Samedi 5 décembre 2009
6
05
12
2009
18:53
La musique de mon chant, semblable
aux bras épris de l'amour, t'enveloppera mon enfant.
Mon chant baisera ton front comme une bénédiction.
Lorsque tu seras seul, il viendra se mettre à tes côtés et chantera
doucement à ton oreille; quand tu seras dans la foule, il te tiendra à l'écart dans un enclos de solitude.
Mon
chant servira d'ailes à tes rêves, il emportera ton coeur jusqu'aux limites de l'inconnu.
Il sera comme l'étoile fidèle qui brille là-haut, quand la nuit couvre
ta route.
Mon chant
sera comme une lumière dans tes prunelles et ton regard percera jusqu'au coeur même des choses.
Et quand ma voix se taira dans la mort, mon chant se fera entendre à ton coeur plein de vie.
Rabindranath
Tagore, La Jeune Lune
Vendredi 27 novembre 2009
5
27
11
2009
16:56












Ils poussent des clameurs et combattent, ils doutent et désespèrent, il n'y a point de fin à leurs
querelles.
Que ta vie, mon enfant, apparaisse au milieu d'eux comme la flamme
d'une lumière intense et pure et que, ravis, ils se taisent!
Ils sont cruels, avides et pleins d'envie, leurs paroles sont comme des poignards cachés, altérés de
sang.
Va vers ces coeurs tourmentés, tiens-toi au milieu d'eux, mon
enfant, que ton regard serein s'abaisse sur eux, comme la paix miséricordieuse des
soirs descend sur le jour et met fin à ses luttes.
Qu'ils voient ton visage, mon enfant, et qu'ainsi ils comprennent le sens de toutes choses; qu'ils t'aiment et
qu'ainsi ils s'aiment l'un l'autre.
Viens prendre la place qui t'attend dans l'infini des choses, mon
enfant. A l'aurore, ouvre ton coeur et élève-le comme une fleur qui s'apanouit; au coucher du soleil, incline la tête et, dans le silence, achève le jour et son adoration.
Rabindranath Tagore, La Jeune
Lune
Jeudi 12 novembre 2009
4
12
11
2009
17:39
Mon enfant pleurniche pour un rien
Les pleurnicheries pour un
oui ou pour un non d'un plus grand peuvent être des tentatives de trouver un moyen de pleurer vraiment. Des affects sont bloqués, il a besoin d'une occasion de les libérer. L'enfant cherche
une permission, un prétexte pour laisser sortir larmes ou colère. Même l'enfant plus grand qui a accès à la verbalisation, même l'adulte, ont besoin de pleurer, de crier, de trembler, pour se
libérer d'émotions fortes.
Toutefois il y a des pleurs qui guérissent et
d'autres qui entretiennent le problème. Les pleurs inutiles partent du haut de la poitrine, et peuvent être sans larmes. Sentiments de substitution, ils servent la répression émotionnelle et
non la libération.
Les pleurs de libération sont accompagnés de sanglots et de larmes.
Serrez l'enfant contre vous avec fermeté
et tendresse jusqu'à la libération de l'émotion contenue. Il va souvent commencer par se débattre, puis se mettra à sangloter.
merci ma
fille pour ce 'tit' avatar▲
I. Filliozat
Samedi 7 novembre 2009
6
07
11
2009
17:52
Quand la lassitude de la route est
sur moi, et la soif du jour aride; quand les heures
spectrales du crépuscule étendent leurs ombres sur ma vie, alors, ce n'est pas seulement vers ta voix que je crie, ô mon ami, mais vers une pression de ta main.
Il y a dans mon coeur une angoisse; il
porte le fardeau des richesses qu'il ne t'a point données.
Etends ta main à travers la nuit,
que je la tienne, et l'emplisse, et la garde; fais que je sente son étreinte, dans la solitude du chemin qui s'allonge.
proposé par mamadomi
Mercredi 4 novembre 2009
3
04
11
2009
00:05
Laisse
seulement subsister ce peu de moi par quoi je puisse te nommer mon tout.
Laisse seulement subsister ce peu de ma volonté par quoi je puisse te sentir de tous côtés, et venir à
toi en toutes choses, et t'offrir mon amour à tout moment.
Laisse seulement subsister ce peu de moi par quoi je ne puisse jamais te
cacher.
