J'ai trouvé une démonstration assez percutante dans le n° d'Alternatives Economiques de nov 07 , que je vous résume autant que faire se peut:
Pour déterminer la richesse créée dans un pays, on combine la productivité horaire au nombre de travailleurs et à la quantité d'heures travaillées.
Si 10 millions de personnes travaillent 1700 heures avec une productivité horaire de 30 euros, alors le produit intérieur brut (PIB) sera
10 000 000 X 1 700 X 30, soit 510 milliards d'euros.
C'est cette richesse, divisée par le nombre d'habitants du pays concerné qui permet de mesurer si les uns gagnent ou non plus que les autres.
La problématique est donc plus large:
- travailler plus,
- travailler tous,
- travailler mieux (productivité),
pour gagner plus.
En focalisant son discours sur un seul de ces trois facteurs, sans mentionner les deux autres, le pdt Sarko ne fait pas le bon choix.
On vérifie en effet que,
parmi les pays de l'OCDE,
plus on mobilise les travailleurs, plus la richesse par habitant est élevée./http%3A%2F%2F1000gifs.free.fr%2Fgif%2FimA_F%2Fargent23.gif)
De même, plus la productivité horaire est importante
plus riches seront aussi les résidents.
En revanche,
rien n'indique que cette richesse progresse avec la durée individuelle du travail.
Bien au contraire,
le "travailler plus" est plutôt une caractéristique des pays les moins riches.
Ainsi en Pologne, au Mexique, en Turquie, en Hongrie ou en Grèce,
on travaille beaucoup, et plus qu'en France.
Mais ces pays se classent aux dernières places en terme de richesse par habitant.
A l'inverse, dans les pays où l'on gagne plus,
on a tendance à travailler moins,
c'est particulièrement vrai aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne ou en France.
Autrement dit,
les principaux facteurs qui déterminent le "gagner plus"
sont le "travailler tous" et le "travailler mieux"
et pas le "travailler plus".
Ces résultats invitent à penser qu'en France,
il faudrait améliorer le taux d'emploi et la productivité:
- envisager par ex la flexibilité à la danoise, càd + de souplesse sur le marché du travail en échange de + de sécurité pour les salariés + un accompagnement efficace des chômeurs vers l'emploi,
- et pour augmenter la productivité déjà élevée en France, être capable d'innover davantage et donc augmenter l'effort de recherche (comme c'est régulièrement rappelé dans les rapports sur ce sujet).
En revanche, "travailler plus" ne semble pas de nature à répondre
à ce dont un pays moderne a besoin
pour permettre à ses habitants de "gagner plus".
Dans un contexte où le chômage touche encore plus de deux millions de personnes en France, il est également intéressant de s'interroger entre le "travailler plus" individuel et le niveau de l'emploi.
En effet, on peut craindre que les heures sup des uns soient synonymes de manque d'emplois pour les autres.
Et c'est bien ce que l'on observe dans les 28 pays de l'OCDE:
"travailler plus" et "travailler tous" tendent à s'opposer.
Norvège, Suisse, Danemark, Pays-Bas et Suède ont fait le choix du "travailler tous":
leur taux d'em
ploi tourne autour de 75% de la population en âge de travailler
et sont les + élevés au sein des pays de l'OCDE.
Mais ces pays sont aussi parmi ceux où l'on travaille le moins:
autour de 1500 heures par an!!
A l'inverse,
Italie, Grèce, Hongrie, Corée, Pologne, Mexique et Turquie
sont les adeptes du "travailler plus":
on y travaille 2050 heures/an,
mais avec seulement 55% d'actifs/ la pop en âge travailler.
Arithmétiquement, 1500 X 75% équivaut sensiblement à 2050 X 55%.
Autrement dit, les pays où l'on travaille bcp individuellement et ceux où l'on travaille peu,
affichent en fait la même quantité d'heures travaillées par habitant.
Mais les pays qui ont fait le choix du "travailler tous" plutôt que celui du "travailler plus"
ont une richesse par habitant + élevée,
preuve que cette réduction du temps de travail ne les a pas conduits à s'appauvrir,
bien au contraire...
Malgré les réserves exprimées ici, l'évolution démographique, avec le papy-boom, de nombreuses
personnes vont quitter leur emploi créant ainsi à terme une pénurie de main d'oeuvre.
Pour combler ce trou et éviter que le pays ne s'appauvrisse,
il faudrait donc travailler plus!!
Mais c'est aller un peu vite,
car il existe en France un important réservoir qui ne se limite pas aux chômeurs
(encore très nombreux malgré le début de baisse significative),
il comprend aussi les personnes qui sont inactives aujourd'hui
et pourraient revenir sur le marché du travail
si/quand la situation de l'emploi s'améliorait/-rera;
le taux d'emploi étant actuellement de 62%/pop en âge de travailler, en France.
S'il montait de 10pts, l'économie du pays bénéficierait
de près de 4 millions de travailleurs en +
Plutôt que de faire travailler + ceux qui ont déjà un emploi,
il faudrait donc s'oqp d'abord de ceux qui n'en n'ont pas,
en se fixant comme objectif central le "travailler tous".
Et en ce moment, on propose de faire travailler plus longtemps ceux qui ont déjà un emploi (plus facile)...
Comme quoi, je n'invente rien, l'économie justifie bien aussi la vision "dite de gauche"...
alors je précise que tous les avis sont les bienvenus,
je n'ai ma carte dans aucun parti!!!!!!!
par mamalilou
rééd° du 14 11 2008