A celui qui disait:
"Je ne crois pas en Dieu,
mais je sais qu'il croit en moi..."
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Un jour d'école buissonnière, juste à l'heure du cours de conjugaison française, je
folâtrais au bord d'un chemin forestier, quand j'ai vu s'avancer deux verbes dans ma direction: l'un s'appelait croître et l'autre, son compère, croire.
D'habitude quand je les voyais écrits sur un cahier ou sur un livre,
je trouvais qu'ils se ressemblaient. Mais, quand je les ai rencontrés,
ils me sont apparus bien distincts et tout à fait reconnaissables dans leur différence. Le verbe croître était plutôt robuste, un grand gaillard coiffé de son chapeau, affublé de sa canne qu'il tenait à l'envers, comme un t sur lequel il s'est appuyé quand il s'est arrêté à ma hauteur.
Le verbe croire, lui, était plus petit, mais il rayonnait et ses yeux pétillaient de malice. Il avait l'air assez sûr de son coup:
"Plus facile à croire que de croître!"
pensait-il in petto.
C'est le plus grand des deux qui prit la parole le premier:
- Nous sommes des envoyés spéciaux du ministère du Beau.
Nous sommes chargés d'une mission fort agréable à remplir auprès de vous. En haut lieu, des experts en communication ont remarqué que certains élèves ou ex-élèves distraits avaient parfois tendance à nous confondre tous les deux... L'erreur n'est pas grave en soi, mais peut porter à conséquence et provoquer des contresens dans la transmission d'informations, dont vous savez à quel point cette activité est devenue prioritaire de nos jours... - Moi, dit le verbe croire, je tiens à mon rang, je n'ai pas envie d'être remplacé. Je n'aime pas qu'on me pique ma place.
- C'est tout à fait légitime en effet, poursuivit son comparse, tout comme il est salutaire d'être mû par le désir de grandir et de croître, il est nécessaire d'être attentif à développer le meilleur de soi en soi. Quelle belle perspective! Quel projet de vie formidable!
- Mais attention, ne nous confondez plus! Rappelez-vous: il y a j'ai crû et j'ai cru. - Moi, dit le verbe croître, j'ai le i avec l'accent, pas celui qu'on entend et qui chante parfois, mais celui qu'on voit et que les grammairiens appellent circonflexe, autrement dit, celui qui est couvert d'un chapeau pointu turlututu!
- Et moi je n'en porte jamais, répliqua le verbe croire. Comme par exemple dans cette phrase:
"Tiens c'est une girafe et j'ai cru longtemps que c'était un pommier."
- Certes, "on peut se tromper, le principal c'est d'aimer", me répondrez-vous et je suis bien d'accord. Mais moi, quand je suis écrit juste, sachez que je suis très content, que cela me procure beaucoup de plaisir. Je vous serais infiniment reconnaissant si vous pouviez vous en souvenir. J'ai un grand besoin d'être aimé et de me sentir respecté. Que voulez-vous, l'orthographe j'y tiens! Et ce n'est pas tellement pour imposer le respect- des règles, mais plutôt par souci de la justesse des choses dans le monde.
- Alors, veuillez noter que je me conjugue ainsi, dit le verbe croire:
j'ai cru, tu as cru, il a cru...
Pour vous aider, pensez à ce truc simple: chaque fois que vous écrivez "j'ai cru", essayez de mettre la phrase à l'imparfait et demandez-vous si vous pouvez ou non me remplacer par "je croyais". Si c'est le cas, pas besoin de chapeau sur le u.
- Mais retenez surtout ceci: la croissance est un mouvement, un long processus, jamais achevé, qui prend son temps. Il est rare qu'un homme ou une femme de cette terre puisse se définir comme un être accompli. Je dirais même qu'il est exceptionnel de pouvoir dire ou écrire "j'ai crû". Par contre, vous les humains, vous êtes tellement portés à croire ce qu'on vous dit ou ce qu'on vous raconte, tellement prompts surtout à vous créer des illusions sur vous-mêmes, que la plupart du temps, quand vous prononcez ou quand vous écrivez "j'ai cru", c'est à peu près sûr que vous parlez de croyance!
- Moi, le verbe croire, je peux sortir découvert. Je ne crains rien, j'ai encore de belles années devant moi. Je vous invite à laisser mon chapeau au vestiaire. Et croyez-en mon expérience de vieux verbe sage: vous gagnerez, lorsque vous m'écrirez, un peu de ce temps qui vous est si précieux.
- Il vous sera utile, si vous le réservez pour toutes les vigilances, les attentions, les exigences et les énergies nécessaires à votre croissance et à votre développement personnel, conclut le verbe croître.
Grandir dans ce sens-là c'est pouvoir lâcher, perdre, renoncer, se priver. Il n'y a pas de paix de l'âme possible sur des illusions, Par contre, au fur et à mesure que vous renoncerez à vos croyances obsolètes, et que vous les remplacerez par des repères aidants, vous renforcerez vos assises et les bases de votre liberté intérieure. C'est simplement pour cette raison que j'ai une lettre de + que mon voisin de page du dictionnaire, et un chapeau sur la tête qui me protège des insolations que provoque parfois le rayonnement trop ardent de certaines illusions!