lieu d'échanges et de convivialité, en toute simplicité sur tous les sujets qui vous intéressent, des débats, de l'actualité, musique, poésie, humour, partage... bienvenue à tous les gourmands de la vie et aux adeptes de la pensée sans frontière!...ou de la non-pensée :) n'hésitez pas, proposez vos questions/sujets en cliquant sur "contact", en bas de page...ce sera publié!
La recherche de nos origines, l'inscription de nos racines, les fidélités aux messages de notre histoire vont constituer la base des ancrages les + forts de la construction d'un être.
Il était une fois un petit garçon qui vivait dans une famille normale. Enfin, disons plutôt qu'il vivait au milieu d'une famille qui se présentait comme normale. Une petite tribu constituée d'une mère qui était surtout une maman, d'un papa qui était surtout un père et d'un frère aîné qui ne se faisait remarquer en rien, qui travaillait sans difficulté à l'école, qui se passionnait pour le football et la lecture, bref un garçon un peu anormal dans un monde où tous les enfants ont des problèmes. Mais ce n'est pas de lui que je veux vous parler.
C'est de son frère, le cadet donc. Lui, il était contre tout.
Il n'acceptait aucune remarque, refusait de parler, s'enfermait dans de longues rêveries, inquiétait beaucoup ses parents, irritait ses professeurs et
tout dernièrement refusait même d'aller en classe, disant qu'il perdait son temps. Il faisait en quelque sorte la grève de la vie.
Et depuis quelques temps, il fumait du haschisch, ce qui angoissait ses parents et les incitait à demander de l'aide.
Vous l'avez peut-être deviné, il y avait un secret dans cette famille trop normale. Les secrets de famille ont cette caractéristique que + ils sont cachés, + ils parlent. Je veux dire par là qu'ils se disent à travers de nombreux signes, des actes manqués, des comportements atypiques.
Le détenteur du secret était le père, et son gardien fidèle...
la mère. Dans les 1ères années de son mariage, l'homme découvrit qu'il était stérile. Stérile signifie que cet homme, cela arrive parfois, n'avait pas suffisamment de spermatozoïdes pour pouvoir féconder sa femme et lui permettre d'avoir un bébé.
Lui et sa femme décidèrent d'avoir recours à l'insémination artificielle. C'est une pratique de + en + fréquente au pays des humains qui consiste à introduire délicatement le sperme plein de spermatozoïdes très actifs d'un donneur inconnu à l'intérieur du ventre de la femme qui veut devenir mère.
Par 2x elle fut enceinte par ce procédé et ils eurent chaque fois un garçon, le 1er tout tranquille dont j'ai parlé au début, et le 2nd, le rebelle.
L'homme qui n'avait pu être géniteur mais qui se considérait comme père demanda que cette conception artificielle fût cachée aux 2 enfants. Ils ne voulait pas que son manque soit connu, apparaisse aux yeux de l'entourage.
Vous avez peut-être remarqué que son 2ème fils -je dis son fils car il le considérait vraiment comme son fils, même si un 1er enfant lui aurait suffi-, son fils donc s'arrangeait, à 16ans, pour montrer ce manque, en s'opposant et en sabotant ses études, en refusant le savoir.
Le savoir, allez-vous me dire, mais bien sûr, cela voudrait-il dire qu'il sait et qu'il ne veut pas savoir? Ou encore qu'il ne veut plus savoir sans savoir? Ou bien qu'il refuse des pseudo-savoirs tant qu'on ne lui aura pas révélé le savoir le + important: celui de ses origines?
La mère, aussi, avait des interrogations dont elle ne parlait jamais.
Quelquefois, rêveuse, elle tentait d'imaginer à quel homme ressemblait l'inconnu anonyme qui avait donné son sperme. Elle regardait attentivement ses enfants, surtout le cadet auquel elle trouvait un air un peu étranger, un air un peu trop, pas assez, un air de pays lointain.
Je ne sais ce qui va se passer. Peut-être le père osera-t-il parler à son fils de lui-même. Dire comment justement il a découvert qu'il ne pouvait féconder, donner directement la vie. Comment il a pris la décision de faire appel au germe de vie d'un inconnu, pour, à défaut d'être géniteur, pouvoir être un père.
J'ai quelques espoirs cependant, car il arrive souvent aux humains
de prendre le risque de se parler, de se dire, de rompre le silence, pour sortir d'une crise. Surtout quand un petit garçon courageux prend le risque de compromettre son avenir, qu'il a la volonté farouche de saboter sa vie, pour tenter de débusquer le silence de ses parents.
Peut-être est-ce le sens profond de toute existence d'accéder à la vérité de ses origines.
J. Salomé
proposé par mamadomi