Laisse seulement cette petite attache subsister par quoi je suis relié à ta
volonté, et par où ton dessein se transmet dans ma vie: c'est l'attache de ton amour.
Rabindranath
Tagore
proposé par mamadomi
rééd° du 23 03 09
Vendredi 30 octobre 2009
5
30
10
2009
00:25
Samedi 24 octobre 2009
6
24
10
2009
17:18
Logion 35
Jésus disait:
On ne s'empare pas de la maison des forts,
à moins de leur lier les mains.
On peut alors tout renverser.
L'homme fort selon l'Evangile de
Thomas, c'est celui qui est devenu "ce qu'il est", celui qui est à sa place, qui accomplit le dessein de Dieu sur lui. La faiblesse pour le gnostique, c'est toujours de ne pas savoir ce
qu'on est, d'ignorer son être essentiel. Sa force, l'homme la tient de son union avec Dieu qui est "sa citadelle et son libérateur". Celui dont il reçoit la sécurité et la liberté. On ne peut
rien contre lui, contre ce qu'il est en profondeur, mais
on peut l'empêcher de s'exprimer, de se donner. On peut lier les mains à l'amour. Cela peut tout renverser.
Le propre de l'amour est de se
donner. Si on l'en empêche, sa force peut dépérir. Sur ce chemin, "qui ne progresse pas recule". Le feu ne peut que brûler davantage ou tiédir, devenir cendre.
On peut lier les mains à l'amour,
on ne peut pas lui enlever le coeur. Celui à qui on a arraché les mains transmettra l'essentiel avec le coeur. Alors, des milliers de bras se lèveront, d'autres mains accompliront son
oeuvre...
Traduit et commenté par J.-Y. Leloup

Corominas Ludivine, Parfum d'amour
huile sur toile
proposé par mamadomi
art. amour n°100
Samedi 17 octobre 2009
6
17
10
2009
19:56
Je trouvai quelques-unes de mes anciennes lettres soigneusement cachées dans sa
cassette -poignée de jouets infime avec lesquels sa mémoire pût jouer.
D'un coeur qui s'effraie, elle avait essayé de dérober ces riens aux flots tumultueux du temps; elle avait dit: "Ils sont à moi seule!"
Ah, il n'y a plus personne, maintenant, pour les réclamer, pour en payer le prix en soins jaloux; et cependant ils sont toujours là.
Sûrement, il existe un amour dans cet autre monde pour la sauver du complet néant, comme son amour à elle sauva ces lettres avec un soin si précieux.
Rabindranath Tagore, La Corbeille de Fruits
proposé par mamadomi
Lundi 12 octobre 2009
1
12
10
2009
00:10
Le Gai Savoir
Livre premier § 14
Tout ce que l'on
appelle amour.
Avidité et amour : quels sentiments différents nous saisissent à chacun de ces mots!
- et pourtant il se pourrait bien que cela fût le même instinct, dénommé
deux fois;
d'une part,
il est dénigré du point de vue de ceux qui possèdent déjà, chez qui l'instinct de possession s'est déjà un peu calmé et qui craignent maintenant
pour leurs "biens";
d'autre part
il est glorifié du point de vue des insatisfaits et des avides -qui le trouvent bon.
Notre amour du prochain - n'est-il pas un désir impérieux de nouvelle
propriété?
Et n'en est-il pas de même de notre amour de la science, de la vérité,
et, en général, de tout désir de nouveauté?
Nous nous
fatiguons peu à peu de ce qui est vieux, de ce que nous possédons avec certitude, et nous nous mettons à étendre de nouveau les mains; même le plus beau paysage où nous vivons depuis trois mois
n'est plus certain de notre amour, et c'est un rivage lointain qui excite notre avidité.
L'objet de la possession s'amoindrit généralement par le fait qu'il est possédé. Le plaisir que nous prenons à nous-mêmes veut se maintenir en transformant en
nous-mêmes quelque chose de toujours nouveau, - c'est là ce que l'on appelle posséder.
Se lasser d'une possession, c'est se lasser de
nous-mêmes.
(On peut aussi souffrir d'une trop grande
richesse
- le désir de rejeter, de distribuer peut aussi s'attribuer le nom d'
"amour".)
