Il est irrésistible. D'ailleurs, à la simple évocation du chocolat la volonté des plus fervents partisans de la diététique semble s'anéantir. Sa délicate couleur, sa consistance exceptionnelle, son parfum séducteur et sa saveur extraordinaire en font, depuis qu'il a été découvert il y a des siècles, l'un des aliments les plus irrésistibles.
Il est synonyme de douceur, de chaleur et de fête. Ses trois syllabes
rythment les fêtes de notre calendrier, s'accrochent à nos souvenirs gourmands,
évoquent les goûters de notre enfance,
parsèment notre existence de petits moments de bonheur.
Pour la petite histoire
Théobroma, littéralement, nourriture des dieux, c'est ainsi qu'en 1737, le très célèbre et sans doute très gourmand naturaliste Charles de Linné baptise la famille botanique qu'il vient de créer en l'honneur d'un arbre aux fruits précieux, le cacaoyer, précédemment nommé "amygdala pecunaria", (amande pécuniaire!). Désormais, c'est sous le nom de "théobroma cacao at" que les chocolomanes curieux de références scientifiques reconnaîtront le chocolat. Et derrière cette appellation prestigieuse, évocatrice des panthéons gréco-romains de l'Ancien Monde, se profilera la silhouette emplumée d'un dieu du Nouveau Monde: le grand Quetzalcóatl!...
Il fallait bien une affiliation divine pour expliquer
le surprenant essor du chocolat dans le monde entier
au cours des cinq derniers siècles. Il fallait aussi une légende. La voici...
Il était une fois une ville de rêve, Tula, dans un pays de rêve. Sur cette ville, aux édifices parés d'or, d'argent et de pierres précieuses, sur ce pays, où les femmes étaient plus belles que partout ailleurs et où chaque homme était parfaitement heureux de son sort, régnait pacifiquement l'un des grands "dieux-instructeurs" de l'humanité: Quezalcóatl. A l'instar de Shen-nong, dit "le Grand Laboureur", qui apprit l'agriculture aux Chinois et leur fit connaître le thé, Quezalcóatl, dit "le Serpent à Plumes", roi sacré des Toltèques en leur paradis terrestre, enseignait les secrets de la nature à son peuple en même temps que la médecine, l'astronomie et l'agronomie. Il leur enseigna en particulier la culture d'un grand arbre dont il avait rapporté les semences d'un autre paradis perdu, le cacaoyer, qui donnait un fruit nourrissant et dont les graines avaient le pouvoir de rendre intelligent, puissant et heureux.
Tout allait pour le mieux, quand un jour fatal vint où le noir magicien Tezcatlipoca, envieux de la puissance de Quezalcóatl, voulut prendre sa place.
On dit aussi que Quezalcóatl, devenu trop humain, se serait laissé gagner par l'ambition et le désir de devenir immortel. C'est
pourquoi il but le breuvage magique offert par Tezcatlipoca. Mais, au lieu de l'immortalité, c'est la folie qui s'empara de son esprit et son peuple désespéré le vit s'éloigner de la côte sur un étrange bateau fait de serpents entrelacés et disparaître à l'horizon du soleil levant. Depuis, la tradition perpétue son souvenir et les hommes attendent son retour...