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Dans l'Ancien Testament, la sexualité est à la fois moyen de connaissance et source de descendance. Un même verbe (yada) signidie connaître (une personne) et pénétrer (une femme). Adam "connut" Eve en ce que le corps dénudé et le plaisir exprimé révèlent l'intimité de l'être: un esprit pénétrant dévoile une énigme, un corps pénétrant découvre une inconnue. La Bible privilégiant le regard masculin, le point de vue de la femme y est moins exprimé.
La connaissance de la femme et la descendance de l'homme deviennent des objectifs secondaires à l'aube de l'ère chrétienne. Des communautés comme celle des esséniens (probablement les auteurs des célèbres manuscrits de la Mer Morte trouvés près de Qumrân) se fixent à l'écart du monde et renoncent à ses plaisirs au profit d'une morale de dépouillement et d'une spiritualité du "désert". Le couple devient l'ennemi du groupe dans ces communautés égalitaires où "tous étaient unis et mettaient tout en commun" (Actes des apôtres 2,44). On imagine mal Jean-Baptiste, "vêtu de poil de chameau, nourri de sauterelles et de miel sauvage" (Luc 3,4), avoir le plaisir de prendre épouse et la joie d'être père. La connaissance (en grec, la "gnose") concerne Dieu et non une femme, la descendance se fait selon l'Esprit (Jésus conçu du Saint-Esprit) et non avec la chair.
a considéré l'appétit sensuel (trishnâ) comme une source d'attachements et, donc, une cause de souffrance. Le parallélisme entre christianisme et bouddhisme primitifs est d'ailleurs frappant; les deux doctrines voient dans le besoin du plaisir une forme d'addiction, un esclavage des sens, une dépendance à l'égard de la chair qui, dans la théologie médiévale, porte le nom suggestif de concupiscence.
dans les derniers replis du soir, au bord des lacs où dorment les montagnes, la femme plus odorante que les pins, au corps de pollen et de raisin noir" (Sainte Lumière, Desclée de Brouwer).