Mon délicieux papa,
m'a conseillé un ouvrage de Kathleen Meyer,
ouvrage que j'ai digéré à présent (mdr)
et dont je vous livre ici aimablement l'introduction...
"En réponse aux appels variés de la nature, Comment chier dans les bois présente une série de techniques -toujours expérimentées sur moi-même, souvent dans des poses peu gracieuses), destinées à aider les générations actuelles de coureurs des bois, (oh combien enthousiastes!), mais qui buttent toujours avec autant de
maladresse sur ces questions "au-dessous de la ceinture".
Il m'était aussi important de répondre à d'autres sanglots: ceux, plus importants encore, de la nature. Cet ouvrage veut ainsi mettre en avant des précautions essentielles et claires dans la mise en oeuvre de ces "toilettes dans la nature", quels que soient les saisons, les climats et les terrains concernés.
Depuis des millénaires, nos ancêtres ont réussi à chier proprement dans les bois. Vous pourriez croire qu'il existe ainsi, pour chacun d'entre nous, une sorte d'instinct relié à ce savoir. La nature reprendrait ainsi tous ses droits lorsque notre colon nous presse, ou lorsque notre vessie gonfle. Mais "ses droits", comme je l'ai appris laborieusement et sans fard, recouvrent pourtant d'infinies petites misères.
Plusieurs saisons en tant que guide sur la rivière Whitewater, à encadrer des clients citadins, ont à la fois aiguisé mes aptitudes pour le sujet, et confirmé que je n'étais pas seule face à ce problème. Souvent, la quantité de sueur du combat anxieux livré dans les buissons était de loin supérieure à celle produite dans les flots rugissants d'un rapide mangeur de rafts. Ces étés passés sur la rivière m'ont ainsi conduite à deux solides conclusions. Un: ces monstrueux rapides génèrent une constante urgence à aller satisfaire différents besoins, urgence qui amène à bien étudier le deuxième point.
Deux: (mais en définitive ce point est numéro un dans l'ordre des préoccupations qui m'ont amenée à réaliser ce livre): une certaine capacité à chier
dans les bois (et n'importe où ailleurs...) n'est jamais si instinctive que cela. J'écris cela d'autant plus douloureusement que j'ai une toute petite vessie. Avec des groupes d'une douzaine de personnes éparpillées derrière les quelques buissons ou rochers qui bordaient les rives du canyon étroit, j'ai découvert qu'il était pratiquement impossible d'aller me soulager sans tomber nez à nez avec certains d'entre eux, figés dans toutes sortes d'expressions et de positions étranges.
En règle générale, un citadin adulte lâché ainsi dans la nature n'a pas à attendre plus de résultats positifs qu'un enfant de 12 mois lorsqu'il tente de descendre tout seul son pantalon pour se soulager. Chier dans les bois est un don beaucoup plus ancré du côté de l'acquis que de l'inné, un don généralement perdu désormais, sauf pour les populations encore à l'aise dans l'art de fabriquer du savon, de carder la laine ou de dépecer un bison.
Nous sommes aujourd'hui le résultat de plusieurs générations élevées sur des toilettes étincelantes, reliées à de mystérieux tuyaux, et ainsi accoutumées à de hauts niveaux d'intimité, de confort et d'aisance. Pour une personne habituée au bruit étouffé de la chasse d'eau derrière la porte des toilettes, le même exercice dans la nature peut très vite dégénérer en une désagréable expérience physique, voire dans des situations vraiment embarrassantes, ou, plus souvent encore, dans une longue semaine de constipation volontaire.
Depuis plus de 20 ans, une vague sans précédent pour les activités de nature et les treks exotiques a exploré tous les confins et les au-delà de nos métropoles. Avec la même fureur qui a marqué la course industrielle du siècle précédent, les "victimes" actuelles de cette même industrialisation, tentant d'échapper à la folie urbaine du XXIè s., recherchent désormais un certain salut dans la nature. Des masses de personnes déferlent ainsi dans les forêts, se ruent vers les sommets et descendent les rivières, laissant derrière eux des quantités de matières fécales et de papier toilette que Mère Nature ne peut plus décemment absorber. Il n'est pas du tout irréaliste de prédire que dans les prochaines années, certains coins de nature virginale pourront révéler des tableaux comparables aux pires taudis du monde. Quiconque revient sur sa plage favorite, sur sa grève bien aimée souillée désormais de déchets, connaît ce sentiment d'horreur. Mais au-delà de l'impact purement
visuel laissé par cette présence humaine en constante augmentation, il existe aussi des conséquences écologiques cachées: il n'existe aux Etats-Unis, malheureusement plus une source ou un cours d'eau, quelle que soit sa limpidité ou son éloignement, dont l'eau ne puisse désormais être bue sans la menace de contracter une Diargiasis, maladie véhiculée par les matières fécales dans l'eau. Cette maladie était encore inconnue au début des années 70. A mon avis, lorsque les "autorités" ont pris en main la question de la préservation de la nature, il était déjà trop tard. Les règlements et les obligations imposés par les agences gouvernementales (même si elles sont absolument nécessaires dans beaucoup d'endroits) sont en elles-mêmes de sévères limitations face à la majesté de l'environnement originel, et sont antinomiques avec la liberté d'évoluer dans cette nature.
Ces règlements, ces documents à signer, ces fiches administratives et leur coût afférents sont vraiment difficiles à supporter, non seulement parce qu'ils sont imposés par un nombre croissant de visiteurs, mais encore parce qu'ils cautionnent au fond une conception faussement innocente et déresponsabilisante de l'approche de la nature. La volonté de sauvergarder la nature ne vient le plus souvent que de ceux qui l'apprécient réellement. Ce sont eux -nous- qui en sont responsables, en terme de respect, d'attention et d'éducation. Et c'est ainsi à nous qu'il échoit d'apprendre et d'enseigner aux autres où et comment chier dans les bois."
proposé par mamadomi