Nos sautes d'humeur peuvent se montrer extrêmement trompeuses.
Elles sont capables de nous persuader que notre existence est plus noire qu'en réalité. Quand nous sommes de bonne humeur, le soleil brille. Nous avons de la hauteur, du bon sens et de la sagesse. Les problèmes paraissent moins effrayants et donc plus faciles à résoudre. Les rapports avec notre entourage sont harmonieux, la communication s'opère sans heurts. Et si d'aventure on nous adresse une critique, nous l'enjambons avec l'aisance d'une gazelle.
Quand nous sommes de mauvais poil,
la vie nous semble au contraire un fardeau insupportable.
Dans les ténèèèbres, nous devenons susceptibles,
nous interprétons de travers les faits et gestes
de notre entourage,
que nous supposons animés des piiires intentions, bien sûr!
Pourquoi cette énorme différence?
Simplement parce que les gens ne se rendent pas compte qu'ils sont
le jouet de leurs humeurs.
Ils s'imaginent que leur vie a basculé en un jour.
En nous, Jean-qui-aime-le-kiri pourra aimer sa femme, son travail
ou sa voiture,
aborder la vie avec optimimsme et le passé avec le sentiment
du devoir accompli;
Jean-qui-chouine, le soir, prétendra détester son travail, verra
sa femme/son zhôm comme un boulet, sa voiture comme une poubelle
et sa carrière dans une impasse.
Et si on l'interroge sur son enfance, il répond sans doute qu'elle fut
un looong calvaire.
Il s'en prend même à ses parents pour expliquer sa misère actuelle.
De tels revirements peuvent paraître absurdes, voire cocasses.
Et pourtant,
nous en sommes tous victimes, à des degrés différents.
Gagnés par la déprime, nous perdons tout recul.
Nous oublions qu'une heure plus tôt,
ou une semaine auparavant, lorsque nous étions joyeux, tout semblait nous sourire.
Nous abordons des expériences identiques
- la relation à notre conjoint, notre travail, la voiture que nous conduisons, notre potentiel, notre enfance - de façon radicalement différente, au gré de notre humeur!
Quand nous sommes au "trente-sixième dessous"... plutôt que
de mettre nos angoisses
sur le compte de cet état psychologique, nous avons tendance
à croire que notre vie va soudain à vau-l'eau.
Comme si nous étions réellement persuadés que le monde venait de s'écrouler
autour de nous en l'espace de deux heures.
Or la vie n'est presque jamais aussi sinistre qu'elle le paraît
lorsque nous broyons du noir.
Plutôt que de vous enfermer dans cette grisaille,
en étant persuadé de porter un regard objectif sur notre existence,
il nous faut mettre en doute notre jugement.
Se dire :
"oui, je suis en colère, angoissé, démoralisé.
J'ai toujours une attitude négative dans ces cas-là."
Quand on a le cafard, apprendre à n'y voir que cela:
une phase inéluctable de la condition humaine,
qui passera avec le temps, pour peu qu'on ne lui donne pas trop de grain
à moudre.
Surtout ne pas choisir ce moment d'abattement
pour se lancer dans l'examen critique de sa vie!
Ce serait un suicide émotionnel.
Si on a un vrai problème,
il sera encore là quand on aura repris
du poil de la bête,
et il sera temps de s'en occuper.
Ne pas trop prendre au sérieux les baisses de régime.
La prochaine fois qu'on n'aura pas le moral, se dire:
"ça va passer, ça va passer..."