Un très grand chaman protégeant tous les hommes et tous les animaux de la Terre, Jake Kadluk
Iqualuit, Ile de Baffin (Canada)
Premier quart du XXIe siècle
Os de baleine, peau, andouiller de caribou, bois, tendons.
H. 96 cm ; L. 150cm ; P. 44 cm
Cette oeuvre de Jake Kadluk figure parfaitement une conception d’un monde que Denise Aigle définit comme "un système symbolique englobant
la vie matérielle, l’organisation sociale et les représentations religieuses de la société" et en particulier l’idée de rencontre avec les esprits. Roberte Hamayon explique que le chamanisme de tradition orale, non doctrinal, (…) est caractéristique de petites sociétés
sans chef, menant une vie simple de subsistance, dans laquelle il est seul en présence. Il s’adapte à d’autres cadres, par exemple dans le contexte colonial où il se mêlent aux religions universalistes. Avant leur christianisation et leur sédentarisation, le mode de vie traditionnelle des Inuits était totalement relié au monde surnaturel par "leur profonde croyance dans les esprits et les forces invisibles".
Les Inuits attribuaient à ces forces la qualité d’esprits capables de contrôler tous les aspects de leur existence, aussi bien de leur vie psychique que les conditions de leur environnement. La posture du personnage, tête inclinée vers l’arrière et bras ouverts, le tambour et le bâton tenus dans chacune des mains, évoque une expression corporelle et une gestuelle particulières qui ont été regroupées sous les termes de "transe" ou "état altéré de conscience" et qui manifestent ce "contact direct" avec une ou des instances spirituelles.
On retrouve celles-ci, entités parfois appelées "alliés ou esprits", à la place du corps du personnage, comme à l’intérieur du corps: un oiseau en vol piqué, en prolongement du menton est accompagné de deux mammifères marins. Un hibou aux ailes déployées semble soutenir l’ensemble. Ces "alliés" transmettent au chaman l'énergie et les savoirs qui lui permettent de jouer son rôle au sein de la société. Ainsi, sur la face intérieure des bras, deux personnages, pêcheur et chasseur, rappellent le rôle essentiel joué par les chamans au sein de la communauté
dans laquelle ils vivent. En effet, capables d’accéder au monde invisible, le "monde-autre", à un "au-delà", ils sont reconnus socialement et aident chaque individu à se retrouver en phase avec l’ordre du monde. Jake Kadluk souligne ici l’absence de toute médiation dans cette relation entre le chaman et les instances spirituelles, ainsi que le caractère quasiment physique de la relation établie.
source: cultures du monde.
proposé par mamadomi
rééd° 03 03 09