Avons-nous encore le droit de rire ou ne l'avons-nous plus?
sans compter les avis intermédiaires émanant de personnes de mentalité également intermédiaire.
Or -qu'on veuille bien m'excuser de donner impérativement mon avis-
je réclame plus que jamais le droit de rire pour tous.
Je sais que beaucoup estiment qu'à l'heure présente, en raison des difficultés actuelles, le rire sonne comme un défi au bon sens et dénote une indifférence coupable vis-à-vis d'une situation qui, à tous égards, n'a rien de réjouissant.
C'est une erreur
et une erreur très grave:
je peux personnellement en parler en toute connaissance de cause puisque j'exerce un métier dont le but est de distraire mes contemporains; vous avouerai-je que j'ai la conscience de mon métier et que c'est justement en ce moment que je multiplie mes efforts pour mener à bien une tâche qui s'avère particulièrement difficile en une période où rien ne prédispose particulièrement à un optimisme béat. Et c'est là où je veux en venir: si le rire est chose toute naturelle en période calme, j'estime qu'en période trouble il devient, s'il est conscient et lucide, comme une manifestation du courage tranquille;
car, en définitive,
qu'est-ce que le vrai courage?
C'est, du moins je le crois, le fait de se rendre compte d'un danger, d'en avoir la crainte et de dominer cette crainte pour accomplir l'acte dangereux.
Et c'est à ce moment que le rire est nécessaire;
certes l'avenir est peu réjouissant,
certes nul ne sait s'il sera encore en vie dans quelques mois;
est-ce une raison
pour se promener en arborant un air désespéré
et un visage allongé de plusieurs aunes?
La peur n'a jamais sauvé personne; la tristesse non plus;
c'est pourquoi j'estime que nous devons plus que jamais accomplir l'effort nécessaire pour s'esclaffer stupidement à tout bout de champ, sans rime ni raison en pratiquant la politique de l'autruche; non, mais il s'agit de faire ce que l'on a à faire avec le maximum de confiance et le minimum de laisser-aller
. Le rire engendre un état bienfaisant qui permet de tenir le coup et de résister aux attaques du sort; à danger égal, celui qui saura le considérer à la manière de Rabelais aura beaucoup plus de chances de s'en tirer que celui qui s'y soumettra fatalement.
Rions donc,
dignement, bien sûr,
mais rions sans crainte;
et si, quelque jour, il arrive que nous soyons contraints d'avaler notre bulletin de naissance, sachons le faire en gardant le sourire! ...
Et, croyez-moi, ce n'est pas à la portée de tout le monde.