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femmes vidaient leurs vases l'un en face de l'autre, et faisaient le compte des jours. Or, lorsque par des circonstances peu communes, le couple ne découvrait que des lentilles vertes dans les deux vases, il devait s'arrêter de voyager un an pour les planter et ne repartir qu'après les avoir consommées. Les Tsiganes plaisantaient souvent sur cette vieille tradition, prétendant qu'à cause d'elle ils étaient condamnés à la vie nomade. Pourtant, il arrivait parfois qu'une entente assez prodigieuse fasse s'arrêter ici et là un couple heureux sur le chemin errant de leur existence. Ainsi, l'un d'entre eux s'était installé un jour dans un petit coin de province pour planter leurs graines d'harmonie. Seulement, comme l'homme et la femme vendaient moins bien les paniers tressés qu'ils écoulaient habituellement sur la route, ils savouraient leurs lentilles tout en vivant très chichement. Un cousin du mari qui s'était arrêté en visite, en voyant leur dénuement extrême, leur a alors conseillé
marché pour troquer le cheval qui tirait jusqu'à présent leur roulotte. Hélas, s'il était expert en vannerie, il ne savait vraiment rien de rien à la valeur des bêtes. Aussi, quand sur le chemin, il a rencontré un paysan qui tirait une vache, l'animal lui a paru si sympathique
qu'il a voulu le troquer contre son cheval. Le paysan, se réjouissant d'un tel avantage, a aussitôt accepté. Et le jeune homme a poursuivi sa route en menant la vache au marché. Il n'y était pas encore rendu qu'il a aperçu un homme avec une biquette. Une fois encore la biquette lui a paru si plaisant qu'il l'a troquée contre la vache. Bref, en arrivant au bourg, le jeune homme avait déjà troqué la biquette contre une oie grasse, et l'oie grasse contre une poule naine. Au premier
étalage du marché, il a aperçu quelques semis de fleurs et, pensant au plaisir qu'elles feraient à sa femme, il est rentré chez lui avec l'aubaine d'une pleine poignée de graines. Le cousin qui l'attendait sous l'auvent de la roulotte, le voyant revenir avec de si pauvres richesses, en était atterré.
encore quelques plumes à notre couette.
J.J. Fdida