Depuis toujours je cours après des lucioles
Affamée d'absolu, derrière elles je vole
Cherchant à découvrir ce verger des lumières
Où rosiraient enfin les fruits de mes chimères.
Car en ma terre en friche ne peuvent voir le jour
Que des ronces stériles balafrant le contour
Des rêves excisés qui servent de décor
A la pierre de jais qui sommeille en mon corps.
Ongles déchiquetés je creuse au fond du puits
D'une angoisse lointaine souffrance originelle
De n'avoir jamais su éveiller ton envie
Matrice inachevée, ma mère, sombre et belle.
Je suis une enfant triste aux mains endolories
Cherchant dans vos pupilles le terme de ma quête.
Je laisse sur vos corps la trace de mes cris
Et dans vos bras ouverts l'odeur de ma défaite.
J'ai beau fuir en courant le sabbat de mes peines
Décacheter vos coeur, me brûler aux méandres
Et aux ciels rougeoyants de vos âmes en cendres
L'éternité se cache, mes rêves me malmènent.
Galopent autour de moi vos destins emmêlés
Sans que jamais j'y trouve le repos de mes leurres.
J'ai l'amour hémophile, la soif immodérée
D'être ce sable doux qui égraine vos heures.
En vos coeurs miroirs je cherche mon reflet
Je module mon chant aux notes de vos vies
J'habille mon regard des couleurs de vos nuits
Je meuble mon silence du bois de vos regrets.
Je navigue à l'instinct sur vos grands océans
M'appropriant la barre de vos coques fragiles
Mais le soir revenu, j'échoue sur les brisants
De l'horizon d'adieu qui perle entre vos cils.
Depuis toujours je cours après des lucioles