodèleront à leur tour. Mais ces processus, qui alternent leurs effets à la surface de la Terre, ne sont pas éternels.
Si l'on sait que le Soleil est mortel, comme toutes les étoiles -sa mort interviendra dans 5 milliards d'années-, l'on sait ausi qu'il entraînera dans se mort notre planète, vraisemblablement soufflée par son explosion ultime lorsqu'il expirera dans l'espace la matière élaborée en son sein durant près de 10 milliards d'années et qui contribuera alors à engendrer d'autres étoiles...
Voici donc qu'apparaît déjà, comme une préfiguration de ce que sera + tard le vivant, le jeu de la vie et de la mort: vie et mort du Soleil, vie et mort des planètes, mais aussi vie et mort des continents. Car nos continents actuels, comme l'atteste l'âge de leurs roches, sont des produits de substitution de la 1ère génération de continents, entièrement détruite, disparue et redissoute dans le manteau terretre. On pourrait dire de nos continents actuels qu'ils sont de la "2ème génération", pour reprendre une expression qui évoque elle aussi précisément les phénomènes vivants. Bref, les continents meurent aussi!
Notons enfin que les "pulsions", les mouvements en accordéon des continents s'accompagnent de mouvements analogues des mers, dont les géologues ont décrit avec soin les régressions et progressions successives. Ainsi ont-ils mis en évidence un double va-et-vient océanique, avec une 1ère avancée culminant au début de l'ère primaire, suivie d'un long retrait, puis d'une nouvelle invasion culminant il y a 70 millions d'années, suivie à nouveau d'un retrait généralisé.
désert blanc en Egypte, parsemé de grandes falaises de craie. Ya env. 70 millions d'années, au Crétacé,
la mer a envahi la région et déposé calcaire et craie sur le grès. © Agnès Leroy
Le jeu des grands mouvements géopolitiques contemporains, affectant ici des populations humaines + que les continents qui les portent, donne une assez bonne idée -quoique très accélérée- de ces mouvements d'accrétion et de dislocation des continents. Ainsi voit-on par ex l'Europe chercher son unité par adhésion de ses pays membres à un projet commun; à l'inverse, des pays comme l'ex-Yougoslavie ou l'ex-Union soviétique se disloquent et s'émiettent. Que les 2 mouvements contraires d'additivité et de dislocation puissent se développer en même temps, et dans des zones somme toute assez proches, nous permet de comprendre, par analogie, toute la complexité des phénomènes géologiques. Leur difficile décodage tient à ce que des mouvements contradictoires ont pu se développer simultanément en diverses régions du globe, rendant particulièrement malaisée l'analyse historique détaillée de la formation des continents.
L'histoire de la matière annonce déjà des phénomènes que nous retrouverons dans le monde vivant: vie et mort des étoiles, des planètes, des continents; jeu simultané des forces d'attraction et de répulsion, centripètes et centrifuges. Parmi ces forces, seules les 1ères se révèlent encore créatrices; elles génèrent, par additivité d'éléments séparés ou disparates, des entités nouvelles: atomes, étoiles, planètes, continents.
Mais, lorsqu'il s'agit des continents, les mouvements qui les repoussent et les séparent deviennent à leur tour créateurs. C'est que les continents se peuplèrent, il y a 400 millions d'années, de végétaux, puis, 50 millions d'années + tard, d'animaux issus les uns et les autres des océans. L'évolution biologique, déjà longuement amorcée dans la mer, se poursuivit sur les sols exondés. Lorsque la Pangée se disloqua, cette évolution continua, mais sur des aires désormais isolées les unes des autres; animaux et végétaux évoluèrent alors séparément et de façon divergente. L'océan, infranchissable pour les êtres adaptés à la vie terrestre, devint une barrière géographique, mais aussi sexuelle, aucune rencontre fertile n'étant possible entre les êtres peuplant des masses continentales séparées. De surcroît la vigueur de la compétition biologique s'affaiblit dans les îles et les isolats ainsi constitués. Animaux et végétaux ne s'y trouvant plus exposés à la concurrence de vastes populations riches en dangereux compétiteurs. Bref, sur chaque morceau de continent isolé, chacun s'installe et évolue pour son propre compte, protégé d'une trop forte concurrence; d'où des populations si particulières et si typées des Galapagos ou des Canaries, par ex. D'où aussi des familles, comme celles des cactus ou de l'ananas, exclusivement représentées sur le continent américain et totalement absentes de l'Ancien Monde -jusqu'à ce que l'intervention humaine les dissémine partout- dans la mesure où elles se sont différenciées après la dislocation de la Pangée. D'où encore la répartition strictement circonscrite des populations marsupiales...
Wainui Inlet
Cette courte digression, anticipant déjà sur les lois du monde du vivant, montre qu'un isolement peut constituer un point de départ fécond pour une nouvelle poussée évolutive aboutissant à un niveau de biodiversité accrue. La perte d'homogénéité et la dislocation de la Pangée créèrent des conditions favorables à l'éclosion de nouvelles formes de vie.
C'est que l'évolution ne progresse pas seulement
par simple addition d'éléments et de structures.
Interviennent d'autres processus, souvent paradoxaux, par lesquels la vie semble étaler de multiples contradictions dont nous nous apercevrons qu'elles ne sont qu'apparentes. Mais il convient de faire au préalable un long retour en arrière pour tenter de saisir, sur une Terre encore jeune, les premiers balbutiements de la vie. Et passer ainsi de la géologie à la biologie.
à suivre...
J.-Marie Pelt
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de 20h30 à 21h30 demain soir, c'est l'heure de tout éteindre...
Tout ça pour ça... :o))
proposé par mamadomi