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L'idée vient d'Inde et de Grèce mais le mot est français. Il fut probablement inventé par le Lyonnais Allan Kardec (1804-1869), fondateur du spiritisme et auteur du Livre des Esprits (1857) où il expliquait que l'esprit peut progresser par des incarnations successives dans des corps, imposées "aux uns comme expiation et aux autres comme mission". Le corps est un fardeau ou un outil vers un monde meilleur. L'un des disciples de Kardec fut Conan Doyle, auteur de nombreux ouvrages sur le spiritisme et père de Sherlock Holmes qu'il fera disparaître avant de le "ressusciter" mais pas de le réincarner.
Les Indiens nomment ces mouvements de l'âme samsâra, littéralement "parcours ensemble", comme si l'âme était ce relais qui passe de main en main, de corps en corps dans une course par équipe où les relayeurs font le tour de la vie dans une ronde du temps. Cette transmigration de l'âme peut être justement nommée "réincarnation" dans l'hindouisme, mais il vaut mieux parler de "renaissance" dans le bouddhisme, religion qui (du moins à son origine) ne postule pas l'existence d'une âme: cette renaissance y est la transmission d'une existence à une autre comme la flamme d'une bougie s'allume à sa voisine.
vers le VIè siècle avant J.-C. et correspondrait à la fois à une démocratisation de la vie éternelle (tous les êtres humains pourraient survivre après la mort alors que l'éternité était réservée auparavant aux dieux et aux rois) et à une responsabilisation des êtres humains (les mauvais revivront dans un corps pénible et les bons dans un corps agréable). Les chefs promettaient ainsi à leurs sujets une longue suite d'heureuses vies s'ils étaient obéissants et résignés. Toutes les religions nées en Inde (hindouisme, jaïnisme, bouddhisme, sikhisme) professent une succession d'existences.
Dans le Moyen Age chrétien, les cathares croyaient à la réincarnation et ne tuaient pas d'animaux de peur que ceux-ci ne contiennent une ancienne ou future âme humaine: cette foi en la réincarnation pourrait provenir d'une influence indienne. Chez les musulmans, les alaouites de Syrie (la confession du président El Assad) et les druzes partagent la même croyance, de même que certains mystiques soufis. La meilleure apologie de la réincarnation est sans doute sonnée par le poète afghan
(un voisin de l'Inde) Jalâl al Dîn Rumî (1212-1273): "Quand j'étais pierre, je suis mort et je suis devenu plante. Quand j'étais plante, je suis mort et je suis parvenu au rang d'animal. Quand j'étais animal, je suis mort et j'ai atteint l'état d'homme. Pourquoi aurai-je peur? Quand ai-je perdu quelque chose en mourant?"
influence est-elle venue de la Grèce ou de l'Inde? Puise-t-elle à un fond commun de croyances diffuses ou au corps spécifique de telle doctrine? Nul ne sait. Et l'imprécision du vocabulaire (transmigration, réincarnation, métempsycose, palingénésie, etc...) grec ou latin, traduisant mal des concepts indiens, ne facilite pas la réponse. Si le mystère de l'incarnation est une innovation chrétienne, le mystère de la réincarnation est devenu l'héritage indivis d'un legs indo-grec.
ici et là, où l'on comprend bien pourquoi, O. Vallet s'en tient à la datation de Vème siècle av J.-C. de la dénomination "Celtes" de ce peuple, ce qui l'exclut de la "paternité" de la notion de réincarnation.