Réalisez-vous dans la conscience de l'harmonie
La médecine n'est pas simplement une substance capable de guérir et de faire recouvrer la santé: ce terme désigne l'énergie qui palpite dans le coeur des hommes et qui est placée sous le contrôle de l'esprit. La médecine est donc un pouvoir
: le pouvoir de la réalisation dans la conscience de l'harmonie, qui fonde le sens ultime de l'existence humaine. La réalisation, comprise en tant que participation consciente responsable à l'harmonie universelle, permet de guérir.
Telle est la médecine de la Roue de médecine, qui confère son pouvoir au saint homme, et telle est la médecine qui guérit, qui renforce notre corps, notre âme et notre esprit.
La tradition
Le concept de la "médecine" revêtait chez les Indiens d'Amérique une signification beaucoup plus large que chez nous. La médecine de la Roue de médecine ne renvoyait en effet pas uniquement à des remèdes thérapeutiques permettant de soigner des affections physiques ou mentales, mais recouvrait le sens global de la Roue et correspondait donc aux trois notions principales de
"purification", de "rééquilibrage" et d'"harmonie".
Cela n'expliquait pas pour autant le traitement des maladies, bien au contraire: la tradition millénaire des Indiens d'Amérique comporte des techniques thérapeutiques et des solutions pharmaceutiques naturelles de très loin supérieure à celles du colonisateur blanc contemporain, au point qu'aujourd'hui encore des médecins et des thérapeutes les étudient attentivement.
Le traitement des maladies reposait essentiellement sur les plantes. Le catalogue
thérapeutique dans ce domaine est immense: dans son très intéressant essai intitulé Herboristerie et médecine naturelle des Peaux-Rouges, l'anthropologue Virgil V. Vogel a dressé une liste précise et culturellement exacte des plantes médicinales et des principaux remèdes naturels employés par les premiers américains. Ces remèdes s'appliquaient à tout type de maladie: du mal de gorge à la morsure de serpent, en passant par la bronchite, les processus inflammatoires et les problèmes survenant lors de l'accouchement. La thérapie avait cependant lieu dans un contexte fortement ritualiste, où le chaman, par des danses, des chants et des prières, invoquait les dieux pour qu'ils chassent de la personne le mal dont elle souffrait. Virgil V. Vogel décrit ainsi une séance thérapeutique chez les nations indiennes: La "thérapie" se déroulait généralement comme suit: quand une personne tombait malade, ses parents accrochaient dans la tente des dons pour le sorcier (marmite, fusils ou couvertures). On envoyait chercher le guérisseur, qui interrogeait le patient sur la nature et la durée de sa maladie; puis il allait prendre son sac contenant les médicaments et son hochet, fabriqué avec une courge vide. Ce dernier était secoué cependant que le guérisseur entonnait à voix haute une litanie où il disait que les esprits des animaux lui avaient révélé les moyens de vaincre le mal. Il envoyait ensuite chercher de
l'eau chaude, dans laquelle il mélangeait des ingrédients avec sa cuiller, avant de les administrer au malade. Le sorcier lui-même versait dans sa bouche un peu de cette boisson et la crachait à l'endroit où le patient ressentait une douleur, qu'il recouvrait avec des bandages. Il revenait visiter le malade, deux fois par jour, en chantant des vers à la signification magique et en suçant fortement la zone frappée par la maladie; après quoi, il exhibait un objet provenant, apparemment, du corps du malade, comme une serre d'aigle ou un poil de puma, qu'il rendait responsable de la maladie. Le sorcier remerciait (Le Grand Esprit) d'avoir réussi dans son entreprise, lavait le patient et prenait possession des objets qui lui étaient destinés; les parents le saluaient alors en lui effleurant la tête et les jambes en signe de profonde gratitude.