Lorsque nous voyons souffrir quelqu'un, nous saisissons volontiers l'occasion qui nous est offerte, pour nous emparer de lui; c'est ce qui crée par exemple
l'homme charitable et apitoyé; lui aussi appelle "amour" le désir de possession nouvelle éveillé en lui, et il y prend son plaisir, comme devant une nouvelle conquête qui lui fait
signe.
Mais c'est l'amour des sexes qui se révèle de la façon la plus claire comme désir de propriété : celui qui aime veut posséder, à lui tout seul, la personne qu'il désire,
il veut avoir un pouvoir absolu tant sur son âme que sur son corps, il veut être aimé uniquement et habiter l'autre âme, y dominer comme ce qu'il y a de plus élevé et de plus
admirable.
Si l'on
considère que cela ne signifie pas autre chose que d'exclure le monde entier d'un bien précieux, d'un bonheur et d'une jouissance : que celui qui aime vise à l'appauvrissement et à la
privation de tous les autres compétiteurs, qu'il vise à devenir le dragon de son trésor, comme le plus indiscret et le plus égoïste de tous les conquérants et
exploiteurs.
Si l'on considère enfin que, pour celui qui aime, tout le reste du monde semble indifférent, pâle, sans valeur et qu'il est prêt à apporter tous les
sacrifices, à troubler toute espèce d'ordre, à mettre à l'arrière-plan tous les intérêts :
on s'étonnera que cette sauvage avidité, cette injustice de l'amour
sexuel
ait été glorifiée et divinisée à un tel point et à toutes les
époques,
oui, que, de cet amour, on ait fait ressortir l'idée d'amour, en opposition
à l'égoïsme,
tandis qu'il est peut-être précisément l'expression la plus naturelle de
l'égoïsme.
Ici ce
furent apparemment ceux qui ne possédaient pas et qui désiraient posséder qui ont établi l'usage courant dans la langue - il y en eut probablement toujours de trop. Ceux qui, sur ce domaine,
ont été favorisés
par beaucoup de possession et de satiété, ont bien laissé échapper, de temps en temps, une invective contre le "démon furieux", comme disait cet Athénien, le plus aimable et le plus
aimé de tous,
Sophocle : mais Eros se mettait toujours à rire de pareils calomniateurs - justement ses plus grands favoris.
Il y a bien çà et là, sur la terre, une espèce
de continuation de l'amour où ce désir avide que deux personnes ont l'une pour l'autre fait place à un nouveau désir, à une nouvelle avidité, à une soif commune, supérieure, d'un idéal placé
au-dessus d'elles : mais qui connaît cet amour? Qui est-ce qui l'a vécu? Son véritable nom est amitié.
F. Nietzsche
proposé par mamadomi
Jeudi 8 octobre 2009
4
08
10
2009
00:39

Belle, née au soleil
Una volta, per fortuna,
Tecchju di castagne cotte,
A u lucen di luna,
Mi parianu giovannotte.
Eju corre corre corre,
C'eranu cabre senza pastore!
Une fois, par hasard,
Rassasié de châtaignes cuites,
A la lumière de la lune,
M'apparurent des jeunes filles.
Je courus courus courus,
C'étaient des chèvres sans berger!
Dans le pays de corse vivait une jeune fille avec sa grand-mère. Elle
était si gente et si jolie qu'au jour de sa naissance, trois mendiants infirmes s'en étaient trouvés miraculés. Se penchant sur son berceau, un bossu y avait perdu sa bosse, un aveugle y avait
retrouvé la vue et, de ravissement, un muet s'était mis à babiller comme un pinson. S'improvisant trois mages, le bossu avait alors auguré que la petite deviendrait plus vive que l'eau claire,
l'aveugle qu'elle serait plus belle que le jour, et le muet avait prédit qu'au temps où un homme bouleverserait son coeur, la jeune fille en perdrit momentanément la voix et la retrouverait
aussitôt que son aimé formulerait pour elle quelques mots enchanteurs. choyée par sa grand-mère qui l'appelait Lesta, la petite a grandi aussi accomplie que l'avaient prévu les mendiants. Or, un
matin qu'elle arrosait du basilic à une fenêtre de la maison, le fils du roi passant devant, impressionné par tant de grâce, lui a lancé:
- Bonjour, Mademoiselle Sans Souci!
Bonghjornu, Madamigella
Spenserada!
