Ses disciples demandaient:
Quel sera le jour de ton apparition?
Quel sera le jour de notre vision?
Jésus répondit:
Le jour où vous serez nus
comme des enfants nouveaux-nés
qui marchent sur leurs vêtements,
alors vous verrez le Fils du Vivant.
Pour vous, il n'y aura plus de crainte
Les vêtements symbolisent toutes ces "surimpositions" avec lesquelles nous voilons notre être essentiel, toutes ces "identifications" avec un rôle, une situation, une idée qui nous font oublier notre nudité.
L'Evangile nous invite à la nutdité: être nu, être rien, être neuf comme le nouveau-né, sans vêtements, sans préjugés, retrouver cette innocence qui permet de voir le Vivant. Ne projetant sur le moment présent rien du passé et rien de l'avenir, où y aurait-il crainte?
Par ailleurs, se dévêtir, être nu, c'est se tenir prêt pour l'Etreinte. C'est croire que l'Amour nous attend. Les priscillianistes se mettaient nus pour prier.
Dans les Actes de Thomas, la jeune épouse qui représente l'humanité dit: "Désormais, je ne me voilerai plus parce que le miroir de la honte a été éloigné de moi...Dès lors je ne suis plus honteuse et effrayée..." Et qu'est-ce que ce miroir de la honte sinon le regard des pervers et des voyeurs?
Dans les Libri graduum, Adam et Eve se montrent nus comme des enfants à la mammelle, comme des petits enfants, ils n'ont pas honte et c'est de nouveau l'invitation à redevenir comme des enfants.
Mais la nudité chez les gnostiques va encore plus loin: il s'agit de se désidentifier même du corps. C'est le rappel que notre essence est incréée et que tout attachement pathologique au domaine spatio-temporel est encore une forme d'idolâtrie: "Le corps terrestre, je m'en dépouillerai!... je me dévêtirai du Cosmos et de la ressemblance des cinq astres: je détruirai l'embûche des Archontes que je porte et je resterai dans le souvenir du Paraclet!...
Tu as jeté à terre le vêtement d'infirmité; tu as foulé aux pieds l'orgueil trompeur et cruel... j'ai déposé le vain vêtement de cette chair..." (Psautier manichéen, pp. 59-99)
Le plus bel écho de ce logion 37 est peut-être un texte d'un auteur contemporain, Jacques Lacarrière, dans sa "Sourate du Vide":
"Désapprendre. Déconditionner sa naissance.
Oublier son nom. Etre nu.
Dépouiller ses défroques. Dévêtir sa mémoire.
Démodeler ses masques.
Déchirer ses devoirs. Défaire ses certitudes.
Désengranger ses doutes. Désemparer son être.
Débaptiser sa source. Dérouter ses chemins.
Défeuiller ses désirs. Décharner ses passions.
Désacraliser les prophètes. Démonétiser l'avenir.
Déconcerter l'antan. Décourager le Temps.
Déjouer la déraison. Déflorer le délire.
Défroquer le sacré. Dégriser le vertige.
Défigurer Narcisse. Délivrer Galaad.
Découronner Moloch. Détrôner Léviathan.
Démystifier le sang. Désosser le singe.
Déshériter l'ancêtre.
Désencombrez votre âme. Déséchouez vos échecs.
Désenchantez le désespoir. Désenchaînez l'espoir.
Délivrez la folie. Désamorcez vos peurs.
Désarrimez vos coeurs. Désespérez la Mort.
Dénaturez l'inné. Désincrustez l'acquis.
Désapprenez-vous. Soyez nus."