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Gary Patterson
Thérèse pensait qu'elle menait une vie un peu trop sage, elle n'osait pas se dire qu'elle était souvent morne. Le principal événement de sa journée consistait à faire les courses au supermarché, chaque matin vers onze heures. Ce jour-là, comme cela arrive souvent, son chariot heurte celui d'un jeune homme qui, aussitôt, transforme l'incident en un gentil commentaire qui la fait sourire. Un peu plus tard, il l'aide à charger sa voiture. Un peu plus tard, il lui fait un signe de la main en sortant du parking. Un peu plus tard, il se gare dans la même rue quand elle arrive devant chez elle. Un peu plus tard, elle est stupéfaite de se retrouver dans son lit avec un homme charmant qu'elle ne connaissait pas deux heures plus tôt.
pendant ce temps, il ira vérifier un bruit anormal dans sa voiture. Au grondement du moteur, elle éprouve un sentiment bizarre, se met à la fenêtre et voit le véhicule tourner à toute allure au fond de la rue et disparaître. Elle ressent ce départ comme un coup de poing et fond en larmes, humiliée.
C'est la fuite qui avait donné sens à la rencontre qui s'était déroulée quelques minutes avant. Thérèse rageait en tenant son assiette à la main. Elle n'a pas mangé l'omelette qui signifiait "humiliation", alors que la même chose aurait pu signifier "jolie folie" si l'amant l'avait partagée. Le déroulement des actes avait transformé la chose en signe.
Un être humain ne pourrait pas
vivre dans un monde sans mémoire et sans rêves.
Prisonnier du présent, il ne pourrait pas donner sens.
en train de vivre un événement terrifiant alors que, pour vous, il ne se passe rien. Leur mémoire donne sens à la tasse de thé. Ils savent que cet objet représente beaucoup plus qu'une simple tasse car il porte la mort. Le présent qu'ils perçoivent est imprégné par leur passé, ce qui provoque une délicieuse angoisse de l'avenir.
B. Cyrulnik