Découvrant ce cavalier si jovial, Lesta en est restée bouche bée.
Puis, rouge de confusion, elle a filé se réfugier auprès de sa grand-mère qui lui a tendrement expliqué mille vérités simples et éternelles sur l'embrasement des coeurs. Dès le lendemain, Lesta
se tenait prête à répondre à l'appel du prince.
- Bonjour, Mademoiselle Sans Souci!
- Bonjour, Seigneur Chevalier! Quand viendra l'âge, viendra le souci!
Bonghjornu, Madamigella Spenserada!
Bonghjornu, Signor Cavallieru! Quand ci serà u tempu, ci serà u penseru!
Le fils du roi, s'amusant d'une telle répartie, a poursuivi:
- Combien de feuilles à ton basilic?
Quantu fronde ha u to'basirgu?
Alors, sentant monter en elle une malice nouvelle, Lesta lui a répondu:
- Combien d'étoiles au ciel, de poissons dans la
meer?
Quantu stelle in aria, e pesc'in mare,
c'è?
Et comme le fils du roi en restait sans voix, elle a ajouté:
- Si tu ne le sais pas, laisse donc ma plante où elle est!
Tout le restant de la journée, le fils du roi n'a pas cessé d'y
songer. Puis une idée taquine lui est venu pour embarrasser la langue déliée de Lesta. Il a vêtu un costume de marchand, s'est procuré une charretée depoissons, et est allé se poster sous ses
fenêtres en criant
:
- Poissons à vendre!
Compra pesci!
Lesta est aussitôt venue jeter un oeil sur la marchandise et a
proposé d'en acheter deux pièces. Seulement, cet étonnant marchand ne voulait rien vendre et se disait plutôt prêt à céder tout ce qu'elle désirait pourvu qu'elle lui donne un seul petit baiser.
Lesta était vraiment interloquée par tant d'audace, mais le poisson lui faisait envie, et se diant baiser donné ne laisse trace, elle s'est penchée pour embrasser la joue du jeune homme qui s'est
aussitôt sauvé en courant! Lesta en était encore toute colère quand au matin le fils du roi est repassé:
- Bonjour, Mademoiselle Sans souci!
- Bonjour, Seigneur Chevalier! Quand viendra l'âge, viendra le souci!
- Combien de feuilles a ton basilic?
- Combien d'étoiles au ciel, de poissons dans la mer?
- Tu m'as embrassé, tu m'as embrassé, mais les poissons, tu n'en as pas mangé!
Bonghjornu, Madamigella
Spenserada!
Bonghjornu, Signor Cavallieru! Quand ci serà u tempu, ci serà u penseru!
Quantu fronde ha u to'basirgu?
Quantu stelle in aria, e pesc'in mare, c'è?
M'hai basgiadu, m'hai basgiadu, ma i bell'pesci n'hai manghjadu!
Le fils du roi s'en est allé en riant, et Lesta est restée là à
remâcher le tour pendable qu'il lui avait joué. Alors suivant son modèle, elle a revêtu un costume d'artisan, chargé une mule d'un panier de ceintures, et s'est postée sous les fenêtres du
château en criant:
- Ceintures à vendre!
Compra cinte!
Comme prévu, le fils du roi est descendu. Sans négocier, il a voulu
acheter une belle ceinture dorée mais, à sa grande stupeur, la marchande zélée lui a dit ne pas vouloir s'en séparer à moins qu'il ne veuille embrasser le derrière de sa mule! tout entiché de sa
ceinture, le fils du roi n'a pas longtemps hésité. Il a rapidement jeté un oeil de droite à gauche, puis il a soulevé la queue de la mule et y a déposé un baiser yeux fermés et nez pincé. Mais à
ce moment, la mule a détalé, emportant avec elle marchande et ceinture! Le fils du roi en fulminait encore lorsque, le lendemain, il est passé sous les fenêtres de Lesta.
- Bonjour, Seigneur Chevalier! Quand viendra l'âge, viendra le
souci!
- Combien de feuilles a ton basilic?
- Combien d'étoiles au ciel, de poissons dans la mer?
- Tu m'as embrassé, tu m'as embrassé, mais les poissons, tu n'en as pas mangé!
- Tu as baisé le derrière de la mulette, je l'ai gardée la belle ceinturette!
