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Or, le bouddhisme ne valorise pas cette notion de paternité qui suppose un engendrement, même spirituel: puisque toute vie est douleur, sa transmission est théoriquement un malheur ou, du moins, un acte de la nature qu'on ne saurait exalter. Le lama (celui qui se tient plus haut) tibétain, équivalent du guru [gourou] (homme de poids) indien, exerce un ascendant moral sur ses disciples et non une autorité paternelle sur ses enfants: le lama est un maître et non un père.
régnait sur les Etats pontificaux et le Dalaï-Lama sur le Tibet: ils dirigeaient alors deux théocraties où le gouvernement des hommes s'exerçait au nom d'un Dieu (le pape est le "vicaire du Christ") ou d'une divinité (le Dalaï-Lama est une incarnation d'Avalokiteshvara, bodhisattva de la miséricorde).
Mongols. Le nom de Dalaï-Lama (océan de sagesse), attribué, en 1578, par l'empereur mongol Altan Khan, est d'ailleurs un mélange de mongol (dalaï) et de tibétain (lama) attestant de son origine étrangère: les Tibétains préfèrent appeler traditionnellement leur chef spirituel Kundun (présence).
Mais le Dalaï-Lama n'a, aujourd'hui, plus d'autorité politique sur le Tibet. Il ne conserve donc que ses pouvoirs spirituels, lesquels sont limités à la plus importante des quatre écoles du bouddhisme tibétain (écoles corrspondant partiellement à des zones géographiques); celle des Gelugpa (vertueux) ou Bonnets jaunes. Son rôle n'est donc pas celui d'un pape aux pouvoirs sans partage: il évoquerait plutôt celui d'un patriarche orhodoxe dirigeant une église autocéphale, indépendante de ses voisines.
La première cause est médiatique: on serait bien en peine de citer un seul autre nom de chef spirituel bouddhiste. Le bouddhisme s'est toujours méfié du prestige personnel des moines et son mode de désignation (à l'ancienneté) des responsables religieux ne favorise pas l'émergence de fortes personnalités: les "vénérables" sont d'autant moins connus que leur autorité se limite généralement à un monastère et qu'ils n'ont aucun pouvoir hiérarchique comparable à celui des évêques ou du pape. Or, le Dalaï-Lama ayant reçu, en 1989, le prix Nobel de la paix, dispose ainsi d'une célébrité mondiale qui manque à ses pairs.
temporel s'effondrait. Il en fut de même pour le pape qui, lorsqu'il perdit ses Etats en 1870, connut une grande popularité et bénéficia d'un ascendant moral sans précédent. On peut d'ailleurs se demander si le Dalaï-Lama, retrouvant son palais du Potala dans un Tibet "libéré", ne perdrait pas une grande part de son prestige.
La troisième cause est théologique: le Dalaï-Lama incarne le Vajrayâna (Véhicule de Diamant) qui, par ses pratiques ésotériques et sa liturgie haute en couleur, séduit beaucoup plus les Occidentaux que l'austère Hînayâna (Petit Véhicule) ou le très variable Mahâyâna (Grand Véhicule). Pour les Européens et les Américains, la religion tibétaine (qui comprend aussi des croyances animistes dites bön) se confond abusivement avec l'ensemble du bouddhisme. Et celui-ci a trouvé avec Tenzin Gyatso, Quatorzième Dalaï-Lama, un ambassadeur remarquable par son intelligence et sa finesse mais peu représentatif d'une religion aussi diverse que le bouddhisme.