Déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne
Je suis frappé de stupeur; plus que ça et mieux encore, je suis marri;
horriblement marri et de la manière la plus absolue qui se puisse concevoir;
je m'explique:
avant-hier soir j'exécutai sur la mandoline la Chevauchée des Walkyries et le délassement de Liszt Saint François de Paule marchant sur les flots;
entre deux mesures, pour reprendre mon souffle et détendre mon esprit,
j'entrepris de relire L'Histoire complète de la Révolution française,
de Louis Blanc, éditée sur savon noir,
lorsque, machinalement mes yeux tombèrent sur le chapitre traitant de la "Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen"./http%3A%2F%2Fupload.wikimedia.org%2Fwikipedia%2Fcommons%2Fthumb%2Fa%2Fa0%2FDeclaration_of_Human_Rights.jpg%2F300px-Declaration_of_Human_Rights.jpg)
Depuis cette lecture, je suis dans un état voisin de la frénésie alcoolique et subalterne. Je regrette vivement que MM. La Fayette, Barnave, Monnier et Sieyès, rédacteurs de cette fameuse déclaration, ne soient pas nos contemporains; je leur aurais dit deux mots, et vertement encore! Dans dix-sept paragraphes de la Déclaration, il n'est question - en termes nobles et judicieux, il convient de le reconnaître - que de l'homme et du citoyen; et pas un mot sur la femme et la citoyenne!
Et ça dure comme ça depuis le mois d'août 1789! Et personne ne dit rien. Et on trouve ça tout naturel!
Eh! bien non, en voilà assez. J'ai résolu personnellement de mettre un terme à un pareil état de choses et de réparer à bref délai une injustice flagrante qui nous déshonore.
A dater de ce jour, j'ai décidé de consacrer mon activité au service des droits de la femme. Je sais qu'il y a quelque temps, une sorte de vague décret a accordé une espèce d'égalité de principe à la femme vis-à-vis de son conjoint; ce n'est qu'une vulgaire demi-mesure. La femme a des droits qu'elle ignore; je les lui révèlerai; je me fais le champion du droit féminin: et ce sera l'honneur de ce journal d'accueillir en son sein les requêtes, les doléances et les suggestions des femmes qui me feront confiance.
FEMMES, de toutes classes et de toutes conditions, écoutez-moi! sans crainte, sans retenue, ma plume est à la disposition exclusive de votre cause; une ère nouvelle s'ouvre pour vous; profitez-en, le moment est favorable; j'appuierai vos revendications, je ferai triompher vos desiderata et fais, d'ores et déjà, mienne votre idéologie.
Je vous attends; l'étendard est prêt; les cuivres des trompettes du bon combat sont astiqués! En avant!
Vive la femme libre! Vive la femme autochtone! Et vive la citoyenne indéfectible!
Pierre Dac (vendredi 10 février 1939)
proposé par mamadomi