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Le goût du monde

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Le goût du monde et celui auquel on s'attend
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note: §4 un peu difficile
Lorsqu'un enfant blessé arrive à l'adolescence, il s'engage dans l'inévitable remaniement affectif provoqué par le flux hormonal et l'empêchement de l'inceste, avec sa manière particulière de goûter le monde. La déchirure de son enfance l'a rendu préférentiellement sensible à un type d'information. Les enfants qui se sont développés dans un pays en guerre perçoivent mieux que d'autres le claquement d'une portière ou la pétarade d'une voiture. Ils répondent à ce bruit signifiant en plongeant sous une table et en ressortent sans honte ni sentiment de ridicule car, dans leur esprit, il s'agit simplement d'un comportement de survie. Le fait d'avoir grandi dans un pays en guerre leur a appris à percevoir préférentiellement ce type d'information sonore qui n'est signifiante que pour eux. Ce signifiant, inscrit dans leur mémoire, provoque encore cette réponse dans un pays en paix où le fait de plonger sous une table donne envie de rire, car il n'est plus adapté.

Ce comportement fréquemment observé, permet de comprendre que notre réponse à une stimulation présente s'explique à la lumière des expériences passées. Un nourrisson "répond à des paramètres présents dans la réalité environnante", mais, dès l'âge de 5 mois, il répond à des modèles mentaux qui se sont construits dans sa jeune mémoire: les "MOI" (Intenal Working Model: modèle opératoire interne). Très tôt, il apprend à extraire de son milieu une forme préférentielle constituée, à ce stade, par la sensorialité maternelle. Dès que cette forme est inscrite dans sa mémoire, elle imprègne dans l'enfant un sentiment de soi. Si la mère maltraite le bébé ou le manipule brutalement, l'enfant apprend à percevoir de manière affûtée les mimiques, les sonorités et les gestes qui annoncent l'acte brutal. Il éprouve le malaise déclenché par la perception d'un indice comportemental minuscule et y répond par des réactions de retrait, d'évitement du regard et de mimiques tristes exprimant l'humeur sombre qui se développe en lui.

Dans le monde intime de l'enfant se forment, en même temps, un modèle de soi et un modèle d'autrui. Plus tard, le petit maltraité continue à répondre à ces représentations apprises. Il résiste au changement et intègre difficilement des expériences nouvelles qui pourraient modifier ses modèles internes. Sauf à l'adolescence, quand l'inévitable remaniement émotionnel crée un moment "où les représentations négatives acquises dans l'enfance peuvent être modifiées". Il s'agit d'un tournant de l'existence, une période sensible où l'émotion est si vive qu'elle rend la mémoire biologique apte à apprendre un autre style affectif... si le milieu lui en fournit l'occasion. Ainsi, un carencé peut apprendre sur le tard la sécurité affective dont il a été privé car "l'établissement de relations hors de la famille d'origine peut modifier les postulats de l'attachement auparavant acquis".

Bruno ne savait pas à quel point il était sale. Il avait été placé à l'Assistance comme garçon de ferme à l'âge de 7 ans. La métayère le faisait dormir dehors, dans la grange, sur une botte de foin, en compagnie d'un "grand" âgé de 14 ans. Leur boulot consistait à tirer l'eau du puits, allumer le feu et surveiller les moutons. Pataugeant dans le purin et dormant dans la grange, les 2 garçons en quelques mois s'étaient couverts d'une crasse aussi noire que leurs vêtements. Un dimanche, une dame est venue chercher Bruno pour lui offrir une journée dans une vraie maison, une sorte de parrainage. Mais, quand cette dame généreuse a voulu donner un bain au petit garçon, elle n'a pu retenir une grimace de dégoût. Pour la 1ère fois de sa vie Bruno s'est senti immonde. Il a éprouvé un sentiment de soi sale en même temps qu'il percevait un modèle d'autrui méprisant, comme s'il avait pensé: "Je découvre que je suis sale sous le regard de gentils adultes." A partir de ce jour, l'enfant n'a été à l'aise qu'en compagnie de garçons marginaux auprès desquels il ne se sentit pas sale. Il s'est mis à éviter les gentils adultes qui le souillaient par leur regard. En s'adaptant ainsi, Bruno se plaçait dans un monde de socialisation qui entravait sa résilience.


B. Cyrulnik

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proposé par mamadomi
rééd° du 13 05 09
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M
-->> meulons ce bon grain...
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A
Je ne voudrais pas jeter mon grain de poivre, mais jusqu'aux années d'après guerre (la seconde), les bains étaient rares à la campagne et pas fréquents en ville, les salles de bains n'existant pas.<br /> Ma mère, directrice d'école et à ce titre logée par la commune a eu l'eau (froide) sur son évier en 1958. La salle de bain (douche et les WC) en 1964 !
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D
c'est un très bel article et notre cher B.C. vient de publier un nouveau livre -<br /> je t'embrasse et à bientôt
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M
<br /> <br /> yen n'a jamais trop...<br /> <br /> <br /> doux bisous à toi et à tout bientôt<br /> <br /> <br /> <br />
.
je découvre que je suis sale sous le regard de gentils adultes..<br /> quelque part du n'importe quoi de la part de l'enfant ....et manque de savoir faire de l'adulte ..mais si ...
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M
<br /> <br /> héhéhé...<br /> <br /> <br /> <br />
M
-->> merci à toi d'avoir pris la peine, c'est vrai que c'est parfois un peu long...<br /> merci à toi d'être une de ces âmes de bonne volonté aussi, oeuvrer auprès des enfants est un sacré challenge!<br /> belle soirée à toi<br /> bises
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