Parmi les sujets douloureux qui font l'objet d'idées fausses, il y a l'excision.
On entend dire que
...l'excision des femmes musulmanes
est une prescription de l'islam :-(
C'est, en principe, une double erreur. L'islam originel ne dit rien de l'excision, qui est pratiquée également sur des femmes non musulmanes.
Il s'agit d'une confusion entre géographie et théologie car l'excision partielle (clitoridectomie) ou complète (infibulation des petites, voire des grandes lèvres) est pratiquée surtout dans les pays d'Afrique de l'Est ou de l'Ouest majoritairement musulmans. Mais cette pratique, également attestée en Asie, est antérieure à l'arrivée de l'islam dans ces régions et n'a aucun fondement coranique, même si le silence de nombreux responsables musulmans a pu entretenir la confusion.
Chrétiennes ou animistes, des femmes d'autres religions subissent les mêmes interventions, ...que les prêtres, les pasteurs ou les sorciers n'ont jamais exigées sans pour autant toujours les dénoncer. L'excision relève de la tradition et non de la prescription. Les religions préférant généralement la tradition à la nouveauté se sont fort bien accommodées de cette pratique ancestrale. Les justifications de l'excision sont complexes et diffèrent d'une région à une autre. La première réside dans la peur d'une libido excessive qui pousserait la femme à tromper son mari.
Le devin grec Tirésias affirmait déjà que la femme éprouve, dans l'amour, neuf fois plus de plaisir que l'homme. Cette comptabilité déplut à Héra qui frappa de cécité le voyant mais Zeus lui accorda le don de prophétie. Il est vrai que le roi des dieux avait assez d'épouses pour ne pas craindre leur infidélité. Cette peur de la jouissance féminine peut se réfugier dans des croyances magiques: les Bambara d'Afrique de l'Ouest craignaient de coucher avec une femme non excisée dont le "dard" clitoridien les tuerait.
Le pénis est une épée et le vagin un fourreau. Tel est l'ordre "naturel" qu'il faudrait rétablir en étant le fourreau de l'homme par la circoncision et l'épée de la femme par l'excision. Le parallèlisme est kinesthésiquement faux puisque la première opération, à la différence de la seconde, ne perturbe pas le plaisir.
Géographiquement, on peut diviser les ethnies africaines en trois groupes:
- certaines pratiquent circoncision et clitoridectomie,
- d'autres seulement la circoncision
- et d'autres uniquement la clitoridectomie.
Théologiquement, le tableau est encore plus complexe: de même que la circoncision peut se pratiquer chez les animistes (souvent christianisés) et les musulmans, la carte de la clitoridectomie ne recouvre pas celle des religions.
Pourquoi chez les Yorouba du Nigéria enlève-t-on les prépuces et pas les clitoris mais chez les Gurunsi du soudan les clitoris mais pas les prépuces? Les justifications relatives à l'hygiène (pour la circoncision) se mélangent à des rites initiatiques de passage à l'âge adulte. Que ces rites soient sacralisés par les religions ne signifie pas que les religions soient à l'origine des rites. De même qu'une messe pour la fête des moissons ne supprime pas l'origine non chrétienne de cette réjouissance, une danse pour l'excision ou la cironcision ne fait que masquer les fondements profanes de cette tradition.
Mais il est sûr que le combat des femmes africaines contre cette coutume est soutenu par leurs consoeurs occidentatlisées et par des milieux laïcisés, libérés de l'influence rétrograde de certains religieux, musulmans ou non. La lutte contre l'excision des fillettes, le mariage forcé, voire la polygamie illustre la montée des droits de la femme qui, comme naguère les droits de l'homme, se heurtent à une certaine indifférence, voire à une hostilité des religieux conservateurs. Et dans l'archipel des Moluques (Indonésie), de jeunes chrétiennes sont encore converties de force à l'islam et excisées tandis que leurs frères sont circoncis.
C'est une aberration théologique et anatomique.

par Odon Vallet
proposé par mamadomi