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Reste à interpréter ce commandement qui semble faire de toute forme une idole, de toute image un blasphème. Le vocabulaire hébreu ne facilite pas la tâche, les deux mots pour image (tsèlèm) et idole (pèsèl) évoquant une oeuvre taillé, façonnée. On peut y inclure la sculpture mais aussi toute gravure sur pierre (bas-reliefs), voire tous les hiéroglyphes, ces écritures gravées et imagées. Cette interprétation extensive semble n'avoir jamais été parfaitement admise puisque l'Arche d'alliance et le Temple de Salomon étaient ornés de chérubins (petres célestes portant des ailes) sculptés en vois ou en pierre.
Durant l'époque hellénistique, l'interprétation de l'ordre divin dut encore plus libérale: on interdit les sculptures mais on autorisa largement les peintures et les mosaïques représentant des scènes bibliques ou figurant des dieux païens: le dieu solaire Hélios était ainsi présent sur une mosaïque de la synagogue de Hammat Tibériade. Ces transgressions permettaient d'intégrer l'art "païen" à la civilisation juive et de ne pas dépayser les prosélytes (païens convertis au judaïsme). Cette acculturation du judaïsme en milieu grec avait une dimension théologique et Hélios pouvait être perçu comme le symbole de l'astre suprême et du Dieu unique.
Mais le monde juif n'est pas uniquement orthodoxe. Il sait apprécier la peinture et des juifs jouent un rôle important dans l'univers de l'art, en tant qu'artistes, mécènes, collectionneurs ou galeristes. Des noms comme Chagall, Fabius, Guggenheim ou Rothschild sont inséparables de la création, de la conservation, de la restauration et des transactions relatives aux oeuvres d'art. L'interdit biblique des images sacrées a d'ailleurs pu renforcer l'intérêt pour l'art profane. C'est ainsi que les fidèles d'une religion réputée iconoclaste ont pu ouvrir tant de musées prestigieux, véritables cathédrales de l'image.
Odon Vallet