logion 22
Jésus vit des petits qui étaient au sein.
Il dit à ses disciples:
Ces petits qui tètent sont semblables à ceux
qui entrent dans le Royaume.
Ils lui dirent:
Alors, en devenant petits, nous entrerons dans le Royaume?
Jésus leur dit:
Lorsque vous ferez le deux Un
et que vous ferez l'intérieur comme l'extérieur,
l'extérieur comme l'intérieur,
le haut comme le bas,
lorsque vous ferez du masculin et du féminin
un Unique,
afin que le masculin ne soit pas un mâle
et que le féminin ne soit pas une femelle,
lorque vous aurez des yeux dans vos yeux,
une main dans votre main,
et un pied dans votre pied,
une icône dans votre icône,
alors vous entrerez dans le Royaume!
Jésus compare de nouveau les hommes du Royaume à des enfants au sein qui reçoivent le lait de leur mère, c'est-à-dire à des êtres innocents en état de totale réceptivité, proches de ce qu'ils considèrent comme la source même de leur vie. Saint Jean parlera du Sein du Père dans lequel repose le Fils. Lui-même sera souvent représenté reposant sur la poitrine de Jésus, à l'écoute de son secret...
Tout cela symbolise l'attitude de repos et de réceptivité qui doit être celle du contemplatif. Les disciples pensent alors qu'il suffit d'être "petit" pour entrer dans le Royaume. Jésus rappelle que l'enfant est le symbole d'un état de non-dualité et qu'il ne s'agit nullement de "jouer à l'enfant", d'entretenir en nous la puérilité et les enfantillages. Il faudrait plutôt travailler à l'intégration de toutes les dimensions de notre être: le haut, le bas, le masculin, le féminin, etc... Le haut doit toucher le bas. Ce n'est pas une lapalissade, mais une indication de travail. Beaucoup n'ont pas la tête sur les épaules; ce qu'ils rêvent est souvent contradictoire avec les pulsions de leur corps. Le haut et le bas sont quelquefois
totalement séparés. L'intégration du céleste et du terrestre, la non-opposition du charnel et du spirituel, telle est l'oeuvre du gnostique. Cela passe aussi par l'intégration du masculin et du féminin, de l'anima et de l'animus. Il s'agit de réaliser en nous les noces de l'homme et de la femme, sinon nous chercherons à l'extérieur la moitié qui nous manque; nous ne nous rencontrerons pas en tant que personnes, indivises et réalisées.
Le thème de l'Androgyne revient souvent chez les gnostiques. Il symbolise l'intégration des polarités masculines et féminines: rigueur et tendresse, intelligence et amour, force et douceur; il décrit l'être humain dans sa totalité. Cette totalité n'est pas close sur elle-même. Elle rappelle seulement que l'homme est capable d'aimer à partir de sa plénitude, plutôt qu'à partir de son manque. Nos amours ne sont pas que soifs. Ils peuvent devenir fontaines débordantes.
Paul nous rappelle qu'"en Christ, il n'y a plus ni mâle ni femelle". En effet, il n'y a que des personnes.
Leurs relations ne sont pas des relations animales de mâle et de femelle, mais d'homme et de femme, à l'image du masculin et du féminin, du Yin et du Yang qui entraîne le jeu de monde au rythme de ses noces... Dans cette unité retrouvée, toutes choses apparaissent transfigurées:
"Vous aurez des yeux dans vos yeux" -ils seront voyants.
"Vous aurez une main dans votre main" -capables de recevoir et de donner.
"Vous aurez des pieds dans vos pieds" -ils indiquent le chemin.
Tout notre être sera renouvelé à l'image et çà la ressemblance de Dieu (vous serez son icône!).
Siméon le Nouveau Théologien, ce grand mystique byzantin, disait, après avoir communié aux Mystères (l'Eucharistie): "Désormais, je suis son pied, sa main, son regard. Je suis son image, sa présence...", et il se sentait alors envahi par ce que les Pères de l'Eglise appellent "la philanthropie divine". Ne pouvant plus supporter qu'un seul être souffre, il priait pour le monde entier et prenait soin de
la jeune femme sans ressources et de l'enfant sans père... Androgyne alchimique►
On trouverait dans la littérature apocryphe néotestamentaire de nombreux parallèles de ce logion, par exemple l'agraphon 71. Interrogé par quelqu'un sur le moment où viendrait le Royaume, le Seigneur Lui-même répondit: "Lorsque les deux seront un, le dehors comme le dedans et le mâle avec la femelle, ni mâle ni femelle... or les deux sont Un lorsqu'on se dit la vérité mutuellement et lorsque, toute hypocrisie exclue, il y a en deux corps une âme unique..."
"Là-haut, ajoutent les Naassènes, il n'y a ni femelle ni mâle mais une créature nouvelle, un homme nouveau qui est androgyne"
Citons, pour conclure, les Actes de Thomas (129-145) qui expriment la nostalgie de l'homme "en quête de gnose": "Que toutes les heures deviennent comme une seule heure: qu'on me laisse quitter cette vie, afin que j'aille contempler plus vite Celui qui est Vivant... et qui donne la Vie à ceux qui croient en Lui, là où il n'y a a ni jour ni nuit, ni lumière ni ténèbres, ni bien ni mal, ni pauvre ni riche, ni mâle ni femelle, ni libre ni captif... ce qui était intérieur, je l'ai fait extérieur; ce qui était extérieur, intérieur; et toute son abondance a été accomplie en moi. Je ne suis point retourné dans les choses qui sont en arrière, mais je suis allé en avant, dans les choses qui sont en avant..."
traduit et commenté par J.-Y. Leloup
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proposé par mamadomi
rééd° du 09 07 09