Le Souffle universel va et vient en nous à chaque instant.
C'est lui qui non seulement nous insuffle la vie,
mais ausi nous libère des toxines que nous produisons en permanence.
Il est ce courant vivifiant et régénérateur qui sans cesse parcourt nos veines, nos artères, nos organes, nos moindres vaisseaux et chacune de nos cellules.
Parvenu au seuil du troisième millénaire,
l'homme ne peut plus ignorer cette force,
cette puissance que lui confère jour après jour le K'i de l'univers.
Car, en réalité, depuis sa naissance, il vit avec et lui est intimement lié.
Chaque instant de cette respiration que nous reproduisons mécaniquement, minute après minute, durant toute notre existence, n'est qu'une longue suite d'allers et retours, d'échanges du K'i entre nous-même et l'univers qui nous entoure, duquel
nous procédons indéniablement.
En prendre conscience, c'est soudain franchir une limite, entrer dans une autre dimension. C'est brusquement comprendre que nous avons un rôle majeur, essentiel, à jouer dans ce flux et ce reflux de l'énergie vitale qui entre et sort de nous, dans les rythmes harmonieux ou saccadés de ce souffle porteur de l'oxygène régénérateur dont notre corps a un besoin impératif pour continuer à fonctionner.
Cet autre "état de conscience" nous conduit à percevoir une "autre respiration",
dont le K'i est l'élément moteur.
Une respiration non plus intuitive et standardisée dans un besoin de tous les instants, mais désormais réellement "pensée", réfléchie, et par là, vécue autrement.
Percevoir et suivre le K'i pénétrant en nous, le guider, le conduire, le stocker dans le bas du ventre, le concentrer dans les zones à problème, puis refaire le chemin inverse et lui faire trouver l'échappatoire de la sortie, du retour à l'univers... sont autant d'actes et de sensations qui prennent dès lors une valeur incommensurable, simplement parce qu'ils s'inscrivent au coeur de notre vie la plus intime et la plus viscérale.
De ce fait, les pratiques respiratoires qui tendent à optimiser la circulation du K'i s'imposent avec une criante évidence. Non parce qu'elles se targuent d'être meilleures que d'autres mais bien davantage parce qu'elles s'inscrivent dans une logique de régénération étonnamment efficace.
Les techniques mises au point par les maîtres taoîstes de la Chine ancienne n'ont en réalité pas d'autre prétention que de révéler l'homme à lui-même, de lui faire comprendre les subtilités de son organisation interne et, surtout, qu'il est une part non négligeable de l'univers... et, en cela, porteur de toutes les potentialités, forces et puissances de celui-ci, pour peu qu'il s'en donne les moyens.
On comprend dès lors pourquoi la maîtrise du K'i est assimilée dans bien des textes anciens à la quête de l'immortalité. Car celui qui maîtrise le souffle de l'univers circulant en lui ne peut, à terme, que faire un avec le cosmos, et de ce fait atteindre à une pleine réalisation dépassant toutes les contingences matérielles auxquelles le corps nous contraint habituellement.
Du nouvel "état de conscience" atteint précédemment naît alors
un nouvel "état d'existence", où la paix et la sérénité retrouvées
conduisent à la plus pure harmonie.
En ces temps de mutation où l'homme doit s'adapter aux concentrations humaines, se plier aux rythmes effrénés de la modernité, relever le défi permanent des nouvelles technologies, et pour tout dire réinventer une nouvelle manière de vivre, nul doute que la maîtrise du K'i peut devenir un avantage considérable non seulement pour entrer et survivre dans un nouveau millénaire, mais également pour maintenir et préserver notre richesse la plus authentique: notre nature profondément cosmique.
B. Baudouin