Deux grandes visions concernant l'esprit et la matière se partagent le monde: la vision spiritualiste et la vision matérialiste.
Pour les spiritualistes, la matière est un "dégradé", un "refroidissement" de l'esprit. Ce qui est premier, c'est l'Esprit qui, vibrant à des vitesses différentes, produit la matière, celle-ci étant son rythme le plus lent.
Pour les matérialistes, au contraire, l'Esprit, la pensée ne sont que les produits de la complexification croissante de la matière. Le hasard et la nécessité se partagent le jeu de nos synapses et la danse de nos particules.
Que la matière vienne de l'esprit ou que l'esprit naisse de la matière, quel que soit le côté par lequel on pose le problème, c'est très bien: c'est une merveille et une merveille de merveille! Chacune de ces explications a sa cohérence propre, chacune a raison, mais n'a que raison, car la merveille -nous dit l'Evangile, c'est qu'il y ait quelque chose plutôt que rien!
Jésus ne se demande pas pourquoi. Il retomberait dans l'explication. Simplement, Il constate, Il admire et nous fait ainsi entrer dans une vision non dualiste où il ne s'agit pas d'opposer la matière et l'esprit, mais de les accueillir ensemble. Peut-être que "matière" et "esprit" ne sont que des mots, des concepts forgés par le mental? A l'heure de l'émerveillement, peut-être n'y a-t-il qu'une seule Réalité dont les pôles subtils ou grossiers se révèlent comme complémentaires?
La question intéressante, c'est:
"Comment cet Être qui Est peut-il habiter ce néant?"
Certains traduisent: comment cette richesse peut-elle habiter cette pauvreté?
Il y a en nous du créé et de l'incréé, du divin et de l'humain. Où commence l'un, où s'arrête l'autre?
La question, ce n'est pas pourquoi... mais comment?
Comment faire pour qu'ils "soient Un, comme le Père et moi, nous sommes Un"?
Comment réaliser cette union de Dieu et de l'homme manifestée en Jésus-Christ "sans confusion, sans séparation"?
Comment vivre à sa suite les noces théanthropiques du créé et de l'incréée?