Après les roulantes de plein air:
Les autos au Salon
Il faut vous dire que je suis cycliste par hérédité et par tempérament. Mes aïeux étaient cyclistes. Tout enfant, je faisais déjà sauter des vélos sur mes genoux et me nourrissais exclusivement de chambres à air. Jusqu'au jour où, souffrant d'aérophagie, je dus suivre, à plus de 35 à l'heure, un régime qui passait, et qui m'ordonna de ne manger désormais que des tranches de guidon bien saignant. Si je m'attarde à ces détails strictement personnels, c'est pour insister sur le remarquable esprit d'objectivité qui m'a animé lors de ma visite au Salon de l'Automobile. En véritable reporter, je me suis comporté avec l'autorité du connaisseur sans rien comprendre à ce que je vais vous expliquer.
la 402 de 1938
Le Salon de l'Auto se présente, aux yeux du profane, comme une immense esplanade couverte où bourdonnent les moteurs, où se croisent les appels désespérés des klaxons, où se répondent de terrifiants fracas de ferrailles. Car il est admis -pour la première fois cette année, m'a-t-on déclaré- que les acheteurs éventuels peuvent essayer immédiatement la voiture qu'ils convoitent. Cela provoque, autour des stands, un inextricable encombrement auquel, dès l'ouverture on a tenté de pallier en plaçant, dans les allées, des agents de la circulation que l'on a dû, peu après, placer dans des lits d'hôpital.
Il m'a donc fallu du coup d'oeil et du coup de jarret pour éviter les bolides lancés en tous sens à la conquête de leur propriétaire.
Les dangers, du reste, étaient multiples. A peine avais-je échappé à un monstrueux télescopage qu'un vendeur me happait pour me démontrer en hurlant l'excellence du refroidissement par thermo-siphon et du graissage mixte par arrosage canalisé.
- Tout de même, objectai-je, ne croyez-vous pas que les paliers du vilebrequin, lubrifiés par l'arbre du distributeur, risquent, par le contact avec le pignon du bendix, de rompre le circuit de charge des amortisseurs en rodant les culottes d'aspiration...
C'est à ce moment précis que je recevais une solide paire de claques.
la 202 en 1938 A vrai dire, ce qui m'intéressait le plus, c'était les nouveautés. L'année 1938 restera, en effet, celle des innovations. J'ai pu admirer, ainsi, la voiture fonctionnant uniquement à l'électricité: une simple prise de contact permet, où que vous vous trouviez, de la brancher sur le secteur comme un poste de radio. Suivant le même principe, la création de la voiture à gaz n'est plus qu'une question de tuyauterie que n'importe quel abonné au gaz pourra l'utiliser.
La voiture à bras existe déjà et ce n'est pas un des moindres clous du Salon. Son maniement est extrêmement pratique. Tenant de la main gauche votre volant, vous plongez le bras droit dans le capot: une manivelle vous permet de faire tourner le moteur à la vitesse voulue. Si vous êtes fatigué, vous changez de bras, voilà tout.
Emploi d'avertisseurs spéciaux imitant soit le beuglement des vaches, soit le chant des oiseaux. Ainsi aucune note discordante ne viendrait troubler la paix des campagnes.