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Plaisir


"Le christianisme est obsédé par le sexe
et il est l'ennemi du plaisir"

Ce double reproche n'est pas faux mais il pourrait s'adresser à la plupart des religions qui, selon Freud, fortifient le surmoi répressif et combattent le ça des pulsions. Freud considère aussi les tendances fautives et les plaisirs coupables comme les ingrédients irremplaçables de l'exaltation biblique d'un Père sévère: "Le péché est insispensable si l'on veut jouir de toutes les bénédictions de la grâce divine; le péché est donc en fin de compte une oeuvre agréable à Dieu" (L'Avenir d'une illusion, chapitre 7).
Felix culpa, disait déjà "saint" Paul: "Heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur." Reste à savoir pourquoi cette faute serait d'abord sexuelle et comment le christianisme aurait condamné dans l'appétit sexuel la chair pulpeuse du fruit défendu, d'autant plus délicieux qu'il est interdit.
Michelangelo's The Creation of Eve, fresque plafond chapelle sixtine
Dans l'Ancien Testament, la sexualité est à la fois moyen de connaissance et source de descendance. Un même verbe (yada) signidie connaître (une personne) et pénétrer (une femme). Adam "connut" Eve en ce que le corps dénudé et le plaisir exprimé révèlent l'intimité de l'être: un esprit pénétrant dévoile une énigme, un corps pénétrant découvre une inconnue. La Bible privilégiant le regard masculin, le point de vue de la femme y est moins exprimé.
La connaissance de la femme engendre une descendance et fait de l'homme un patriarche "fécond à l'extrême" (Genèse 17,6), père d'une multitude d'enfants qui deviendront soldats.
Dans l'Etat d'Israël, antique ou moderne, la fécondité humaine est un impératif de défense et la stérilité un désastre patriotique. Gaspiller la semence est le péché d'onanisme, Onan étant un fils de Juda qui "laissa son sperme se perdre à terre" (Genèse 38,9) pour ne pas donner de descendance à la femme de son frère. Et, punissant ce refus d'observer la loi du lévirat, Dieu retira la vie à celui qui avait retiré son sexe.
La connaissance de la femme et la descendance de l'homme deviennent des objectifs secondaires à l'aube de l'ère chrétienne. Des communautés comme celle des esséniens (probablement les auteurs des célèbres manuscrits de la Mer Morte trouvés près de Qumrân) se fixent à l'écart du monde et renoncent à ses plaisirs au profit d'une morale de dépouillement et d'une spiritualité du "désert". Le couple devient l'ennemi du groupe dans ces communautés égalitaires où "tous étaient unis et mettaient tout en commun" (Actes des apôtres 2,44). On imagine mal Jean-Baptiste, "vêtu de poil de chameau, nourri de sauterelles et de miel sauvage" (Luc 3,4), avoir le plaisir de prendre épouse et la joie d'être père. La connaissance (en grec, la "gnose") concerne Dieu et non une femme, la descendance se fait selon l'Esprit (Jésus conçu du Saint-Esprit) et non avec la chair.
Le célibat devient une promesse d'éternité et le sexe un plaisir périssable. La théologie de "saint" Paul condamne le monde de la chair (en grec sarx) destinée à mourir, à finir dans ce "mangeur de chair" qu'est le sarcophage. L'Esprit immortel est exalté et le corps mortel dévalué puisque bientôt viendra la résurrection de la chair en un monde à venir où il n'y aura plus "ni femme ni mari" (Luc 20,34).
En attendant, il faut se préparer à l'Apocalypse, en ce temps de catastrophes pour le peuple juif (la destruction du temple) et la communauté chrétienne (les persécutions romaines).
Les Pères du désert affrontent le démon de la chair et la tentation de saint Antoine illustre ce combat contre les jouissances passagères. Il faut mortifier le corps et vivifier l'âme, engendrer des disciple et non procréer des enfants. Mais si le christianisme primitif a été fortement marqué par cette méfiance stoïcienne envers les plaisirs du sexe, toutes les religions ont, à des degrés divers, réduit le champ des fantasmes et la sphère des orgasmes.
http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/0/31/69/55/polygamy-thumb.gifLe judaïsme a interdit la sodomie et l'islam limité la polygamie (à quatre épouses). L'hindouisme a fait de la jeunesse l'âge de l'étude et de la chasteté (du moins en théorie), et celui du Brahmâchârin ("l'étudiant de l'Absolu"). Le bouddhisme, surtout dans sa forme première (la Doctrine des Anciens ou Theravâda), http://static.screenindia.com/m-images/2009-02-20/M_Id_62793_Trishna_.jpga considéré l'appétit sensuel (trishnâ) comme une source d'attachements et, donc, une cause de souffrance. Le parallélisme entre christianisme et bouddhisme primitifs est d'ailleurs frappant; les deux doctrines voient dans le besoin du plaisir une forme d'addiction, un esclavage des sens, une dépendance à l'égard de la chair qui, dans la théologie médiévale, porte le nom suggestif de concupiscence.
Celle-ci est l'oeuvre du diable, de ce prince des démons qui tente Jésus sous le nom de Satan et Bouddha sous celui de Mâra. Mais nombre de religieux ont dénoncé le mépris de la chair et le dédain du sexe sans pour autant être traités d'adeptes de Lucifer. C'est donc à un jésuite, Jean Mambrino, que l'on empruntera la conclusion: "Mais ne méprise jamais, pèlerin, http://nsm02.casimages.com/img/2009/08/21//090821060858466794293080.jpgdans les derniers replis du soir, au bord des lacs où dorment les montagnes, la femme plus odorante que les pins, au corps de pollen et de raisin noir" (Sainte Lumière, Desclée de Brouwer).

Odon Vallet

proposé par mamadomi
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M
<br /> -->> pourtant, il s'agit ici surtout de décrypter tout ce qui dans les conditionnements est attribué à tort à la religion, il ne s'agit le plus souvent que d'interprétations libres...<br /> et c'est valable pour bon nombre de religions!!<br /> doux bisous à toi<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Un sujet que je préfère ne pas commenter moi et le catholicisme on n'est pas trop en syntonie... Je prèfère la sagesse du Dalai Lama...<br /> Big bisous<br /> Dany<br /> <br /> <br />
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M
-->> :o)<br /> yep!<br /> gros bisou du soir Béa, il faudra qu'on en reparle du mariage des prêtres...lol!
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B
OUI OUI OUI !<br /> Sexe rime aussi avec amour (sans reproduction)<br /> Et certains prêtres sans avoir le droit de se marier,vivent des amours clandestines... Après tout le mariage n'a rien d'obligatoire !<br /> Biz <br /> Béa kimcat
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M
-->> oh oui c'est assez juste ...<br /> bonne fin de dimanche à toi<br /> bisou
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