lieu d'échanges et de convivialité, en toute simplicité sur tous les sujets qui vous intéressent, des débats, de l'actualité, musique, poésie, humour, partage... bienvenue à tous les gourmands de la vie et aux adeptes de la pensée sans frontière!...ou de la non-pensée :) n'hésitez pas, proposez vos questions/sujets en cliquant sur "contact", en bas de page...ce sera publié!
Et la tendresse, mode d'emploi
La tendresse ne se parle pas beaucoup. Elle va se dire avec les multiples langages du corps. Ma mère quand elle me lavait (tout petit), parsemait mon corps de baisers légers pour finir de le sécher.
Je me souviens aussi quand, toutes affaires cessantes, elle me prenait contre sa poitrine m'enveloppait de ses longs cheveux, me berçait, me libérant ainsi des angoisses ou des désespoirs insupportables de mon enfance.
La tendresse peut se vivre dans la respiration. Oser respirer proche de l'autre, c'est déjà le recevoir. Cette femme me racontait comment elle avait pu dire adieu à son père déjà dans l'agonie: "J'étais assise sur le bord de son lit, je tenais ses mains assez décharnées dans les miennes et je cherchais en moi les mots pour lui dire mon amour, ma tristesse et mon soulagement aussi. Car
il souffrait terriblement depuis plusieurs mois. Je voulais lui dire tout cela à la fois. Et je ne sais comment cela s'est passé, je me suis mise à respirer profondément. Un inspir large et profond. Un expir long et soyeux. Je me suis entendue resirer comme jamais et le miracle, c'est que mon père s'est mis, petit à petit, à respirer à mon rythme. Ce fut un accord, une harmonie extraordinaire! Je ne sais combien cela dura, mais mon père est mort ainsi, en respirant. Oui, il est mort vivant, accompagné par mon souffle."
La tendresse est aussi dans le toucher. La tendresse dans le sens de toucher avec un geste plein, qui ne prend pas, qui ne s'approprie pas, qui ouvre à la rencontre des corps et des chemins de la confiance. La tendresse ainsi offerte va permettre le partage de l'indicible et plus encore de l'ineffable. Un toucher qui ne prend rien, qui n'exige pas, qui va libérer des passages, ouvrir des chemins. Oui, qui va ouvrir à la confiance, à l'abandon, à l'agrandissement de soi
Un autre des langages de la tendresse, c'est le temps. Le temps aboli, le temps qui prend son temps, le temps qui se laisse aller à rêver. Un temps qui permet d'engranger et de vendanger le présent pour en faire des souvenirs. La tendresse c'est l'antivitesse. Elle se découvre dans et espace fragile entre le mouvement et l'immobilité. C'est ce qui fait que parfois elle est silence et d'autres fois elle devient danse, chorégraphie secrète de tous les abandons à venir. La tendresse se partage alors dans l'harmonie des gestes ou des paroles accordées.
Je suis souvent touché par l'accord imprévisible de certains mots, je donne une grande importance à la musique des mots. Combien de fois ai-je entendu deux mots, prononcés par deux personnes très différentes, alant à la rencontre l'un de l'autre, faisant une sorte de feu d'artifice! Créant, l'espace d'un instant infime, une sarabande, une petite fête avant de revenir, encore plus étonnés d'eux-mêmes, vers ceux qui les avaient énoncés. La tendresse n'a pas d'âge, pas de sexe, pas de race. Elle est de toutes les couleurs et elle s'invente avec la liberté d'être, la plus précieuse des libertés qui consiste à se respecter.
La tendresse, c'est apprendre à conjuguer le verbe "Toi". Un verbe très rare, qu'il convient de chuchoter avec respect. C'est le seul verbe relationnel qu'il faut conjuguer avec le verbe "aimer" toujours au présent: Tu es aimé(e).
J. Salomé
proposé par mamadomi