Dans le lot des idées reçues, Odon Vallet cerne le sujet du voile d'une plume précise et je vous livre ici l'essentiel de son propos qui me semble un éclairage profitable sur cette idée fausse que
"Le Coran obligerait les femmes
à porter le voile" :-(
Le voile des femmes n'est pas + islamique que le béret basque n'est catholique. Mais le Coran a sacralisé une pratique vestimentaire proche-orientale qu'il a répandue dans le monde entier.
Il faut se méfier des rapports entre vêtements et religions: l'habit ne fait pas le moine ni la soutane le curé puisque cette tenue est issue de la toge des magistrats romains. La calotte des évêques rappelle la kippa des juifs et les nouvelles religions sont bien obligées de puiser dans les garde-robes traditionnelles. Coutume et costume sont deux mots frères qu'on ne peut séparer sans mettre à nu les traditions ni dévoiler leur filiation.
Et celle du voile dit islamique est antérieure de plusieurs millénaires au prophète Mohamed. La première mention de son port obligatoire remonte aux lois assyriennes (tablette A 40) attribuées au roi Téglat-Phalazar Ier (vers 1000 avant J.6.). Il s'appliquait aux filles d'hommes libres, à leurs épouses et concubines ainsi qu'aux hiérodules (prostituées sacrées) mariées. Inversement, le voile était interdit aux hiérodules non mariées, aux prostituées non sacrées et aux femmes esclaves. Car les femmes voilées ne devaient pas être touchées alors que les femmes non voilées ne disposaient d'aucune protection de leur corps. De sévères dispositions pénales (coups de bâton, oreilles percées) dissuadaient les récalcitrantes.
La Bible évoque le voile dans le livre de la Genèse (24, 65) et le Cantique des cantiques (4,1). Comme les lois assyriennes, elle fait d'une tête non voilée un symbole de prostitution: "Découvre tes cheveux, retrousse ta robe, dénude tes cuisses", demande Isaïe (47, 2) à l'infâme Babylone. Et la fiancée ne se dévoile que dans la chambre nuptiale, quitte à ce que le mari soit trompé sur son identité. C'est ainsi qu'après sept ans de cour assidue, Jacob se réveille avec, dans son lit, la tendre Léa au lieu de la belle Rachel (Genèse 29, 26).
On n'a jamais entendu parler de "voile juif" ou de "voile chrétien" même si st Paul en exige le port pour les prières: "Toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef" (1 Corinthiens 11, 5). Là encore, se couvrir la tête relève + de la tradition que de la religion, sans quoi il faudrait sacraliser les chapeaux de la reine d'Angleterre.
Marie, mère de Jésus, portait sûrement un voile qu'on n'a jamais dit islamiste. Les vierges de l'Eglise primitive étaient voilées comme les vestales romaines, ces chastes prêtresses de la divinité (Vesta) du foyer: "Une jeune fille sans voile n'est plus vierge", écrivait Tertullien. Les religieuses catholiques et orthodoxes comme les diaconesses protestantes ont perpétué cette tradition, longtemps imitées par les infirmières des hôpitaux.
L'une des significations du voile nous est fournie par le latin qui fait dériver d'une même racine le "nuage" (nubes) et le fait de se marier (nubere).
De même que le nuage voile le soleil, le voile nuptial couvre la demoiselle nubile qui se marie. Le voile des communiantes représente la noce mystique de la jeune catholique à son Seigneur et, dans un étonnant tableau du plus pur classicisme (1896), le jeune Picasso, lui-même âgé de quinze ans, décrit cette première communion priante et voilée.
Voici quelques années, les femmes avaient la tête couverte dans les églises et elles portent encore une mantille lors des audiences pontificales. Dans la langue douala, on a même traduit le mot "religion" par "petit fichu" (ebassi) parce que les missionnaires demandaient aux femmes de mettre dans les lieux de culte un foulard qui n'était évidemment pas islamiste. Quant au Coran, il prescrit aux femmes de "rabattre leur voile sur leur poitrine" (sourate 24, 31) même si ce n'est pas une obligation absolue pour les femmes âgées (24, 60). Cette pratique est, pour elles, le meilleur moyen d'avoir une conduite irréprochable sans être importunées par les hommes (sourate33, 59).
Ce voile a connu, en arabe ou en persan, de nombreux noms et d'innombrables formes, masquant plus ou moins le visage et le corps. Du hidjab au tchador, ces variantes s'appuient toutes sur un incontestable fondement coranique. Reste à savoir s'il faut encore imposer une coutume proche-orientale vieille de 3000 (au moins) aux musulmanes du monde entier. C'est à elles d'en décider librement. On notera, en Occident, que le voile islamique apparaît quand le voile catholique disparaît: les femmes (et même des religieuses) sont tête nue dans les églises. De même que le Ramadan remplace le Carême dans nos cités, les jeunes filles voilées prennent la place des bonnes soeurs en cornette: la piété, comme la nature, a horreur du vide.
Bas-Relief Djinn, sculpture réalisée par Pierre-Hugaux Massi,
d'après la BD Djinn, dessin Ana Miralles
proposé par mamadomi
rééd° du 02 11 08