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Mère ou putain?
Il est de bonne humeur, il a la soixantaine et il est psychothérapeute. Nous étions de retour de Salon-de-Provence dans le sud de la France. Nous avions été tous les 2 invités à faire une conférence sur le thème "Guérir de ses relations hommes-femmes". J'ai dit:
"Avec un homme, une femme devrait pouvoir explorer toutes ses facettes: la mère, la petite fille..."
Il a voulu finir ma phrase:
"... Et la putain."
Il avait prononcé ce mot avec douceur, tendresse et presque du respect. J'en suis restée sans voix. Je pris tout à coup conscience qu'il n'existait dans la langue française aucun autre mot que "putain" pour qualifier une femme qui vit sa féminité dans la plénitude. Comme si dans l'imaginaire masculin et, partant, dans le nôtre, une femme féminine et seulement féminine était une "putain". A la rigueur, une "salope".
Comme pour confirmer mon hypothèse, hier soir en allumant la télévision, je mle suis trouvée nez à nez avec l'humoriste Jean-Marie Bigard:
"Hier, j'suis allé en boîte, ils avaient fait un lâcher de salopes, c'était de l'élevage..."
Ce matin, je cherchais sur Internet les références de ce sketch et je découvris ainsi une source inépuisable d'ex. En voici un échantillon. A la radio, une jeune femme vient de chanter en direct; l'invité est un autre humoriste, Guy Bedos. Il est dithyrambique:
"Hou-la-la, elle n'a pas un physique de radio, celle-là! Comme elle bouge, ce n'est pas du racolage passif, c'est du racolage actif!"
Et il lance:
"La salope!"
Dans un de ses sketchs, intitulé d'ailleurs "Toutes des salopes", il s'exlamait déjà:
"Qu'est-ce qu'elles sont belles ces nanas! Ah, les salopes! Salopes!"
Quant à Doc Gynéco, il chante:
"Quoi qu'on dise sur toi, t'es ma salope à moi."
Cela n'en finit pas. Au moment où je relis ces lignes, je viens de saisir au vol, toujours à la télévision, la rediffusion d'un extrait de pièce de théâtre:
"Il y a 2 sortes de femmes, dit l'un des acteurs, les moches et les salopes."
N'en jetez plus, j'arrête la litanie.
S'il est vrai, comme l'affirme Lacan, que les mots structurent l'inconscient comme un langage, le constat peut inquiéter.
Je me souvins que beaucoup de femmes m'avaient confié se faire traiter au lit de "salope" par l'homme qu'elles aiment. Comme si c'était pour eux le seul moyen de différencier la femme de la mère. De leur mère?
A l'inverse, du moment où elles avaient accouché, leurs compagnons, du jour au lendemain, les sacralisaient. Elles étaient devenues la mère de leur enfant. Ils les considéraient désormais comme intouchables. Ils ne les désiraient plus.
Dans un numéro spécial de Elle, une lectrice raconte sa difficulté à retrouver la belle entente sexuelle qu'elle avait auparavant avec son mari. Depuis qu'elle est maman, il lui répète qu'elle est la femme de ses rêves, la mère de sa fille et il ne la touche plus.
Elle acheté des dessous sexy, a même pris des cours de strip-tease; sans succès. Lorsqu'il accepte -rarement- de faire l'amour, c'est dans le noir le plus total et dans le lit conjugal.
Ils avaient appelé leur enfant Marie et il vait commenté:
"Marie, c'est pur comme la Sainte Vierge."
Sur le moment, elle n'avait pas relevé.
Le phénomène concerne aussi bien les hommes que les femmes. Beaucoup d'entre elles, avec le père de leur enfant, ne se donnent pas droit au plaisir. Seulement celui de procréer. D'autres, nombreuses, une fois devenues mères, n'ont plus aucun désir sexuel. Elles ne parviennent à l'orgasme qu'en trompant leur mari. Ou en se faisant traiter de "salopes".
Comme si la femme n'existait pas. Comme si, en dehors de nos rôles de mère ou de fille, il n'y avait de place que pour... la putain.
La mère? Mise d'office sur un piédestal.
La fille? Seulement dans la séduction, à l'image des top-modèles de magazines.
La femme, elle, est forcément "d'affaires", "d'action" ou "de tête". Surtout pas féminine. Sous peine de passer pour une salope. Ou une putain.
Depuis des générations, la religion "judéo-chrétienne" forge notre esprit, conditionne notre vision du monde, canalise nos pulsions et nos désirs. Que nous soyons ou non croyants, elle a imprimé les mentalités de nos ancêtres, de nos parents et nous imprègne ainsi depuis notre + tendre enfance. Ses messages hantent nos mémoires avec d'autant + de virulence qu'ils sont devenus souterrain, inconscients. C'est la raison pour laquelle il me semble essentiel d'identifier à la source ces influences invisibles, 1er pas pour s'en libérer.
v Marianne Monnoye-Termeer
C'est d'abord au travers de personnages considérés comme sacrés que la religion modèle encore aujourd'hui, par la puissance de ses symboles, nos représentations du féminin.
C'est seulement en l'an 431 qu'à la demande des fidèles, l'Eglise finit, au concile d'Ephèse, par autoriser le culte de la Vierge Marie. Depuis, la mère de Dieu est notre seule représentation officielle. Autrement dit, la seule représentation acceptable de la femme est la mère. La sexualité ne peut avoir d'autre but que la procréation.
Par ailleurs, selon le dogme catholique de l'Immaculée Conception, Marie, mère de Dieu, a été conçue sans péché. Contrairement à nous. Elle nous est donc inaccessible. Dans nos représentations, être mère, c'est être au-dessus du monde, presque sanctifiée d'office. C'est être mise sur un piédestal, sur un trône, être parfaite. Nous avons hérité du catholicisme une vision du féminin désincarnée, vidée de sa substance. Asexuée.
à suivre...
V. Colin Simard
Tudo Foge ^^
proposé par mamadomi