Bonghjornu, Madamigella
Spenserada!
Bonghjornu, Signor Cavallieru! Quand ci serà u tempu, ci serà u penseru!
Quantu fronde ha u to'basirgu?
Quantu stelle in aria, e pesc'in mare, c'è?
M'hai basgiadu, m'hai basgiadu, ma i bell'pesci n'hai manghjadu!
Hai basgiadu u culu di a mulina, aghj'une bella cintulina!
Cette fois, c'en était trop. La nuit venue, oubliant toute prudence
et retenue, le fils du roi a grimpé à la fenêtre de Lesta, s'est glissé dans la chambre qu'elle partageait avec sa grand-mère, dessous leur grand lit, puis il s'est mis à piquer la belle endormie
avec une fine aiguille à travers le matelas de plumes. Lesta ne cessait de s'agite, disant à sa grand-mère:
-Oh, que de puces dans ce lit! Que de puces! Changeons de place!
Mais chaque fois qu'elles échangeaient, le fils du roi se déplaçait aussi et piquait pareillement. Quand,
au matin, Lesta est apparue à sa fenêtre la mine allongée et les traits tirés, le fils du roi l'attendait. Il s'est mis alors à gesticuler en tous sens et à se grattouiller en gémissant:
- Oh, que de puces dans ce lit! Que de puces! Changeons de place!
Lesta en était folle de rage. A son tour, elle a attendu la nuit,
un moment bien obscur, puis elle a grimpé jusqu'à la fenêtre du fils du roi, s'est couverte d'un drap blanc, et a gratté le carreau en murmurant:
- Je suis la Mort
Qui frappe aux portes
Qui te veux, toi!
Eju sô la
Morte
Chi piecj'à e porte
Che vogli'à te!
Réveillé en sursaut, le fils du roi a bredouillé:
- Prends mon père!
Prends ma mère!
Et laisse-moi!
Pigliad'à Babbu!
Pigliad'à Mamma!
E lasciad'à me!
Alors Lesta, rejetant son suaire, a éclaté de rire et lui a dit:
- Mais, mon chéri, c'est toi que je veux!
Le lendemain, une ambassade se présentait sous les fenêtres de
Lesta. Le fils du roi la demandait en mariage. Après avoir condulté sa petite-fille, la grand-mère a donné son accord. Pourtant Lesta continuait à se méfier. Aussi, le soir des noces, elle a
allongé sur la couche nuptiale une poupée en sucre qu'un grand pâtissier avait confectionnée à son image, elle-même s'est cachés sous le lite et lorsque le fils du roi est entré, c'est à la
poupée qu'il s'est adressé.
- Tu te rappelles quand tu m'as fait baiser le derrière de la
mule?
- Oui, a réponsu Lesta.
- Tu te rappelles quand tu m'as fait peur, à ma fenêtre, et que j'ai failli en mourir?
- Oui.
- Eh bien, ce soir, c'est toi qui vas mourir!
Et, comme l'avait craint Lesta, le fils du roi a tiré son sabre et
l'a abattu sur la poupée étendue. Seulement, au moment où la lame tranchait le cou inanimé, un morceau de sucre enrobé de liqueur a jailli jusqu'aux lèvres du fils du roi qui s'est exclamé:
- Ah! comme il était doux le sang de Lesta!
Ah! cum'ell'sera dolce,
u sangue di Lesta!
Et, sentant monter à sa bouche la tendre saveur de celle qu'il
pensait avoir tuée, le prince a commencé à gémir et à se lamenter. Enfin, comme il retournait le sabre contre lui-même pour s'en transpercer, Lesta est ressortie de sous le lit et lui a sauté au cou. A travers ses larmes, le jeune homme lui a demandé mille pardons et, comme Lesta voulait également lui dire quelques paroles douces et consolatrices,
voici que, comme l'avait
annoncé la prédiction à sa naissance, elle ne pouvait plus articuler un seul mot! Mais le fils du roi, la connaissant si vive en parole, l'a aussitôt libérée en lui disant:
- Belle, née au soleil, parle-moi un peu d'amour.
Lesta lui en a tant dit que la nuit n'y a pas suffi. Une semaine
après, ils y étaient encore. Quant aux noces, elles ont duré la moitié d'un été. Et on y a tant bu, tant mangé et tant dansé qu'il a fallu le restant de l'année pour s'en reposer.
