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Une religion athée pour une société post-moderne, tel est le rêve des Occidentaux revenus des idéologies et déçus par le christianisme. Ils pensent l'avoir trouvée dans le bouddhisme, né d'une Illumination intérieure
Le bouddhisme est-il une religion sans dieu(x)?
(celle du bouddha historique) et non d'une Révélation divine (comme celle du Dieu de la Bible).
On peut discuter cette opposition : la Révélation divine comporte une expérience intérieure (la prière, l'ascèse) et
l'illumination intérieure (la bodhi, d'où vient le nom du Bouddha) n'a pas formellement rejeté le panthéon hindou même s'il a durement combattu ses prêtres, le brahmanes. Et le dieu suprême du védisme (la religion précédant l'hindouisme), Indra, est fréquemment évoqué dans les récits populaires (les jâtaka) des existences antérieures du Bouddha ; on les voit sur les innombrables fresques des temples bouddhiques où sont parfois représentés les trente-trois dieux du panthéon hindou, considérés comme des protecteurs du bouddhisme.
Si l'on voulait vraiment trouver une religion athée, il serait logique de s'adresser au confucianisme. "Le Ciel ne parle pas", disait Confucius: c'est donc à l'homme seul de trouver sa voie, par sa sagesse et sa raison. Mais si le Ciel n'est pas un Dieu qui ordonne par des commandements, il est un Maître qui "ordonne" par des agencements pour que chacun soit à sa place. Et cette mise en ordre du monde justifie des rites dans des temples, voire des sacrifices au cours de cérémonies. Les disciples de Confucius comme ceux du Bouddha n'ont pu éviter de fonder une religion (ce sont eux les véritables fondateurs, non leur Maître) et celle-ci comporte une transcendance, un au-delà de l'humain qui est surnaturel.
Cette évolution est-elle contraire à l'enseignement du Bouddha historique ? Cet enseignement, comme celui de Jésus, ne nous est connu qu'à travers des Ecritures canoniques (la Triple Corbeille ou Tripitaka pour le bouddhisme, le Nouveau Testament pour le christianisme) et les paroles authentiques du maître n'y sont pas sûrement restituées. La seule indication à peu près certaine concerne la grande indifférence du Bouddha dans le domaine métaphysique: "Soi et non-Soi, c'est pareil, Etre et non-Etre, c'est pareil", lit-on dans ses Sermons. Le sage indien pensait que l'homme devait d'abord apprivoiser ses douleurs sans se préoccuper de l'existence de l'âme et, donc, sans se soucier d'un principe invisible, peut-être guidé par les dieux. En cela, le bouddha était plus agnostique qu'athée.
Il existait pourtant, à cette époque (VIème ou Vème siècle avant J.-C.), une
philosophie matérialiste en Inde. Notamment, la doctrine du Samkhya niait l'existence d'un dieu créateur et voyait dans la diversité du monde un hasard heureux ou malheureux. Cette école des "sans-dieu" (nirishvara) voyait dans les divinités des fabrications humaines périssables mais aussi des croyances populaires à ménager. Elle a probablement influencé le Bouddha (et le Jina, fondateur du ◄jaïnisme) qui, toutefois, semble avoir été moins radical: il présentait la question de Dieu sur le mode de l'impossible réponse et non de la négation définitive.
Du moins en est-il ainsi dans la plus ancienne forme de son message qui nous soit parvenue, celle de la "Doctrine des anciens" ou Theravâda, autre nom du Petit Véhicule ou Hinayâna. Mais une telle sobriété métaphysique ne pouvait satisfaire les foules avides de merveilleux et les trente-deux ciels bouddhiques n'ont pas tardé à se peupler de divinités, de même que le Bouddha lui-même était divinisé.
Le Grand Véhicule et le Véhicule de Diamant multiplièrent les êtres surnaturels avec les bodhisattvas célestes qui, tel Avalokiteshavara, assistent les humains. Et le bouddhisme tibétain, le plus connu des Occidentaux,
comporte d'innombrables divinités qui, telles les Târâ (verte, blanche►, jaune, rouge ou bleue) font "traverser" la vie en écartant les périls. Il n'est pas étonnant que le gigantesque panthéon tibétain ait séduit un Occident en quête de sens, cherchant à dépasser la "mort de Dieu" nietzschéenne ou l'athéisme marxiste. Marx se référait d'ailleurs explicitement à une doctrine matérialiste de la Grèce antique, l'atomisme, pour laquelle le monde était formé d'atomes entourés de vide (athéisme). Dans l'Inde antique aussi, tout un courant de pensée oscillait de l'athéisme à l'agnosticisme et le Bouddha était sans doute assez proche d'Epicure dans le refus de "craindre" les dieux, c'est-à-dire d'y croire et de s'y soumettre.
En ce sens, le Bouddha prêchait probablement non pas une religion athée mais une doctrine ouverte s'adressant à des hommes et à des femmes venus de tous les horizons politiques et théologiques.
Odon Vallet
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proposé par mamadomi