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Dans mon for intérieur il est un chant qui
refuse de se parer de mots, un chant qui, vivant dans le fond de mon coeur, ne souffrirait de s'écouler avec l'encre sur du papier, un chant qui, enrobant mes sentiments comme une membrane
diaphane, ne saurait suinter sur ma langue comme la salive. Comment puis-je le soupirer alors que je crains pour lui les particules subtiles de l'éther? Pour qui puis-je le chanter sans
craindre la rudesse des oreilles, alors qu'il a pris l'habitude de se lober dans le cocon de mon âme? Quand je regarde mes yeux, je vois l'ombre de son apparition, et quand j'effleure lebout de mes doigts je le sens vibrer. Il se réfléchit
sur le lac, et mes larmes le révèlent comme les gouttes de rosées révèlent le secret de la rose quand elle se flétrit. C'est un chant que la sérénité diffuse et que le vacarme replie, un chant que les rêves répètent et que l'éveil dissimule. C'est le chant de
l'amour, mes amis! Quel Isaac le déclamerait, maisencore quel David le psalmodierait? Il est plus suave que les soupirs du jasmin, quelle gorge pourrait donc le subjuguer? Il est mieux gardé que le secret des vierges, quelles cordes
s'autoriseraient donc de le divulguer? Qui pourrait unir le fracas de la mer au gazouillement d'un rossignol, les tempêtes au soupir d'un enfant? Quel être humain
peut déclamer le chant des dieux?
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