J.-J. Fdida
spéciale dédicace à fanfan
Mercredi 7 octobre 2009
3
07
10
2009
11:57
The Lu
A l'époque où l'actuel Viêt-Nam s'appelait l'Indochine (c'est-à-dire sous la domination française), un certain nombre de poètes ont écrit en français, la langue du colonisateur, qu'ils avaient apprise à l'école. The
Lu (1907-1988), lui, a écrit dans la langue de sa patrie et a été l'un des chefs de file de la nouvelle poésie vietnamienne. Après 1942, il s'occupera aussi de théâtre.
Amant d'une nuit
Amarré à la berge du fleuve, un petit sampan.
Près des roseaux, doux frémissement du vent.
En un dernier adieu, je t'accompagne à l'embarcadère
Pour prolonger un peu la rencontre de notre amour.
Le sampan de l'amant d'une
nuit est parti et je laisse
Mon coeur suivre le gouvernail... Vers quel horizon?
Eperdue dans le royaume de l'infinie tristesse,
Sans pleurs, car mes yeux n'ont plus de larmes.
Je ne suis qu'un être de rêve, c'est
tout.
L'aurore se lève sous d'autre cieux,
Seul le pays de mon coeur est ténébreux.
Vouée à de tristes amours, et pourtant
j'espère.
Je serai toujours celle qui, à l'embarcadère,
Accompagne l'amant d'une nuit.
Le sampan suit le courant.
Et moi, debout, seule avec le fleuve.
Mardi 29 septembre 2009
2
29
09
2009
11:12

Trop peu de
temps
Nuttea
Il y a trop peu de temps à vivre ici, pour jouer cette tragédie
Si tu dois partir, je n'aurais pas de peine !
[Refrain:]
Il y a trop peu de temps à vivre ici, pour jouer cette tragédie
Si tu dois partir, je n'aurais pas de peine
S'il n'y a plus d'espoir aujourd'hui
Pourquoi jouer cette comédie si tu dois partir
Alors fais-le sans haine !
On s'est connu affamé la rage au
ventre

Et si sombre était l'avenir
Et je t'ai vu lutter
Sans rémission aucune
Pour le meilleur et pour le pire
Nos destins étaient liés
Comme dans une tragédie avec une fin à la Shakespeare
Le dernier acte a sonné, simplement j'aimerais te dire !
[au Refrain]
L'océan qui nous sépare a vu trop de naufrages
Trop de tempêtes et de déboires
Ainsi fini notre histoire car notre amour en fait
Brûlait ses dernières heures de gloire

Maintenant s'envole avec toi sept ans de mon passé
De mon âme et de ma mémoire
Sans pleurer au désespoir
Simplement j'aimerais te dire !
[au Refrain]
On s'est connu affamé la rage au ventre
Et si sombre était l'avenir
Et je t'ai vu lutter
Sans rémission aucune
Pour le meilleur et pour le pire
Nos destins étaient liés
Comme dans une tragédie avec une fin à la Shakespeare
Le dernier acte a sonné, simplement j'aimerais te dire !
Mardi 29 septembre 2009
2
29
09
2009
00:08
Le mois d'avril touchait à sa fin. J'allais rendre visite à Fâris Karâmé et revoir Salma dans leur beau jardin. Assis face à elle, je contemplais sa grâce,
m'émerveillais de ses dons et écoutais le silence de sa mélancolie. Une main invisible semblait vouloir m'attirer vers la mystérieuse tristesse qui émanait de tout son être. Chacune de ces
visites me révélait une nouvelle facette de sa beauté et les secrets que je lisais comme dans un livre ouvert, avec tant de facilité, m'enchantaient et m'émerveillaient! Mais parviendrais-je à en
achever la lecture?
La
femme que les dieux ont dotée de la noblesse d'âme et de la beauté du corps est une réalité à la fois évidente et trouble que nous ne pouvons comprendre qu'avec l'amour et ne caresser qu'avec
l'amour et ne caresser qu'avec la chasteté. Lorsque nous voulons la décrire avec des mots, elle disparaît derrière un voile de confusion et d'ambiguïté.
