"A ce qui paraît que" * c'était un râleur, un père abusif qui interdisait tout, faisait taire de sa voix et redresser les tords des préados à coup de martinet, ben oui, à l'époque ça se faisait, et plus tard c'était le ceinturon...aïe, on était des sauvages à l'époque...la vie était dure...son garçon devenait punk!
Il paraît que c'était un mari insupportable d'exigence et de critiques,
dévalorisant, invectivant, roumégant à tout va
-je crois qu'on dit marmonnant...dsl
Oui mais moi, c'était mon papi...le Georges
Il avait eu une petite notoriété de footballeur dans son village occitan et puis, à 19ans, comme tant d'autres, il est parti sans se douter, coeur vaillant à la guerre...cette faucheuse lui a abîmé son genou, l'orthopédie en temps de guerre n'a pas permis qu'il rejoue au foot (entre autres galères), de toutes façons ce n'était pas le moment, 6mois de guerre ça vous mange l'insouciance...et puis, être prisonnier aussi...mince enrôlé de force dans les STO, comment rester digne au retour...aucune femme n'aurait plus voulu de lui...
Il a donc épousé une Allemande! Klara, ma douce grand mère, ah quelle vie elle aussi ...!
Mais le retour au village fut mitigé, heureux de le revoir en vie, déçu(e)s qu'il ait laissé tant de femmes à marier...ah il y avait pas pensé à ça, qu'ils seraient tellement peu à revenir que les femmes seraient moins regardantes...
De toutes façons il était tombé amoureux de cette grande jeune fille, façonnée par la disette à laquelle les paysans allemands pauvres avaient été soumis pour construire cette grande armée du mal...la faim, la maladie et la guerre avaient déjà bien décimé sa famille à elle...et d'évidence, son père serait soulagé de ne plus la nourrir, de la voir mariée et de n'avoir plus que le dernier de ses fils à élever.
Les voilà donc à essayer de vivre, tour à tour en vrac maçon et boucher...le commerce fonctionnait mal, il était trop bon, pas assez ferme, comme pour se faire pardonner d'avoir été prisonnier...et puis toujours mis à l'index...
Puis se fut l'armée à nouveau à contre coeur, à contre courant de ses idées..., en Algérie...pour pouvoir nourrir sa famille.
...c'est là-bas qu'a commencé mon histoire ...
...mais bon, le Georges, c'était mon papi, et moi je ne l'ai pas vu avec ses défauts...:
rosa rosa rosam...les acrostiches, les petits secrets pour réussir vite les mots croisés en cruciverbiste comme en verbicruciste...jouer des mots, avec finesse - "personne peut t'empêcher de rire à l'intérieur", fabriquer tout de ses dix doigts, systèmes D comme Débrouille ou comme Domi...héhé... apprendre à couper le bon pain, le chercher, canne à la main, chez la boulangère, une casquette enchâssée sur les cheveux gris qui jadis furent blonds...un bonjour d'un regard bleu acier et des mots précis toujours, excessifs parfois - mais jamais avec moi. Du bonheur de partage, un gourmet un gourmand un dormeur, aquarelliste, poète, et une vie dure qui ne lui a pas laissé le temps d'optimiser toute sa créativité...
Et au milieu de tout ça...
deux paquets de gauloises blondes et un paquet de ninas
tous les jours (pas de pub enfin!!!)...
qui ont eu raison de lui en un éclair... fulgurant...
Là, j'ai vu l'homme devenir un monstre dans sa douleur...
J'avais 13ans...et je suis vaccinée du tabagisme actif.
*expression de mami claire
par mamadomi
merci à Babou* de m'avoir donné l'entrain de finir