Salma Kârâmé était cette beauté, mais comment vous dire qui était Salma
Karâmé? Comment celui qui est mort peut-il se souvenir du chant du rossignol, du murmure de la rose ou du frémissement du ruisseau? Comment le prisonnier, alourdi par ses chaînes, peut-il courir
après la brise de l'aube? Se taire n'est-il pas plus pesant que parler? La crainte m'empêchera-t-elle de dévoiler une des ombres de Salma par de piètres mots si je suis incapable d'en dessiner la
vérité avec des lignes d'or? Un homme affamé qui marche dans le désert peut-il refuser le pain sec lorsque le Ciel ne lui acorde ni la manne ni le miel?
Dans sa robe de soie blanche, Salma évoluait avec lenteur et grâce, elle ressemblait à un rayon de lune qui serait entré par la
croisée. Ses lèvres carmin laissaient échapper une voix douce et discrète, entrecoupée de soupirs, dont les mots coulaient comme les gouttes de rosée tombent sur les pétales des fleurs au souffle
du vent. Et son visage? Qui pourrait décrire cette paisible souffrance, cachée mais perceptible derrière la pâleur de son voile diaphane. Quelle langue utiliser pour rendre l'expression de chacun
de ses traits? Sa beauté, peu classique, était étrange comme un rêve, comme une vision qu'aucun pinceau de peintre ne pourrait reproduire ni aucun burin de sculpteur ne pourrait graver dans le
marbre. Comment décrire ce qui révèle, à chaque instant, un nouveau secret de l'âme et évoque un monde tout autre que le nôtre?
La beauté de
Salma n'était pas dans sa chevelure dorée mais dans le halo de vertu et de pureté qui la nimbait; elle n'était pas dans ses grands yeux mais dans la lumière qui en émanait; elle n'était pas dans
ses grands yeux mais dans la lumière qui en émanait; elle n'était pas dans ses lèvres vermeilles mais dans la douceur de ses paroles; elle n'était pas dans son cou d'ivoire mais dans la légère
courbure de son front. Ce n'était pas la perfection de son corps que l'on remarquait mais la noblesse de son âme qui l'illuminait telle une torche blanche et ardente flottant entre la terre et
l'infini.
La
beauté de salma était un don comparable au génie poétique que nous contemplons dans les oeuvres sublimes des poètes. Mais ces poètes sont malheureux car, si haut leur esprit puisse-t-il
s'élever, ils sont prisonniers d'un monde de larmes.
Salma réfléchissait beaucoup et parlait peu, son silence était une musique qui m'emportait dans un monde de rêves inaccessibles où j'entendais les battements de
son coeur et voyais se dessiner devant mes yeux ses pensées et ses sentiments.
Une
grande tristesse, profondément touchante, auréolait sa singulière et majestueuse beauté, l'enveloppait comme une écharpe dont les fibres laisseraient voir son âme, tel l'arbre fleuri qui
apparaît plus beau encore à travers la brume de l'aube. La tristesse qui emplissait son âme emplissait également la mienne, chacun pouvait voir sur le visage de l'autre ce que ressentait son
coeur et entendre par la voix de l'autre l'écho de ce que sa poitrine recelait. Les dieux avaient créé nos deux corps à partir d'un seul, complet, et cette séparation n'était que souffrance
pour nos âmes.
L'âme triste trouve le repos en fusionnant avec une autre, semblable à elle, qui partage la même sensibilité, comme l'étranger qui rencontre elle, qui partage la
même sensibilité, comme l'étranger qui rencontre l'un des siens en terre étrangère. La tristesse unit les coeurs plus étroitement que la joie et les plaisirs. L'amour, lorsqu'il est baigné par
les larmes, est pur, beau et éternel!
Khalil Gibran, Les ailes brisées
proposé par mamadomi
Vendredi 11 septembre 2009
5
11
09
2009
17:04
Jeudi 3 septembre 2009
4
03
09
2009
16:00
La polygamie n'est pas l'expression d'un amour extrême,
mais d'un mépris excessif des femmes.
Théodore Jouffroy
Qui m'aime ?
C'est la question la plus importante de la vie d'une femme
mais peut-être pas celle d'un homme ! De là vient tout le malheur...
Une femme vit pour un homme, un homme vit pour lui.
Françoise Dumoulin-Tessier
Les femmes sont
toujours à chercher des poux, et le plus souvent,
elles en trouvent.
Stephen King
proposé par mamadomi
Les derniers propos